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Pandémie et manque de sommeil

Clous en rouleau pour le pistolet à clous façon mitrailleuse

Depuis une vingtaine d’années je n’ai pas le meilleur des sommeils et ça ne s’améliore pas avec l’âge la ménopause et les moments épisodiques de stress évidemment. Ce n’est rien de dire qu’en ces temps de pandémie mon sommeil est encore pire que ce qu’il était avant. On va dire que le moment épisodique de stress est un moment continu de stress. Sur durée longue et indéterminée.

Je m’en suis accommodée et sais qu’il vaut mieux ne pas résister, qu’il faut accepter le fait, rallumer dans mon cas et lire quelques lignes d’un livre en papier ou d’une revue en papier — j’insiste sur le papier. J’ai toujours su d’instinct que toutes ces machines électroniques diverses et variées avec un écran étaient excitantes. Il n’ y a qu’à voir le nombre de gamins qui ont le syndrome ADHD (hyperactivité et déficit d’attention) — bien plus que dans ma jeunesse où c’était plutôt exceptionnel. Il m’est arrivé les dernières années d’avoir des classes où la moitié des élèves étaient comme ça ou proches de ce syndrome même sans en avoir la catégorisation officielle. L’abus de sucres en tous genres n’explique pas tout. Bref je l’ai toujours pensé ou su instinctivement — du gros bon sens. Maintenant c’est complètement passé dans les connaissances grand public, je ne passe plus pour une rétrograde illuminée quand je le dis, les études scientifiques documentées et robustes abondent et les médecins le prennent en considération quand ils enquêtent et essaient de diagnostiquer des troubles du sommeil. Cela fait partie des questions de routine du médecin que de demander si on a de l’électronique au lit. Fin de la digression. 

Donc je lis quelques pages ou lignes : quelques lignes dans le meilleur des cas suffisent à me rendormir, quelques pages dans le pire des cas. Dans les cas extrêmes au moins j’avance une de mes lectures, je finis un livre. J’ai toujours un gros choix de livres en cours ainsi que beaucoup de nouveaux livres à côté de mon lit pour ne pas avoir à me lever.

Le mieux c’est la poésie, d’autant que c’est souvent court donc cela empêche de vouloir continuer un chapitre ou un passage qui serait prenant. Et dans la poésie le mieux c’est encore les haïku. En plus ils sont généralement calmants par leur nature même et leur atmosphère aussi la plupart du temps. Les essais philosophiques ou littéraires et scientifiques sont bien aussi par leur absence d’émotion induite — éviter à tout prix les essais et commentaires politiques surtout en ce moment et quand je dis en ce moment ça date d’avant la pandémie. Avec l’agent orange et consort, face de bouc et compagnie (le livre sur Cambridge Analytica était terrible et m’a occasionné des nuits presque blanches mais c’était en novembre ou décembre dernier, à un moment où, au moins, je n’avais que ça qui m’occasionnait des insomnies et pas encore la pandémie, qui est quand même le premier facteur de mon mauvais sommeil actuel.

Ces temps-ci outre la pandémie le stress induit et la ménopause (deuxième facteur qui était jusqu’à la pandémie le premier, il faut bien le dire), ces temps-ci donc, il y a aussi une raison purement matérielle au manque de sommeil. Je m’endors très tard puis j’ai des réveils plus ou moins longs au cours de la nuit et comme en ce moment nous sommes tous à la maison (pas besoin de conduire ma fille à la gare avant 7 heures du matin), nous dormons un peu plus tard. Mais ça, c’était pendant le confinement strict (pseudo strict il ne faut rien exagérer non plus, en Argentine par exemple ils ont eu bien pire en guise de sévérité de confinement. Depuis qu’on a commencé à rouvrir le New Jersey, les travaux non essentiels ont été autorisés à reprendre et le chantier de la maison d’à côté (démolition et reconstruction sur la même surface d’occupation du sol) qui n’avait pas eu le temps de vraiment commencer (c’était aussi l’hiver avec froid et risques de neige puis la pandémie a commencé début mars) a repris son activité. Les travaux ont commencé donc toute la journée nous avons du bruit ce qui est déjà fatiguant en soi. Notamment depuis qu’ils travaillent sur la carcasse de la maison, pas seulement la charpente puisque les maisons américaines sont intégralement en bois sauf les fondations : la rafale des pistolets automatiques à clous (nail gun) est un summum du genre. Non seulement toute la journée nous avons du bruit mais le pire c’est qu’ils commencent tôt le matin et quand je dis tôt c’est tôt : certaines fois c’est avant 7 heures (j’ai vérifié le code municipal, malheureusement l’heure légale c’est 7 heures en semaine pour ce genre de travaux). Quand on a mal dormi ou peu dormi, 7 heures c’est tôt, d’autant que nous n’avons pas besoin de nous réveiller de bon matin. Souvent c’est 7 heures moins dix, une paire de fois je crois que ça a même été 6 heures et demie ou plus tôt mais ça ne s’est plus reproduit récemment.

