Archives mensuelles : juillet 2017

Leçon de longévité

Gewurztraminer 1989

Gewurztraminer 1989

 

Gewurztraminer 1989

Gewurztraminer 1989

Ouvert ce soir une bouteille parmi les quelques derniers cartons de vins déménagés il y a 15 ans, cartons qui étaient restés, presque inaccessibles, au fond de mon sous-sol, derrière des outils et autres matériels de bricolage. Un Gewurztraminer 1989. Je sais que les vins blancs ont une grande longévité, bien plus grande que les vins rouges, tous les œnophiles le savent, les Riesling et Gewurztraminer en particulier dans la catégorie Alsace des vins blancs. Mais je ne m’attendais pas  à ce qu’il soit aussi bon, excellent en fait. Après tout ce vin a 28 ans, cela peut passer pour un Gewur, mais encore il a voyagé en bateau ce qui lui ajoute des années virtuelles. Les voyages en bateau font vieillir les vins plus vite — une méthode pour vieillir artificiellement des vins trop jeunes à boire. Enfin il n’a pas été conservé comme il faut, il est resté dans son carton semi-isotherme mais dans l’endroit du sous-sol où je range mes outils, endroit non chauffé pendant de nombreuses années. Il y a même des années où il y a fait -10 pendant plusieurs jours (en 2007 les tuyaux d’eau pourtant isolés et chauffés avaient gelé, le filtre isolé aussi avait explosé). Depuis cet épisode qui avait valu 5 centimètres d’eau dans tout le reste du sous-sol lui chauffé et habité, je maintiens une température de +10 degrés au minimum en chauffant avec un petit radiateur électrique cet appentis en sous-sol de la maison.

Pourtant ce vin a non seulement survécu mais également bonifié, il n’a pas encore passé son apogée il est encore dans sa grandeur, malgré l’âge, le voyage en bateau dans le porte-container et l’attente en douane sous un soleil de plomb pendant plusieurs semaines. En 2002, l’année du déménagement, il avait fait 40 degrés tout l’été depuis le début du mois de juillet jusqu’à la mi-septembre et le container parti fin juillet en bateau du Havre était resté en douane quelques semaines au port Newark sous cette chaleur extrême. Et malgré aussi les multiples hivers dans un appentis non tempéré — un bel exemple de longévité en dépit de conditions pour le moins adverses.

I’ll follow the sun

Quand il fait déjà 24 degrés à 8 heures 30 du matin, on sait que la journée va être chaude. Il va falloir aider par tous les moyens à garder la maison fraîche, comprendre aider l’unité centrale d’air conditionné à maintenir une température non pas froide mais acceptable — vivable. L’unité est vieille, perd chaque année une partie de son liquide de refroidissement, qu’il faut faire recharger à prix d’or tous les quatre ou cinq ans, chaque année au moment de la remettre en route j’ai le cœur qui manque un battement, je supplie « encore un an, s’il te plaît fonctionne encore cette année ». D’autre part les maisons nord-américaines en bois et placoplâtre sont des éponges à chaleur — c’est bien pour l’hiver, intenable en été— il n’y a pas non plus de volets ni aucun moyen de maintenir la chaleur à l’extérieur dans la journée et faire circuler l’air la nuit à cause des moustiquaires vissées à chaque fenêtre. La première année sans air conditionné (l’unité avait déclaré forfait cette année-là, il a fallu 4 ou 5 réparateurs sur plusieurs années pour la remettre enfin en état, ici on ne répare rien on change tout — à prix d’or bien entendu) j’avais cru pouvoir appliquer les stratégies de mon Sud natal — qui fonctionnent parfaitement tout l’été sur la Côte d’Azur, j’y ai vécu 34 ans — pour comprendre rapidement ma douleur : j’avais fermé toutes les fenêtres et baissé tous les stores, maudissant l’absence de volets. Rien à faire, ça avait été pire que lorsque l’air de four de l’extérieur entrait dans la maison. Il avait fallu ouvrir toutes les fenêtres pour un semblant de circulation d’air, au moins on ne cuisait plus façon poulet à l’étouffée, et se réfugier dans le sous-sol bien frais lui (à demi enterré et ses murs sont en parpaing et ciment). Même avec l’air conditionné qui tourne il reste toujours plus frais que le reste de la maison alors qu’il n’est pas alimenté en air conditionné. Une histoire de construction.

Alors pour aider mon unité d’air conditionné à maintenir la maison à une température supportable dans ces journées de vague de chaleur, en pointe en fin d’après-midi on montera facilement à 32/33 degrés voire 35 certains jours (au début des années 2000, dans mes premières années américaines très chaudes, nous avons connu 40 degrés) avec un taux d’humidité de plus de 85% pour les pires journées, I’ll follow the sun, je suivrai le soleil, comme disait Paul McCartney dans cette fameuse chanson des Beatles : à défaut de volets je tire les rideaux et je baisse les stores des fenêtres orientées au soleil, nord-est le matin dans le couloir de l’étage et le salon, sud-ouest dès le début d’après-midi pour les fenêtres opposées du salon et les 3 chambres de l’étage.