Archives mensuelles : avril 2019

Passage du temps (mois de mars 2019)

 

Le passage du temps est visible et rapide pour ce long mois de mars de froid et de fureur pendant lequel on peut tout à la fois avoir une rigueur digne du plus froid de l’hiver et des prémices de printemps — illusions vite brisées, n’appelle-t-on pas ces variations subites du chaud au froid du beau au mauvais temps, les giboulées de mars ?

Quand même, on démarre avec la neige continuation de février et de janvier et on finit avec les forsythias en fleur. Il est arrivé qu’ils se recouvrent de neige dès le lendemain de leur floraison. 

Première année depuis un long moment que nous n’avons pas eu de chute de neige pour le jour précis du printemps — piqure de rappel que l’hiver n’est pas fini dans les faits même si le solstice a eu lieu.

 

 

Pas de mots

Notre-Dame de Paris printemps 1994

Notre-Dame de Paris printemps 1994

Pas de mots pour décrire le désastre les sentiments d’impuissance et de désolation qui me traversent.

Tout l’après-midi j’alterne entre les nouvelles en continu flash informations et autres directs, et la recherche fiévreuse de photos. Je cherche infructueusement à en localiser dans de vieux albums photo et dans des boîtes à chaussures au sous-sol. Curieusement je n’ai pas de vue d’ensemble ni de photo de la façade, seulement des plans rapprochés et des détails d’architecture. La majeure partie des photos a été prise du haut des tours, des vues de Paris d’en haut, des vues plongeantes sur des détails d’immeubles anciens, de la Seine.

Dans un album je finis par trouver une vue un peu plus générale — si peu, l’édifice est imposant. Je la re-photographie directement dans l’album avec mon téléphone, pas le temps d’aller jusques aux boîtes de négatifs qui contiennent aussi ma collection de photos en noir et blanc de Paris — développées, mais jamais tirées. Peut -être y en a-t-il là, des vues d’ensemble ou des vues prises depuis le parvis ?

Dans le cadre accroché dans la descente d’escalier, trois photos en noir et blanc — les seules tirées à l’époque — prises depuis le haut des tours de la cathédrale, cela ne convient pas.

Dans ma tête les pensées tournent en boucle,

1000 ans d’histoire partis en fumée,

300 ans pour la construire, une heure pour la détruire,

elle a résisté pendant 850 ans, à l’outrage des siècles et à deux guerres mondiales, à la Grosse Bertha et à la furie destructrice d’Hitler,

un feu s’éteint avec un verre d’eau la première minute, un seau d’eau la deuxième minute, ensuite c’est trop tard on fait ce que l’on peut,

c’était ce qui était écrit sur le panneau accroché à la porte de chaque labo à la fac de chimie de Nice pendant mes études,

cette phrase longtemps rangée soigneusement dans un coin de ma mémoire a refait surface cet après-midi, ensuite c’est trop tard on fait ce que l’on peut.

Victor Hugo, bien sûr Victor Hugo, qui doit se retourner dans sa tombe, lui qui avait œuvré littéralement pour la sauver de la démolition pure et simple — écrire un livre entier et quel livre, un énorme pavé ! Il doit se dire que décidément on ne peut rien confier aux hommes du futur.

L’homme du XXIe siècle (et du XXe siècle aussi) est vraiment peu soigneux, c’est le moins que l’on puisse dire, il arrive à détruire et à abîmer tout ce qu’il touche ou approche avec une facilité et une régularité déconcertantes. Tout ce qui avait duré des siècles avant lui sans problème, malgré le manque de moyen des hommes du temps passé. Ils étaient tout simplement plus soigneux avec ce qui leur coûtait tant d’effort à fabriquer et à construire.

Que ce soit par les guerres ou avec sa pulsion de mort, son terrible appétit et son attirance malsaine pour la destruction. Combien y a-t-il de ces films stupides où l’on fait jouir le spectateur de la destruction gratuite de villes entières et de continents entiers ? Combien de fois les cinéastes ont-ils détruit New York, Los Angeles, Paris ou la moitié d’un pays par pur plaisir ? Quand ce n’est pas la planète Terre dans son intégralité.

