Archives du mot-clé Poésie

L’avantage de dormir — trace

 

quand je me réveille chaque matin il y a cet instant impalpable où je crois que je viens de faire un cauchemar et qu’il va falloir que je me dépêche de m’habiller de déjeuner pour conduire ma fille au train de 7 heures pour New York —

chaque matin il y a cet instant fébrile où je me dis qu’il faut que je me dépêche pour faire tout ce que je dois faire avant mes classes de tai-chi ou mes rendez-vous et autres engagements divers et variés — ces occupations que nous croyions indispensables,

la réalité me frappe à chaque fois en plein visage : ce n’est pas un cauchemar, un de ces mauvais rêves comme il arrive d’en faire de temps en temps et dont on se réveille le cœur tremblant avant d’être tout soulagé d’un seul coup —

ce n’est pas 

un mauvais rêve —

 

c’est un 

pur cauchemar éveillé —

 

je n’attends qu’une —

lueur au bout du tunnel,

 

et chaque matin quand je me réveille —

elle ne vient pas.

 

(Berkeley Heights, New Jersey, 20 mars 2020)

L’avantage de dormir

 

L’avantage de dormir c’est que pendant mon sommeil la vie est normale à nouveau, dans mes rêves le virus n’apparait pas n’existe pas.

À mon réveil il me faut quelques minutes pour revenir à la réalité, prendre conscience une fois de plus de notre situation actuelle, notre nouveau quotidien — que ce cauchemar digne des plus mauvaises séries américaines est bien réel.

Dans mes rêves j’étais ailleurs, dans mes rêves je me suis reposée — 

mes rêves auront au moins servi à quelque chose, diminuer temporairement pendant quelques petites heures, le stress les inquiétudes — un repos un répit, 

l’avantage de dormir.

 

(Berkeley Heights, New Jersey, 17 mars 2020)

Foule sentimentale

 

Une fois n’est pas coutume — d’ordinaire je ne publie que des textes, photos ou vidéos personnelles sur ce blog mais aujourd’hui j’ai décidé de publier un lien vers la vidéo officielle de la chanson Foule sentimentale d’Alain Souchon.

J’ai récemment acheté son dernier album, Âme fifties (très bon album avec la superbe chanson On s’aimait et d’autres de grande qualité aussi) et cela m’a donné envie de réécouter quelques-unes de ses anciennes chansons. Parmi celles-ci j’ai retrouvé Foule sentimentale. Sa pertinence et son actualité criante m’ont frappée et je l’ai réécoutée en boucle.

La meilleure chanson française sur le sujet — la surconsommation et le vide de la société de consommation — écrite à ce jour, visionnaire qui plus est, car écrite en 1992/93 : il n’y avait pas Amazon à l’époque, pourtant il parle déjà des cartons d’emballage et des désirs qu’on nous impose, « les quantités d’choses qui donnent envie d’autre chose » qui sont, de nos jours, la marque de fonctionnement d’Amazon en particulier mais pas que.

À réécouter d’urgence en ces jours de « Black Friday » ultra soldes et autres discounts quasi permanents — un anti hymne au Black Friday justement.

La sécurité des transports

Il faut être lâche pour voyager. Non pas pour entreprendre un voyage mais pour supporter le voyage — la partie transport, transport en commun où rien n’est commun que la déshumanisation, la violence extrême avec laquelle on nous traite — terroristes criminels potentiels, putatifs. Il faut être lâche pour voyager, fermer sa gueule face à la criante injustice à laquelle on nous soumet, la perte de tous nos droits bien sûr, c’est le plus visible, la perte de notre humanité, moutons bêtement suiveurs, que tout le monde rentre dans le rang, y reste surtout y reste, il faut être lâche et supporter — le courage est-ce donc une valeur inutile, dangereuse même, quand on voyage — pendant le transport ?

 

sécurité à l’aéroport
les ciseaux et pointes confisqués —
on les rachète de l’autre côté, en duty free.

 

 

haïbun écrit en juillet 2010 et tiré de mon livre Quartiers d’été — haïbun de voyage (livre en attente d’éditeur et de publication)

Poème — Boxing Day

Boxing Day *

Comme des retrouvailles
toujours là jamais absente
une fidèle à l’infidèle que je suis
il y a des choses qui ne changent jamais
et pourtant l’Histoire a prouvé s’il le fallait
que rien n’est éternel.
Pas de neige de décembre
des températures positives
la voie libre pour y venir —
Boxing Day.

— 14 janvier 2007

* dans certains des pays du Commonwealth, jour férié qui succède au jour de Noël.

Poème – travailler plus

travailler plus

travailler plus

pour gagner moins

levée avant six heures

préparer les repas

s’occuper de la vaisselle

lever les enfants

les préparer pour l’école

se préparer pour aller travailler

mal réveillée mal peignée

en plus il faut avoir l’air

séduisante sous peine

d’être virée mal notée

éliminée

le même travail qu’un homme

payé cinquante pour cent

avec de la chance

le retour les enfants

les devoirs les corvées

le linge à laver

sécher repasser

le repas du soir

le ménage la vaisselle

les enfants lire une histoire

finir les devoirs

le travail ramené à la maison

pour ne pas être virée

mal notée éliminée

tel est le sort journalier des femmes

de tous les pays

travailler plus

pour gagner moins

— 15 août 2009

Poème – si la reine d’Angleterre

si la reine d’Angleterre

si la reine d’Angleterre

venait chez moi

— par quel hasard ennuyeux —

— plus pour moi

que pour elle —

après tout c’est son métier

que de s’ennuyer

elle est même payée pour ça

si la reine d’Angleterre

venait chez moi

peu en importent le hasard

et les circonstances

elle devrait

enlever ses chaussures

en entrant

comme tout le monde

petit ou grand

riche ou pauvre

célèbre ou mécréant

homme ou femme

et rester en chaussettes

tant pis si elles sont trouées

si la reine d’Angleterre

ou tout autre grand de ce monde

— pas plus grand que vous et moi

en fait —

fait de chair et de sang

de poussière et de boue

sous leurs souliers

en tout cas

si la reine d’Angleterre

ou tout autre grand de ce monde

venait chez moi

ils devraient

enlever leurs chaussures

en entrant

et rester en chaussettes

je n’aurai aucune retenue

à le leur demander

poliment mais

fermement

comme je le fais

avec tout un chacun qui se présente

désirable ou

indésirable

c’est moi qui gouverne

et qui décide

chez moi

puisque je fais le

ménage

— 24 février 2008

Poème – frénésie de ménage

frénésie de ménage

une frénésie de ménage

une frénésie de nettoyage

ma maison

pièce par pièce

recoin après recoin

repeindre et faire propre,

un changement d’odeur

un changement d’humeur.

une frénésie de ménage

une frénésie de nettoyage

ma vie

jour après jour

relation par relation

retendre et faire du tri,

un changement de vent

un changement d’amants.

une frénésie de ménage

un amoncellement d’accessoires

balais plumeaux désinfectants,

fascinant.

une frénésie de nettoyage

un déchaînement d’énergie

à traquer exterminer les rats,

la vermine —

faire place nette.

— 4 septembre 2007