Archives mensuelles : janvier 2015

Terre inhospitalière — trace

La réponse à la question je ne l’ai pas trouvée, je n’y ai jamais répondu — ou devrais-je dire pas encore ?

Au début, pour mieux te retrouver — l’éloignement la ferveur des échanges, les projets communs la grande joie des retrouvailles —

te fuir ensuite, mettre la plus grande distance entre toi et moi par peur de te rencontrer au coin d’une rue, hasard ou acte manqué, nécessité impérieuse, incontrôlable —désastreuse à tout le moins.

Maintenant la question se pose à nouveau, remonte à la surface.

Et si c’était tout simplement pour prouver que la Terre était ronde, qu’une fois qu’on est allé de l’autre côté on revient forcément à son point de départ ?

Une terre inhospitalière

Terre inhospitaliere

Historic Blizzard Warning

Quand les Espagnols ont commencé à explorer le nord du continent américain, ils ont fait demi-tour et ont laissé tomber cette vaste étendue au nord — une terre inhospitalière, donc sans intérêt, selon eux, raconte André Kaspi dans « Les Américains tome 1, naissance et essor des États-Unis, 1607-1945 ».

J’ai appris depuis que cette vaste étendue d’Amérique du Nord, qui correspond aux États-Unis aujourd’hui, est de fait la partie du monde qui reçoit le plus de cataclysmes et catastrophes naturelles, qui subit le plus les rigueurs du climat — toutes les rigueurs de l’échelle, les rigueurs liées au chaud comme au froid, au sec comme au mouillé, toutes concentrées (acharnées) sur cette étendue de terre là. Pas étonnant que les Indiens d’Amérique du Nord n’aient jamais rien construit en dur comme au sud du continent, ils ont dû passer leur temps à essayer de devancer le climat, le fuir l’éviter s’en abriter, en attendant un mieux ou d’être décimés par lui.

Ensuite rien de vraiment permanent n’a été construit non plus, le peu est détruit au fur et à mesure par les éléments, tempêtes de sable, de sauterelles, de cicadas, de neige, blizzard tornade typhon ouragan, neige quand il fait 12 degrés, encore plus dévastatrice, pluie, verglaçante quand même, par -10 tout aussi destructrice, comme si l’eau ne savait plus à quelle température figer ou se liquéfier. Et encore, raz de marée moussons vents de tempête de 150 km/h et plus, toutes les intempéries que vous pouvez nommer, les 7 plaies d’Égypte et au-delà, elles sont réunies ici sur ces terres, il y a même une faille active et des tremblements de terre. En somme il ne manque qu’un gros volcan explosif  (il y en a, à Hawaii, aux États-Unis donc mais pas en Amérique du Nord).

Encore après, les suivants n’ont fait qu’égratigner cette terre, l’effleurer à peine, tout est en surface rien n’est ancré pour la permanence (loin de nos théâtres romains ou grecs de plus de 2000 ans) car tout est susceptible d’être balayé en un instant, plus que susceptible, plus que probable, une fatalité certaine. Pas de fondation de fondement, les mots ont la signification des maux qui affligent cette terre.

Sur le bord de l’Atlantique Nord, à l’abri de New York nous sommes les moins mal lotis de tout le territoire. Des amplitudes de températures de 20 degrés, parfois 30, en 24 heures , l’hiver l’hiver rude sans pitié — sans nous plaindre trop, plus au nord plus à l’ouest, ils sont déjà sous un mètre de neige et plus avec des températures jusqu’à -50 dans la région des Grands Lacs. En été c’est le contraire, les mêmes chiffres de températures mais en positif — terre inhospitalière disaient les Espagnols ?

À la veille de chaque tempête, froide ou chaude, ouragan ou blizzard, en attendant, impuissante, que le ciel nous tombe littéralement sur la tête que les éléments se déchaînent de façon imprévisible, je me pose la question —

que suis-je venue faire dans cette terre inhospitalière ?

Le luxe de parler du temps

Pouvoir parler à nouveau du temps qu’il fait, un luxe qu’on tenait pour acquis, une évidence qui se retrouve en porte à faux — l’humanité vacille.

Parler du temps, ce devrait être la principale de nos préoccupations humaines — les poètes ne s’y sont pas trompés, qui furent les premiers emprisonnés pour leurs écrits toutes catégories confondues — après tout le temps est l’une des rares choses sur lesquelles nous n’avons pas de prise, ce devrait être notre question majeure tous les jours, le temps les intempéries comment s’en prémunir, s’en protéger, les fuir les précéder partager nos connaissances, nos ressources et nos abris.

Pourtant cela devient la plus futile de nos conversations, en ces temps troubles doubles incertains indécis, alors que c’est peut-être en celle-ci, en cet échange gratuit si porteur d’espérance que s’exprime la quintessence de notre humanité.

Il nous faudra retrouver le luxe de parler du temps, en faire la principale source de nos préoccupations — à ce moment seulement nous aurons vaincu toute trace de barbarie en nous.

Sangiovese

Sangiovese

Le vin que j’ai servi pour le repas du jour de l’An, je voulais un vin italien, l’étiquette avec son dessin moyenâgeux m’avait tiré l’oeil, le nom — prometteur— Sangiovese, le sang de Jupiter.

Un vin de cépage ordinaire (le vin, le cépage l’est moins c’est le cépage principal de tous ces grands vins de Toscane que j’aime tant) et d’une région pas spécialement réputée pour ses vins, les côtes de l’Adriatique, un vin de Molise de la Terre des Osci, ce que nous appellerions un Vin Délimité de Qualité Supérieure, une appellation de qualité certes mais pas une AOC.

La bonne surprise d’un vin splendide en bouche ferme tannique sans être rugueux, comme je les aime, pas cher en fin de compte — ce n’est pas un grand nom.

J’irai en acheter une caisse de 12 bouteilles demain, une réserve de petits bonheurs pour l’hiver.