Autres formes narratives — trace 

Il est intéressant de voir le résultat, la forme narrative que prend un mois dans une vie — ce mois de janvier et l’accélération du temps ou le ralentissement en l’occurrence.  

La répétitivité des jours, le rythme lent de la vraie vie par rapport aux histoires fictions ou récits — ce rythme dont j’avais pu constater la douloureuse lenteur dans le passé.

C’est vrai que je trouve que le temps a passé lentement en visionnant cette vidéo de 33 secondes (environ 1 seconde, très approximative, par jour) — la désespérante lenteur compressée en 30 secondes, reste lente malgré tout.

Il est intéressant de voir ce résultat sans scénario ni fil de récit aucun puisque ce sont des séquences mises bout à bout sans but ni planification comme on le ferait pour un vrai film qui aurait une structure narrative, comme on le ferait avec un récit écrit avec un avancement et un plan, bref une ligne directrice de l’écrivain ou du scénariste. Là ce n’est pas le cas j’ai filmé au hasard de mes activités sans penser à ce que j’avais filmé la veille ni à ce que je filmerais le lendemain (le plus souvent je ne m’en souvenais même pas) : donc sans plan ni structure prédéfinie surtout que certains jours j’ai filmé plusieurs extraits et j’ai choisi celui qui rendait le mieux de façon visuelle ou qui n’avait pas de  problème technique, indépendamment du sens et du contenu de la séquence.

Finalement c’est presque une suite de haïku visuels, un renku visuel, Le renku (ou renga comme il était appelé traditionnellement)  est une série de petits poèmes (en général des tanka ou alternance de haïku et poèmes à deux lignes) en chaîne, écrits à plusieurs normalement. Je pourrais élargir ce projet vidéo en écrivant justement les haïku / tanka  qui correspondent à chaque vignette visuelle ou qui leur répondent ou qui sont en contrepoint ou en contre-pied, tout est permis, tout est possible. J’en prends note dans mon cahier d’idées et de projets divers. Un moyen de boucler la boucle et de revenir à l’écrit — mise en abyme ultime puisque les haïku sont des vignettes visuelles écrites.

(la suite aussi : mon mois de février en un peu moins d’une trentaine de secondes)

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Autres formes narratives

Je suis tombée au détour d’une des multiples lettres d’information photo / vidéo auxquelles je suis abonnée, sur cette application pour mon téléphone, 1SE, qui était recommandée pour effectuer un défi / projet à faire tout au long de l’année, ou du mois ou de la durée que l’on veut : tourner une seconde de vidéo chaque jour avec son téléphone (pour faire simple) puis l’importer dans ce petit logiciel au fur et à mesure. Cela fait un petit bout de vidéo pour chaque jour du calendrier et à la fin du mois ou de la période désirée, on le laisse faire automatiquement un petit montage avec cette seconde (environ) de vidéo par jour. 

Intéressant pour moi parce que cela me force à penser à filmer un peu tous les jours, ce qui permet une sorte de sauvegarde mémorielle en sus de la photo. Les photos, je n’oublie jamais d’en prendre et de documenter au jour le jour ou presque — ce qui me permet ensuite, des mois voire des années plus tard, d’écrire a posteriori, en complétant les notes prises sur le vif ou à l’époque, voire les remplacer complètement, par les photos quand on a oublié d’écrire un jour donné. J’ai ainsi réécrit un récit de mon voyage en France en 2009 après de longues années sans retour, en me basant à la fois sur un journal tenu à peu près au fur et à mesure et sur des photos prises quotidiennement. Certaines fois la seule mémoire fait défaut et les notes n’ont pas été prises, par manque de temps ou par fatigue. À l’époque la vidéo n’était pas aussi répandue dans les appareils photo et les téléphones de type smartphones avec caméra vidéo n’en étaient qu’à leurs débuts, la qualité était en outre très mauvaise. Maintenant la limitation purement technique est levée que ce soit pour les appareils photo ou les smartphones et on possède au moins un smartphone la plupart du temps.

Je précise par contre que je ne prends que très peu de photos avec le smartphone : malgré ce qu’en disent les publicités la qualité des photos est vraiment plus que moyenne et ne supporte pas la comparaison même avec un simple petit appareil compact récent. Pour la vidéo ce n’est pas le cas, la qualité de la vidéo a progressé dans les smartphones de la même façon voire mieux que dans certains appareils d’entrée de gamme, surtout les petits appareils compacts.

Donc je me surprends à prendre de plus en plus souvent mon téléphone pour enregistrer une petite séquence vidéo en complément de photos prises avec mon appareil photo — effet en partie dû à ce défi / projet déclenché par cette application 1SE, qui est l’acronyme de 1 Second Everyday, une seconde par jour. C’était le but recherché en quelque sorte et mis en avant dans l’article : ce petit projet sans ambition et peu coûteux (aucun coût monétaire ajouté, on peut utiliser la version gratuite de l’application et peu coûteux en temps également) devait servir de prétexte pour tourner plus de séquences vidéo, en quelque sorte nous forcer à documenter nos journées alors que quelquefois on le remettrait tout simplement à plus tard. La brièveté de la séquence et la facilité de mise en œuvre (utilisation du smartphone) en étant les initiateurs.