Alors ces travaux empirent mon déficit de sommeil. Nous sommes contents le dimanche d’autant que, oui, il arrive qu’ils travaillent le samedi aussi (c’est malheureusement autorisé, et je pense qu’ils rattrapent le temps du confinement ). Il est arrivé au début qu’ils travaillent aussi le dimanche. Nous sommes contents aussi les jours fériés. Il y en a eu un récent, le lundi 7 septembre, Labor Day, et le samedi de ce long week-end, ils n’avaient pas travaillé non plus. Le dimanche, c’était donc le silence et la possibilité de dormir un peu le matin. Par contre patatras le lundi férié ils ont travaillé. Un peu plus tard, vers 8 heures mais quand même (ce n’est pas autorisé selon le code municipal, le dimanche non plus d’ailleurs… ) J’aime aussi les jours de grosse pluie parce que souvent ils ne viennent pas non plus, ou plus tard. Quoique maintenant que la structure et le toit sont posés ils peuvent travailler à l’abri dedans.

En plus, c’est culturel, un Américain est sonore et bruyant, encore plus quand il travaille d’autant qu’il est (sur) équipé de machines et de zinzins encore plus qu’ailleurs, encore plus gros et plus bruyants qu’ailleurs. Et ce pistolet à clous (une mitrailleuse à clous de fait qui tire en continu et en rafale) comme je disais c’est une horreur. Mais il y en a d’autres. Pour commencer le générateur électrique (groupe électrogène portable) et certaines fois il y en a 2 qui fonctionnent en même temps et un groupe électrogène à essence c’est extrêmement bruyant. Les fenêtres de ma chambre et de celle de ma fille donnent en direct sur le chantier… donc nous sommes aux premières loges pour le bruit. Je n’ai pas compris pourquoi is utilisent des groupes électrogènes puisqu’en démolissant l’ancienne maison ils ont pris soin de conserver le pan de mur qui comportait le compteur électrique qui est resté connecté au secteur — il suffirait de payer un abonnement et ils auraient le jus avec moins de bruit.

De temps en temps, un vendredi ou un samedi on a une bonne surprise, même s’il ne pleut pas ils ne viennent pas et nous pouvons dormir. Par 3 fois au moins, un de ces samedis ou vendredis forts rares, pour une fois qu’il n’y avait pas les ouvriers, eh bien c’est mon fils en France qui m’a réveillée en me téléphonant à tout juste 8 heures.

Je laisse toujours mon téléphone portable (smartphone) allumé la nuit depuis que mon fils cadet a été attaqué. C’était il y a 4 ans environ, il a été attaqué sur Internet au milieu de la nuit, alors qu’il était dans sa chambre à la maison, un jour où, par chance, j’avais laissé mon smartphone allumé toute la nuit puisque ma fille était sortie et que je ne l’avais pas entendue rentrer. Donc je l’avais laissé allumé. Avant cet épisode je ne le laissais allumé que quand les enfants sortaient et l’éteignais dès je les entendais rentrer. Je l’éteignais aussi pour la nuit  si personne ne sortait et tout le monde était à la maison. C’est une autre histoire que je raconterai peut-être une autre fois mais j’avais heureusement pu intervenir parce qu’un de ses copains, en désespoir de cause, m’avait appelée au secours pour mon fils. Et nous dormions tous dans nos chambres, dont son grand frère en visite dans la chambre juste à côté, sans avoir rien entendu. Toujours est-il que depuis ce jour-là je n’éteins plus jamais mon smartphone. Donc quand mon fils aîné me téléphone (il appelle toujours sur le portable puisque c’est en visioconférence et qu’on ne paye rien) il me réveille s’il est inattentif à l’heure, avec en outre le décalage horaire de 6 heures (ce qui arrive aussi, les coups de fil à 5 heures du matin j’ai donné ! ) Il s’est amélioré c’est plutôt vers 8 heures ces derniers temps (involontairement puisque c’est quand son employeur le lâche, le vendredi après-midi vers 14 heures en France donc 8 heures du matin pour moi). Il arrive qu’aléatoirement un vendredi ou un samedi il appelle tôt et c’est toujours quand les ouvriers nous avaient justement laissés dormir. Quand les ouvriers travaillent dès 7 heures un vendredi ou un samedi, ce sera la fois où mon fils appellera vers 11 heures.

