Archives mensuelles : mai 2015

Les irréguliers réguliers

Comme dit monsieur B., professeur à la retraite qui fait des remplacements comme moi au collège de Berkeley Heights (la middle school), nous sommes les irréguliers réguliers — the regular irregulars.

Bilan, cette année, à part au mois de janvier pratiquement sans travailler pour m’occuper de mon cadet malade, j’ai travaillé tous les jours que dieu fait ou presque, les seuls jours sans travailler à l’école étaient soit des jours de neige soit des jours fériés, des vacances ou parce que j’avais pris la journée pour un rendez-vous médical. En pratique ça a été non-stop depuis les vacances de Pâques.

Bilan, mes écrits n’avancent pas vite, ce blog non plus, frustration perpétuelle, écrire ou travailler, travailler ou écrire. Après une journée à l’école, le soir en général je m’effondre épuisée.

La mauvaise classe — trace

Ce poème, La mauvaise classe, écrit en 2009, au lycée juste après une mauvaise classe, s’applique toujours aujourd’hui, il est toujours actuel 6 ans après, au collège aussi. La promotion des élèves de 5ème (7ème grade/ 12-13 ans) cette année est particulièrement difficile.

Poème : la mauvaise classe

la mauvaise classe

on compte les minutes

s’accroche à chaque instant

qui passe sans encombre

se félicite si l’un des plus

trublions réclame d’aller aux toilettes

où l’on sait qu’il restera un quart d’heure,

quart d’heure plus tranquille

pour le reste de la mauvaise classe —

il en reste assez d’autres à surveiller

pour mon goût de toute façon.

un blanc un silence soudain dans le brouhaha

aussitôt percé par le cri strident de l’un

qui ne sait pas quoi faire de sa peau,

cri d’autant plus perturbant qu’il vient

dans un moment de relatif silence,

qu’il va déclencher par sa sauvagerie

d’autres comportements erratiques

hystériques frénétiques un pugilat général

la destruction de la salle de classe

l’anéantissement de l’aile des langues étrangères

l’explosion du bâtiment

un nuage de poussière qui plane

dans le ciel à nouveau serein

le calme après la tempête

encore étonnée d’y avoir survécu,

la sonnerie me tire de ma stupeur —

la classe est finie.

— 3 mai 2009

Une porte ouverte

Dans l’après-midi une porte laissée ouverte contre toute régulation toute réglementation, une porte d’école ouverte sur l’extérieur, le parking en l’occurrence, c’est mieux que rien, laisse entrer l’air frais du dehors qui balaye et renouvelle l’air intérieur rance étouffant après cinq mois d’hiver.

Ce n’est pas la Grèce mais je respire et je prie silencieusement que personne ne s’en aperçoive et ne vienne la fermer à grand fracas, barrant l’entrée d’air un peu plus pur, la fin d’un petit moment d’évasion.

(Texte écrit pendant les tests standardisés d’État, sur ma chaise dans le couloir, le 27 avril 2015 après-midi.)

À chaque fois que je lève les yeux

À chaque fois que je lève les yeux, je quitte Chypre et les années 50 pour me retrouver dans le New Jersey en 2015.

En alternance le doux soleil de la Méditerranée en mai et le couloir sombre et froid de l’école en cette fin d’avril.

Les tests d’État battent leur plein. Je surveille les couloirs, activité plutôt tranquille, le seul moment d’animation est au changement de classes, toutes les heures, ma seule évasion entre-deux, mon livre, Chypre dans les années 50, la fin de la gouvernance anglaise, le début de la révolte d’indépendance, le soleil, le vin, les paysages et la douceur de vivre d’une île grecque. La réalité, ici et maintenant, ma chaise dure, les néons faiblards qui peinent à éclairer le corridor, ses courants d’air, le vrombissement de l’aérateur, les pas lourds des élèves, leurs cris que je réprime vite.

(Texte écrit pendant les tests standardisés d’État, sur ma chaise dans le couloir, le 27 avril 2015.)

Poème : les amis que l’on perd

les amis que l’on perd

les amis que l’on perd

n’en étaient pas

sans doute

et l’on a beau se le dire

ou s’en défendre

il fait mal à l’âme

il pleure des lames

piqûres répétées

quand un soir

d’hiver ou d’été

on se souvient

des amis que l’on a

perdus.

— 21 mars 2007