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On aurait pu espérer on aurait pu croire

On aurait pu espérer on aurait pu croire à la fin des inutilités et des tracasseries, la fin de l’univers impitoyable du travail, vers plus de collaboration humaine d’entraide et de bienveillance.

C’était compter trop sur la gentillesse, l’intelligence et, je vais dire un gros mot, le bon sens humain. Ils sont décidément bien peu présents dans l’ensemble et les vieux travers multi millénaires, exacerbés par le règne sans partage de l’argent à un niveau jamais atteint dans l’histoire de l’humanité, les vieux travers reviennent bien vite, passé les premiers jours de stupeur et de frayeur qui ont fait dire à presque tous, surtout les puissants et les gouvernants, « oui on va changer, nos façons de vivre, nos façons de faire, nos mentalités ». 

Paroles vides, ils sont passé entre les gouttes donc ils ne changent pas, surtout on ne change rien, on continue notre course vers le mur et peu importe le nombre de fois où on l’emplafonne à pleine vitesse, on reprend vite cette course sans fin — sans objet autre que le pouvoir pour le pouvoir, établi par l’argent roi, toujours plus toujours plus. Il faut bien sacrifier quelques personnes (beaucoup en réalité et ce depuis longtemps, les sacrifices sanitaires sont seulement plus visibles et plus immédiats) sacrifier les gens de peu (la plupart d’entre nous) sur l’autel de l’argent roi — le culte ultime et qui prime sur tous les autres.

« Travail ton univers (encore plus ) impitoyable »  pour citer le sous-titre d’une émission de Complément d’Enquête de France Télévision.

Texte commencé il y a quelques semaines avant même la reprise de la virulence de la pandémie, bien avant la mise en place du couvre-feu en France. D’ailleurs ce n’est pas le couvre-feu en lui même le problème, au printemps nous avons eu un couvre-feu aussi, mis en place même avant le confinement généralisé dans notre Tri-State  — New Jersey, New York et Connecticut. Nous avons d’ailleurs toujours des couvre-feux dès qu’une tempête ouragan blizzard voire grosse chute de neige ou autre crise météorologique est annoncée. Ce n’est pas le couvre-feu le problème mais bien l’aveu d’impuissance des gouvernants de tous bords et de tous les pays occidentaux au moins, face à une pandémie qui devrait nous (leur) faire remettre en cause notre (leur) modèle de profit à tout crin, « quoi qu’il en coûte ». Quoi qu’il en coûte en effet : que le travail continue son univers impitoyable, afin d’engranger le plus de profits d’argent et de pouvoir pour une petite poignée qui vivent dans leur bulle et qui ont les moyens de se payer des traitements hors-normes et réservés à leur seul bénéfice, des lits dans des suites hospitalières — on ne parle plus de chambre, encore moins de lit à ce niveau-là —  et un bataillon de médecins à leur seule disposition. « Quoi qu’il en coûte » en sacrifices — jusqu’à la misère et à la mort, oui même à la mort — à la population ordinaire. C’est à dire presque tout le monde, nous tous.

Frénésie de fin d’année

 

Les dernières semaines avant le départ suroccupées et intenses m’ont rappelé ce texte écrit en 2006, neuf heures vingt-huit.

Il est vrai que ces derniers jours de novembre et premiers jours de décembre, à 9 heures 28 du matin j’avais déjà une pleine journée de travail derrière moi. Tout s’en est mêlé pour me rajouter du travail de dernière minute en plus du travail courant, en plus de préparer la maison pour l’hiver et la neige, en plus de préparer mon voyage et les bagages et tout ce qui s’en suit pour 5 semaines au loin, avec tout ce qu’il y a à gérer (mot haï mais malheureusement si vrai, de nos jours il s’agit de gestion de petites entreprises domestiques en lieu et place du simple foyer) à gérer de loin pour faire tourner une maison une famille, entre les factures les problèmes administratifs la maison la maintenance du dedans et du dehors, les réparations imprévues et la mise en mode hiver. Jusqu’à la neige qui s’en est mêlée et est arrivée cette année le 2 décembre — la première neige est toujours terrible même si elle est peu abondante, on a oublié comment cela fonctionnait et que tout prend beaucoup plus de temps, est beaucoup plus difficile quand le sol est couvert de neige.

En bref j’étais en limite de surmenage depuis la mi-novembre. Je commence à peine à décompresser et me poser. Décision unanime, ici chez mes parents, de ne pas céder à la frénésie de Noël : pas d’achats, inutile de sacrifier à la grand-messe marchande, pas de préparatifs pharaoniques non plus, un bon repas comme on en fait à d’autres moments que Noël, sans céder à la pression de la date pour la date. L’essentiel est ailleurs, n’est-il pas d’être tout simplement ensemble ? Alors que l’on mange du caviar ou des haricots blancs, que l’on boive du Dom Pérignon ou une bière de micro-brasserie, quelle importance en vérité ?

Le onzième commandement — trace

Deux niveaux de lecture pour ce commandement.

Le premier niveau, direct, une injonction comme les 10 commandements précédents : personne ne descendra tes poubelles pour toi, c’est un ordre, c’est à toi de le faire, que chacun s’occupe de ses ordures et ses déchets.

Ça c’est dans un monde idéal, on est loin, très loin du compte d’où le deuxième niveau de lecture celui pour lequel j’avais écrit ce commandement, tel qu’il faut le comprendre.

Le deuxième niveau, une constatation, personne de ton entourage ne le fera pour toi, personne ne fera les corvées à ta place, c’est à toi de les faire, personne ne fera rien pour toi. Si tu ne les fais pas tu t’engloutiras dans tes propres détritus, constat amer de notre monde non idéal. Il te faut donc trouver la force tous les jours de balayer, nettoyer, faire le ramasse-miettes le ramasse-déchets, descendre tes poubelles.

Évidemment les poubelles les ordures les déchets ne sont qu’un exemple emblématique, la pointe de l’iceberg, on peut appliquer ce deuxième niveau de lecture à beaucoup de corvées tâches basses besognes toutes ces nécessités sans gloire ni reconnaissance de nos vies quotidiennes.

Condition féminine — trace

Les chiffres :

80% du travail effectué dans le monde est effectué par des femmes.

Les femmes ne possèdent que 10% des richesses du monde.

Cherchez l’erreur.

Ce sont les chiffres qui fâchent bien entendu personne ne veut les voir en face. Le droit et la légalité passés à la trappe, sans parler de la simple moralité.

Poème – travailler plus

travailler plus

travailler plus

pour gagner moins

levée avant six heures

préparer les repas

s’occuper de la vaisselle

lever les enfants

les préparer pour l’école

se préparer pour aller travailler

mal réveillée mal peignée

en plus il faut avoir l’air

séduisante sous peine

d’être virée mal notée

éliminée

le même travail qu’un homme

payé cinquante pour cent

avec de la chance

le retour les enfants

les devoirs les corvées

le linge à laver

sécher repasser

le repas du soir

le ménage la vaisselle

les enfants lire une histoire

finir les devoirs

le travail ramené à la maison

pour ne pas être virée

mal notée éliminée

tel est le sort journalier des femmes

de tous les pays

travailler plus

pour gagner moins

— 15 août 2009