Je l’engueule gentiment mais comme il vit loin  je veux lui parler et je décroche. Ce n’est pas si souvent qu’il peut appeler, en général en semaine il n’a pas accès à son portable et lorsqu’il est en mission non plus. Il peut se passer plusieurs semaines sans qu’il puisse me téléphoner, alors quand il sonne je décroche. D’autant que ce n’est pas cet été que j’ai pu le voir…

Ce matin a été l’un de ces jours sans ouvriers où il m’a appelée alors que je me suis endormie vers 1 heure 30 puis réveillée vers 2 heures et que j’ai vu 3 heures en lisant au lit. J’en ai été vaseuse toute la journée sans pouvoir ne rien faire de vraiment productif.

Demain c’est samedi, il doit faire beau. Qui va me réveiller tôt, les ouvriers ou mon fils ? Surtout que chaque soir c’est la loterie pour savoir si j’aurai du mal à m’endormir ou pas. Je m’endors à 1 heure 30 ou 2 heures quand ça va et certaines fois, crise d’angoisse et de stress et je vois défiler 3 heures voire 4 heures du matin.

Chantier de la maison d’à côté : evolution du chantier entre juin et août

La théorie de l’information

La théorie de l’information

La théorie de l’information

Pendant mon séjour en France j’ai enfin lu La théorie de l’information d’ Aurélien Bellanger publié par les éditions Gallimard : chronologie de l’informatisation de la France depuis le Minitel jusqu’à l’Internet de Facebook et des smartphones. Inspiré largement de la vie du patron d’un opérateur Internet et milliardaire des nouvelles technologies français Xavier Niel, créateur notamment de Free. 

Cela m’a pris quasiment tout mon séjour, plus de 4 semaines, le livre étant pénible à lire. Assez bourratif pour ne pas dire chiant, cependant informatif, notamment pour comprendre comment nous les consommateurs, sommes pressés comme des citrons façon arnaque. Mais tout est légal bien sûr ! Quant à la moralité de la chose elle n’entre pas en ligne de compte et ça continue.

Bref la vie, depuis la naissance jusqu’à la réussite financière, sur notre dos, d’une catégorie de bandits des grands chemins : la catégorie des fournisseurs d’accès Internet, téléphonie mobile et fixe. Il y en a d’autres (les banquiers, les assureurs, les concessionnaires…) ma liste s’allonge de jour en jour mais ceux que je viens de citer forment le cœur même de cette engeance — bandits des grands chemins gros arnaqueurs.

La théorie de l’information

La théorie de l’information

Écriture et respiration

Tu te doutes bien que j’écris d’autres choses, sur d’autres sujets aussi, qui me tiennent à cœur, profondément. Et quoiqu’on puisse penser ce n’est pas une perte de temps que de passer du temps à faire ces textes où je m’applique et que je vous envoie par mail. D’une part ça me plaît (en plus du simple fait que j’aime bien partager avec vous) et d’autre part aussi ça m’est nécessaire. Ces écrits ne sont pas douloureux, ils me font comme une respiration au milieu d’autres plus difficiles. Je prends mon souffle si tu veux, pour pouvoir aller plus profond, ailleurs.

