Archives mensuelles : mai 2018

Le début de la fin

Puis 2002 le début de la fin, nos rendez-vous plus fréquents, nos confidences, nos coups de fil quotidiens voire multiquotidiens, nos e-mails, mes textos — Dorothy ne savait pas y répondre, elle me rappelait, immédiatement, à chaque texto, je me souviens avoir explosé mon forfait mobile cet été-là, il n’y avait rien qui se rapprochait des forfaits illimités en ce temps-là.
Puis le départ, le stress du départ — la solution que Dorothy avait trouvée pour nous voir au maximum — habiter chez elle tout l’été, pendant les semaines qui ont précédé le grand départ fin août.
Puis le chemin des écoliers la veille du départ, le lever aux aurores le matin, inséparables nous avons fait ensemble un dernier tour de sa maison pour vérifier que je n’avais rien oublié, la séparation, mes larmes dans le taxi qui nous emmenait, les deux coups de fil de l’aéroport, mes larmes dans l’avion, son e-mail que j’ai trouvé à mon arrivée à l’hôtel de l’autre côté de l’Atlantique, qui a séché mes larmes. 
Puis nos conversations, par e-mail uniquement mais incessantes — plus de 5000 e-mails en l’espace de quelques mois.
Puis les coups de fil finalement, une fois par semaine immanquablement, plus fréquents, de plus en plus puis mon retour éclair — il nous fallait nous voir — le repas à La Défense, les canards mandarins, la promesse de nous revoir bientôt.
Promesse tenue de ma part — pas de la sienne. 
Dorothy menait la danse a continué à mener la danse l’a menée jusqu’à la fin et au-delà — ses désirs étaient des ordres. Dorothy la mène encore, la mènera toujours — le sait-elle seulement ? Je pense que oui.

Un changement dans le regard

Puis les vacances en Finlande pour Noël et sur les photos que l’on a prises de moi j’observe quelque chose, comme un changement dans le regard.

L’emprise de Dorothy déjà ? Je n’en ai pas retrouvé de traces matérielles ni dans mes e-mails ni dans mon agenda de ce temps-là. Rien de nos rendez-vous qui ont commencé à être réguliers à partir de ce moment, sans doute à partir du mois de novembre 2001. Rien, pas d’e-mails ni de mon adresse professionnelle ni de l’adresse personnelle. J’ai quelques souvenirs de coups de fil — il fallait bien se mettre d’accord sur les lieux et dates des rendez-vous, les cinémas les restaurants. Quelle fréquence exactement ? Je ne m’en souviens plus. Moi qui note et notais tout — aucune trace. Pourtant il me semble qu’ils étaient fréquents ou commençaient à l’être. Tous les 15 jours ? Plus ? C’était Dorothy l’instigatrice de chacun, Dorothy qui menait la danse, qui l’a toujours menée jusqu’à la fin d’ailleurs.

Nous avons été heureux

Des bonheurs simples de vacances à la montagne ou à la mer de balades de pique-niques de petits gâteaux pour le goûter, tremper nos pieds dans les torrents ou dans l’océan à marée basse pour pêcher des crabes ou des crevettes manger une glace en bas dans la vallée après l’effort ou pour se rafraîchir d’un jour trop chaud chez Fenocchio place Rossetti à Nice, ma brochette d’enfants qui posent toujours par taille sur les photos, Paris la Normandie Nice Chatou la Finlande l’Oisan — nous avons été heureux.

(photos mars – décembre 2001)

Ice blue(s) — trace

(La genèse du texte Ice blue(s) telle que je l’avais expliquée à l’époque à mon amie Nathalie qui trouvait que j’avais des journées plus intéressantes que les siennes.)

Sinon mes journées sont très monotones comme les tiennes, même si elles sont sur les chapeaux de roue dès que les enfants rentrent et avant qu’ils partent. Rien d’extraordinaire vraiment, sauf que je cherche l’extraordinaire ou bien je me concentre sur le banal pour en tirer l’essence. Tu comprendras mieux ce que je veux dire en lisant mon texte « Ice blue(s) » écrit cet après-midi. C’est ma journée d’aujourd’hui. Un mercredi banal comme tous les mercredis, la seule nouveauté si je peux dire c’est qu’il a fait vraiment froid pour la première fois de la saison. Si j’écris bêtement, voici ma journée : il a fait entre moins 8 et moins 3 au plus chaud, j’ai conduit le grand à l’école, j’ai mis les petits au bus, j’ai fait quelques paperasses, je suis allée à la piscine (qui est vraiment froide, on grelotte pendant tout le cours) je suis ressortie les cheveux vraiment mouillés sans bonnet, j’ai vraiment eu très froid aux mains, j’ai vraiment transpiré de froid, j’ai vraiment eu les lèvres gercées, je suis allée louer des DVD puis je suis rentrée, je n’ai pas eu le courage d’aller faire les courses pour Noël avec ce froid, j’ai grignoté, bu un café, mangé une demie tablette de chocolat Milka, j’ai fait brûler de l’encens toute l’après-midi et bu deux théières de thé, je me suis tapé un peu de blues, un peu de crise de panique, beaucoup de solitude et beaucoup d’isolement. Pas tellement flamme en fait mais c’est banal.

Après le café je me suis gravé un disque de jazz, je l’ai mis sur la platine CD et je me suis mise à mon journal où j’ai écrit sur le froid, l’encens et mon état d’esprit du moment. Je me suis dit que ça valait le coup d’en faire un texte plus long. Donc j’ai purgé les passages plus intimes, j’ai repris j’en ai fait ce texte de blues que je vais vous envoyer.
Voilà pour me tenir compagnie et rompre la monotonie non pas de ma journée mais de ma vie.
Alors pour le remède contre la déprime d’hiver je n’ai pas comme tu peux voir. En hiver je suis toujours très déprimée par manque de chaleur ou de soleil. Ici le soleil on en a plus qu’à Paris, même en hiver mais la chaleur manque. Le seul remède vraiment efficace m’a pété à la gueule il y a un an et quelques donc pas top.

(lettre à Nathalie le15 décembre 2004)