Ce sera intéressant d’ici quelques années si je veux écrire sur telle période, telle expérience ou souvenir : il me suffira de regarder les bouts de vidéo enregistrés pour raviver voire retrouver les souvenirs — de la « triche » sans doute mais d’une part je ne serai pas obligée de les regarder et d’autre part ce sera bien d’en avoir la possibilité.

Ce sera aussi intéressant pour expérimenter carrément d’autres formes narratives — faire un petit film ou un montage plus pensé et plus intentionnel avec tout ce matériau brut engrangé. 

La situation de la vidéo et du film s’est améliorée de façon exponentielle : non seulement cela s’est démocratisé au niveau du coût mais également au niveau des possibilités techniques. De hautes qualités techniques sont accessibles à tout un chacun sans avoir besoin d’investir des dizaines de milliers voire des centaines de milliers d’euros ou de dollars dans du matériel qui n’était jusqu’à récemment accessible qu’aux professionnels et aux grandes productions. Un simple appareil photo de trois ou quatre centaines de dollars ou d’euros suffit pour faire un travail quasi professionnel ou même un smartphone récent. Il suffit de voir la pléthore de chaines YouTube de grande qualité, qualité non seulement narrative mais aussi technique, qui sont disponibles actuellement.

Donc voici mon premier essai avec ce logiciel, je l’ai laissé tout faire (je ne crois pas qu’on ait beaucoup de champ d’action avec la version gratuite de toute façon). La seule chose que j’ai faite c’est de filmer une ou plusieurs petites séquences par jour et de choisir ensuite une séquence pour le jour dit, le logiciel a fait le reste.

(mon mois de janvier 2019 en une trentaine de secondes)

 

Écrivain après la tempête

Après les tempêtes car nous avons eu un duo de tempêtes : une première chute de neige la nuit du 1er au 2 mars, une quinzaine de centimètres au réveil samedi matin, 20 centimètres non tassés (tempête Ryan) puis une seconde chute de neige un peu plus importante, entre 20 et 30 centimètres la nuit du 3 au 4 (tempête Scott). Une trentaine de centimètres le matin au réveil le lundi matin, puis heureusement ça s’est rapidement tassé en une vingtaine de centimètres. Pas de quoi réveiller la princesse au petit pois (autre nom du chasse-neige) mais il a fallu nettoyer quand même, les escaliers, les voitures et faire une plate-forme propre pour que la petite voiture de mon fils puisse faire marche arrière et demi-tour. Ensuite il a pu rouler dans les traces faites à la pelle dans l’allée.

Voilà ce à quoi je me suis occupée les premiers jours de mars. Il ne faut pas trop nous plaindre ceci dit, ce sont les deux seules chutes de relative importance que nous avons eues cet hiver, hormis la chute précoce de mi-novembre. Et en regard des chutes de neige des tempêtes des années précédentes (fréquemment 50 ou 60 centimètres en une nuit, quelques fois jusqu’à 1 mètre ! ) ce n’était pas grand-chose.

Ne pas se réjouir trop tôt, en général il neige le premier jour du printemps et nous avons eu du blizzard et 30 cm de neige une fois vers la mi-avril… Certaines années les congères dans les parkings restaient intactes jusque courant mai tellement il y avait eu de neige pendant l’hiver.

Le froid — trace

Froid

Il fait froid, soudainement. 
Pas un simple froid « ice blue », mais une plongée à la verticale.
La température est en un seul chiffre en degrés Fahrenheit, cela signifie en deçà de -12 de « nos » degrés européens habituels. 
La neige, promise de longue date, n’est même pas venue l’adoucir en apparence.

3 heures 10, un soleil bas qui est un simulacre de soleil, un sosie inopérant, inefficace. De toute façon la nuit va bientôt tomber, à 5h30 il fera complètement noir, latitude oblige.

Au bout de quelques minutes dehors, les mains piquent malgré les gants, la nuque gratte en dépit du bonnet.
Il y a dans l’air comme une odeur de métal gelé qui me brûle les narines.
C’est intenable sans bouger. Il fait un froid à pleurer. Il ne faut surtout pas pleurer justement, sous peine de congélation instantanée. L’eau de mon corps gèle dans mes narines et dès que je rentre au chaud mon nez se met à couler, dégel.

Pour compenser je surchauffe ma maison, environ 25 degrés Celsius, un écart de près de 40 degrés entre dedans et dehors.
En vain, je n’arrive pas à me réchauffer. J’en ai le dos raidi et crispé.  La peau déshydratée, les bras et les jambes commencent à me démanger. Dire que demain je vais plonger dans la piscine glacée.
Les bouilloires sifflent sans répit, j’en suis déjà à ma quatrième théière de la journée. Tout fait ventre, peu m’importe la qualité, il me faut la quantité.

Je serre la tasse de thé bouillante contre ma joue. Je m’assois pour écrire.

Solitude.

Solitude et froid vont de pair, indiscutablement. 
Le plus grand froid n’est-il pas à l’intérieur ?