D’ailleurs, pour la petite histoire (c’est la meilleure la petite histoire finalement, au milieu de la grande, officielle — encore une digression) je viens de commencer des leçons de natation (je nage beaucoup mais comme un fer à repasser, c’est une autre histoire, amusante d’ailleurs, une autre fois) histoire d’apprendre à nager la tête sous l’eau et ne pas avoir peur d’étouffer ni de me noyer : travailler le souffle pour aller en profondeur et savoir remonter. Dans le même ordre d’idées j’aimerais trouver des leçons de chant, toujours pareil une question de souffle. Le tai-chi m’aide aussi beaucoup pour aller en profondeur sans trop de casse.

À part ça je suis contente que mes textes te mettent en joie.  Écrire me procure beaucoup de plaisir, presque autant que d’embrasser qui tu sais mais c’est une autre histoire et celle-là est plus douloureuse à écrire.

En tout cas je m’applique quand j’écris et tu sais pour qui j’écris, pour la seule personne qui ne me lira jamais plus. Cela paraît peut-être stupide et triste comme motivation, mais les motivations et les raisons sont toutes plus stupides les unes que les autres, il n’y a jamais de grandes raisons nobles. Les grandes raisons nobles sont en général la grande histoire officielle, la légende, fabriquée a posteriori. Seule la petite histoire est intéressante et authentique et fournit un éclairage sans égal… je digresse encore.

Outre le fait que l’écriture me procure énormément de plaisir et de joie, c’est aussi un moyen de survivre et de continuer pour moi. Quand je n’écris pas je ne suis pas bien et cercle vicieux. L’inverse est résolument vrai, quand j’écris cela me fait du bien et je boucle dans le cercle inverse. Enfin cela dépend du sujet, on en revient à cette respiration « écrite » nécessaire. Je ne parle pas d’écriture thérapeutique parce que celle-là c’est de la foutaise, elle ne vaut pas tripette sauf pour soi-même, peut-être.

Bref j’essaye d’écrire avec mon cœur comme le conseille Joyce Carol Oates dans son essai sur le travail d’écriture, « speak your heart » (textuellement elle dit, « write your heart out » ). Je n’aime pas tout ce qu’elle écrit ni pas toujours son style mais elle est très intéressante. Outre que c’est une grande voix de la littérature américaine contemporaine (et vivante ! ) c’est aussi une célébrité locale, sais-tu qu’elle est prof à Princeton ? (C’était encore pour la petite histoire).

Même dans mes écrits de colère j’essaye de mettre mon cœur. L’écriture en colère ou sur la colère est très délicate à gérer, justement Natalie Goldberg donne des tuyaux intéressants pour en faire quelque chose d’exploitable.

Bon tu n’as pas eu de chance : si tu m’écris le mercredi il y a de fortes chances que je te réponde longuement parce qu’après le tai-chi je suis toujours bien réveillée et, en outre, le mercredi soir je suis presque toujours seule.

Continue à être joyeuse, more on the way comme on dit ici. Continue à être joyeuse disais-je donc, si ça fait de l’effet à ne serait-ce qu’une seule personne c’est gagné, cela signifie que ça valait le coup de l’écrire. Franchement je n’invente rien, je décris exactement tout ce qui m’est passé en tête ou ce que j’ai ressenti durant ce séjour. Goldman, déglingué etc., tout est strictement authentique, je n’ai rien inventé ni imaginé artificiellement a posteriori, j’ai juste mis en forme.

Michèle en mode déglinguée mais joyeuse d’avoir mis ne serait-ce qu’une seule personne en joie.

(lettre à Claire le 27 octobre 2004)

Écrire

Je suis plus attentive… à la nature des écrits, à leur densité, à leur forme. À la fois lectrice et extérieure à ma lecture, spectatrice de moi lisant et recevant les mots, regardant leurs impacts sur moi-même et les extrapolant sur les autres lecteurs.

Je t’avais dit que j’écrirais. Je n’ai qu’à le faire.

6 octobre 2004

Lecture — trace

Si la lecture reste un plaisir secret ou une douleur secrète, un monde individuel où chacun seul a accès ou une clef pour ce royaume-là, l’écriture est un moyen de le faire partager, d’ouvrir et de donner la clef (codée bien sûr) aux autres. Déchiffreront la clef seuls ceux qui sont en résonance.
Écrire pour moi est un moyen de dire aux autres écrivains que j’ai les mêmes affinités, que je suis dans le même monde, même si nous ne nous voyons pas, tout au plus nous avons quelquefois la chance de nous apercevoir, ombre floue, instant fugace.
Écrire est ma réponse de lecteur. Lire est ma réponse d’écrivain.
Écrire est un moyen de dire mes plaisirs et mes douleurs secrètes de lecture, de lecteur, de moi-même en fin de compte.