Je parle là d’oeuvres de fiction et pas de films historiques qui retraceraient une guerre ou une catastrophe naturelle (quoique dans ces cas-là, pas la peine d’en rajouter et de faire dans le spectaculaire au sens premier — en faire un spectacle).

Par son appétit de destruction ou encore par le manque d’attention et le je-m’en-foutisme qui caractérisent si bien l’homme du XXIe siècle (celui du XXe n’est pas en reste, il en a donné ses preuves, que nous connaissons).

Car c’est de cela dont il s’agit ici : on n’est pas attentionné ni précautionneux avec les choses anciennes les œuvres les monuments, fragiles ou même pas fragiles d’ailleurs et on les casse, on les détruit. Un manque de respect, respect pour le passé et pour les hommes avant nous qui ont bâti créé — et dans ce temps-là on créait pour l’éternité. Croyait-on… Nous, ceux d’après, leur avons donné tort.

C’est un profil général, un mode de fonctionnement de l’homme du XXIe siècle (et du XXe) : il se fout complètement de l’histoire, des souvenirs de la mémoire et de ce qui nous a construits et portés jusqu’à aujourd’hui. 

Ce manque de soin de considération d’attention, conduit à un tel désastre, ne peut que conduire à des désastres. 

C’est à hurler, pas même une guerre, deux guerres en l’occurrence et de haute intensité, ni une catastrophe naturelle n’ont réussi à détruire ni à abîmer ce que le je-m’en-foutisme et le manque de soin, d’attention, d’application, de considération ont réussi en une heure ! Par inattention on a détruit une cathédrale presque millénaire en une heure — pas de quoi être fiers.

Sloppiness comme on dit ici, pure sloppiness. Et au final quel désastre — irréparable, reconstructible certes, mais irréparable.

Écrire — trace, encore

Alors maintenant je ne crie plus mais j’écris. C’est beaucoup plus dérangeant in fine, parce qu’il y a tellement de bruit de toute façon qu’on n’entend plus les voix, et si peu de gens savent vraiment écouter les autres. L’écrit a plus de force parce qu’il est silencieux et parce qu’il s’étale noir sur blanc, sobrement presque, dans toute sa violence crue et nue malgré tout. L’écrit n’a l’air de rien, il a un look insignifiant, il ne paye pas de mine dans le monde actuel. Jusqu’au moment où il est lu… et à ce moment-là il fait œuvre de son pouvoir suprême et c’est trop tard.
J’écris donc et c’est plutôt raide et tranchant. Je me coupe d’ailleurs moi-même et me fais saigner, me disant que toute plaie finit par cicatriser un jour. Plus ou moins.
Ce n’est pas de tout repos, souvent c’est douloureux quand il faut sortir ses tripes, mais j’essaye d’être vraie en toute occasion, d’écrire sur le fil de l’émotion, de ne pas me censurer pour éviter de virer dans le lénifiant et le convenu, le vomi ambiant.
Ce que j’écris n’est en général pas facile à encaisser, j’appuie où presque tout le monde a mal ou pourrait avoir mal et je dis tout haut ce que d’aucuns n’osent même seulement envisager de penser. Et ça fait fuir, il y en a qui ne supportent pas, qui n’ont pas supporté.
Bref « brûler le brouillard dans mon esprit par le feu des mots ». J’ai trouvé récemment cette phrase dans un bouquin et je trouve qu’elle résume bien.

Et bien sûr comme dit Anne Garreta dans un de ses livres, ne pas se résigner à lire des livres mal écrits and so on. Affaire de style.

(17 août 2004)

Écrire — trace (suite)

Quand il a été question de départ (aux États-Unis) je m’étais dit que je ferais une sorte de « journal d’une migration » et puis c’est resté lettre morte, métier à la con oblige et autres raisons tout aussi avouables qui font qu’on remet toujours aux calendes grecques ce que l’on devrait faire séance tenante.

Et, pour tout te dire, j’ai quand même commencé à écrire mais pas de la façon prévue, sans le vouloir en quelque sorte. On se fait toujours rattraper par son destin à un moment donné, il faut y faire face.

Le 17 août 2004