 
(texte écrit le 19 janvier 2005 lors d’un hiver spécialement froid et retrouvé en travaillant sur le manuscrit)

Le froid

Le froid est prégnant, surtout pendant les jours qui sont suivi mon retour après 5 semaines de Côte d’Azur où les températures ont oscillé entre 10 et 15 degrés Celsius, voire plus certains jours. Après le Jour de l’An il a fait certes plus froid, surtout le matin et la nuit avec même zéro pendant la nuit ou au petit matin. Dans la journée c’était surtout l’humidité qui donnait un ressenti plus bas — les températures étaient à 10 degrés et au-delà.

Ici les vagues de froid se succèdent et ne se ressemblent pas : petite vague de grand froid de deux jours le 20 janvier pour l’éclipse de lune (-12 avec un ressenti vers -20) ou grande vague encore plus froide de près d’une semaine fin janvier. Cette fois-là les grands fonds ont été atteints, -17 / -18 degrés Celsius avec un effet vent ou ressenti à -27.

Alors que le moment le plus froid sur la Côte d’Azur a été le matin de mon départ, le 10 janvier : au petit matin, juste avant 5 heures, il faisait entre -1 et zéro degré. La canicule pour ici après cette semaine de vortex polaire (même pas un véritable vortex, nous n’avons eu que les franges ou la queue du vortex et rien de comparable avec Chicago au même moment par exemple, où l’effet ressenti était à -40 C ou pire dans le Montana près de -50 degrés Celsius.)

Maintenant (3 semaines plus tard) nous sommes stabilisés autour de zéro Celsius, entre -5 ent +5 la plupart du temps, avec cependant chaque semaine une pointe à 10/12 degrés voire plus pour nous donner une envie de printemps et nous faire sentir frigorifiés et dépités quand ça retombe à zéro.

Vendredi soir après le tai-chi  nous avons discuté 2 heures sur le parking, jusqu’à 10 heures du soir sans bonnet ni gants —  c’était un de ces jours à 12 degrés. Le lundi qui a suivi, 18 février, on était de nouveau retombé à zéro, entre -2 et +1 au plus chaud, du coup nous étions tous gelés et nous nous plaignions piteusement du froid. J’ai mis beaucoup d’échauffements au programme de mon cours de tai-chi ce soir-là pour cette seule raison : nous réchauffer !

Décalage — trace

Kennedy Airport de nouveau. En attente de l’avion qui me ramène ou m’enlève ? Imminence de l’embarquement — vers quelle destination ? Française revenant au pays ou Américaine de passage en France ? Les repères sont flous — inexistants faussés.
Arrivée d’une façon, repartie d’une autre, opposée. Transit entre deux états — d’âme ou de cœur. Virage à 180 degrés, la boussole qui indique le sud, ou indique-t-elle plutôt le nord, enfin?

Les mots sont vides de sens, chacun signifie son contraire, oscillation de l’aimante. Je reprendrai cette lettre plus tard, tout tourbillonne.

Plus tard ou plus tôt, le temps et l’espace sont courbes, virent à l’intangible : je suis dans l’avion du retour, du départ, je ne sais plus — de quelle direction s’agit-il, où est l’arrivée où est le départ ? Je suis en train de passer une nuit blanche, décalage horaire et état planant, je crois que vous êtes déjà demain à Paris.

Et je ne sais où je suis exactement, quelque part dans le ciel… le septième certainement.

 

(texte écrit le 9 juillet 2002 dans l’avion du « retour » après le voyage éclair pour finaliser la procédure d’immigration américaine — petit départ avant le grand départ fin août 2002)

Décalage

Le décalage est grand surtout lorsque l’on voyage à contretemps, que l’on remonte le temps, on pense évidemment au décalage horaire — décalage majeur 6 heures à contresens pour le cerveau quand il est déjà si tard de l’autre côté de l’Atlantique et à peine la fin de l’après-midi de ce côté-ci.

Pourtant le décalage horaire malgré son effet immédiat et brutal est le moindre de tous, il y a les autres décalages a priori plus anodins voire anecdotiques mais plus envahissants en vérité puisqu’ils persistent, ne s’effacent pas avec le temps, le décalage alimentaire, violent, impossible à surmonter même et surtout après des années, le décalage culturel dont le décalage alimentaire représente une petite partie — ce décalage culturel dont peu de gens mesurent l’écart sur le coup, on commence à s’en apercevoir enfin en Europe. Après tout nous sommes tous en Occident… mais ce n’est pas le même Occident, je serais partie en expatriation au fin fond de la Chine ou de l’Inde que l’écart ne serait pas plus grand, même quand je suis partie il y a 15 ans et quelques. Le décalage culturel est seulement moins visible, ces deux mondes se ressemblent tellement à première vue — c’est pourtant un choc culturel entre là-bas et ici, ici et là-bas.

Enfin le dernier mais pas le moindre, le décalage de températures, décalage météorologique, le plus difficile et fatigant surtout en hiver avec ses vagues de froid, de neige — un écart de températures de 30 degrés et plus entre le départ et l’arrivée.