Je trouve mes plus grandes joies et de grandes douleurs en lisant. Mais ma plus grande douleur c’est toi.

(3 novembre 2004)

Relire Pennac

Une lubie qui m’a prise y a une dizaine de jours à peu près, en apprenant la sortie de son tout nouvel opus de la série Malaussène 30 ans après ses débuts, en Série Noire à l’époque. Nouvel opus que j’ai commandé aussitôt d’occasion (?) via Amazon USA, édition originale en français sur un site revendeur allemand — les voies d’Amazon sont impénétrables — pour le même prix, port compris, depuis l’Allemagne que le prix du livre neuf en France.

J’étais fana de cette série en son temps (une simple trilogie ou tétralogie à l’origine) commencée à la fin des années 80 et continuée tout le long des années 90. Je m’étais arrêtée à Monsieur Malaussène que je n’ai pas lu, après la petite déception du Dictateur et le hamac, livre qui ne fait pas partie de cette série et que je n’avais guère aimé ni jamais fini d’ailleurs, en 2003-2004.

Pour pouvoir lire ce nouvel épisode des aventures de la famille Malaussène, je me suis dit que tant qu’à faire je pouvais relire toute la série depuis le début — j’avais adoré à l’époque — est-ce que ça avait tenu la distance ? La réponse est oui, j’en suis au deuxième, La fée carabine et j’adore toujours autant, ça n’a pas vieilli d’un pouce, ni le langage, ni l’univers déjanté ni les personnages qui sont tout autant réjouissants, l’ensemble procure toujours un véritable plaisir de lecture.

Mardi matin dans les innombrables temps d’attente à l’hôpital pour la visite de contrôle trimestrielle de mon fils, j’en ai profité pour commencer La fée carabine justement. En partant de l’hôpital j’en étais déjà au tiers et je n’avais pas envie de le lâcher, le trouvant encore meilleur qu’Au bonheur des ogres que j’ai trouvé lui-même excellent à la relecture. J’attends avec impatience de relire le troisième, La petite marchande de prose, celui-ci avait paru directement dans la collection blanche de Gallimard en son temps et m’avait introduite à la série en 1990 — c’était mon préféré de tous.

Relire Pennac, une récréation délectable entre les déambulations poétiques de Basho au Japon et les aventures botaniques d’Elizabeth von Arnim en Prusse.

Relire Elizabeth von Arnim

Travaillant sur mon manuscrit, une association d’idées en appelant une autre, je me mets à relire Elizabeth von Arnim

Sublime Elizabeth et son jardin allemand avec son ton tranchant et cette « désolante absence de charité » comme le dit la quatrième de couverture : complètement réjouissant de fait.

Je referme le livre le sourire aux lèvres, un peu de bonheur dans un monde de brutes, un petit plaisir que l’on se donne etc.

Il ne me reste qu’à plonger dans les suivants, déjà lus il y a près de 15 ans, ça me rappellera en outre de bons souvenirs — ma vie quand je les lisais.

À chaque fois que je lève les yeux

À chaque fois que je lève les yeux, je quitte Chypre et les années 50 pour me retrouver dans le New Jersey en 2015.

En alternance le doux soleil de la Méditerranée en mai et le couloir sombre et froid de l’école en cette fin d’avril.

Les tests d’État battent leur plein. Je surveille les couloirs, activité plutôt tranquille, le seul moment d’animation est au changement de classes, toutes les heures, ma seule évasion entre-deux, mon livre, Chypre dans les années 50, la fin de la gouvernance anglaise, le début de la révolte d’indépendance, le soleil, le vin, les paysages et la douceur de vivre d’une île grecque. La réalité, ici et maintenant, ma chaise dure, les néons faiblards qui peinent à éclairer le corridor, ses courants d’air, le vrombissement de l’aérateur, les pas lourds des élèves, leurs cris que je réprime vite.

(Texte écrit pendant les tests standardisés d’État, sur ma chaise dans le couloir, le 27 avril 2015.)