Archives mensuelles : juillet 2020

America First — trace

 

(suite de l’article que j’avais écrit en avril de cette année, à lire ici)

« On a la meilleure médecine du monde, les meilleurs hôpitaux, les meilleurs soins, les meilleurs tests, les meilleurs médicaments, les meilleurs tout. On est les meilleurs de toute façon. »  Propagande qui s’autodétruit et nous autodétruit — tous les citoyens, tous les habitants de ce pays, dans cette guerre devenue une guerre purement partisane (le virus ? quel virus ?).  

Si quelqu’un de l’autre parti le dit, c’est forcement faux (l’autre parti étant les démocrates bien entendu) et si l’on n’est pas pour (les républicains} on est forcement de l’autre parti, donc contre l’Amérique. Ceux qui ne sont pas pour nous sont contre nous, on a déjà entendu ça, aussi loin que dans la Bible, ce qui n’est pas une référence, jusqu’à plus récemment, par exemple par W pour rallier tout le monde à sa guerre d’Irak. Et avant c’était Mussolini et aussi les nazis qui disaient ça dans les années 30.

Ce n’est pas que les médecins et les soignants soient mauvais du tout mais ils n’ont aucun moyen pour travailler, tout est recouvert d’une chape administrative, plusieurs chapes, et privées et étatiques, d’un mille-feuille bureaucratique grâce auquel l’argent se perd dans des méandres monstrueux — il n’est pas perdu pour tout le monde bien entendu : la règle numéro 1 c’est de presser le citron des citoyens, les patients et malades ne sont pas des patients mais des clients — tout est bon pour les faire cracher au bassinet et les arnaquer. En leur mentant notamment sur l’intérêt d’un système de santé universel qui serait bien moins cher pour chacun en réalité — il ne faut surtout pas justement, certains se feraient moins d’argent. Pour éviter toute velléité on agite le drapeau du communisme dès que quelqu’un émet l’idée d’une couverture universelle et de supprimer ces multiples assurances privées opaques qui sont des pompes à fric inimaginables. C’est par milliards de dollars qu’ils aspirent l’argent, et des clients-citoyens-patients et des médecins et hôpitaux. 

Un hôpital par exemple n’est pas un hôpital mais une coquille vide, des simples murs et tout à l’intérieur, depuis la moquette au plafonnier en passant par le personnel qui y officie pour une raison ou une autre, est une sous-couche, un sous-traitant, pas d’employés pas de meuble pas de matériel médical, rien de fait partie d’une structure unique — qui devrait être l’hôpital —ce qui se traduit au final par des facturations multiples pour le patient qui payera l’hôtellerie, les machines et le matériel médical utilisés, les laboratoires, la restauration, les médecins les infirmiers et les frais généraux et administratifs, j’en passe, séparément — personne et rien ne fait partie de l’hôpital qui en fait n’existe que dans le nom (et ses sociétaires qui rackettent pardon récoltent les dividendes juteux). C’est bien pratique, aucune entité contre qui se retourner ou demander des détails, fin de la digression.

Quiconque ose critiquer ou remettre en cause ce système mafieux, il n’y a pas d’autre mot, mais mafieux légal bien sûr (tout va bien tout est légal, ce n’est pas moral ? Peu importe. Ce qui importe c’est le légal), donc quiconque ose critiquer ou émettre des réserves se fait traiter de communiste.

Communisme étant l’injure suprême, il n’y a pas pire. Et n’oublions pas la chasse aux sorcières, c’était il n’y a pas si longtemps : être seulement suspecté de pensées dites « progressistes » valait pour communisme en un temps où il était fort dangereux d’en être accusé (beaucoup ont été détruits et certains ont même été condamnés à mort).

On ne peut même pas émettre l’idée, encore moins suggérer d’étudier la question objectivement. Même les citoyens de base, même les plus pauvres sont contre un système de santé universel— ils ne veulent pas être soupçonnés de communisme, pensez donc. 

C’est la même façon de raisonner ici, si l’on est pour un système de santé équitable, on est contre le système existant donc l’ennemi, ceux qui ne sont pas pour nous, etc.

Il n’y a pas de troisième voie, tout est binaire avec les dégâts que l’on voit directement, ici et maintenant dans la crise sanitaire actuelle — un désastre.

Parce que le virus lui il s’en fout de nos batailles partisanes. Le virus ? Quel virus ? Si vous parlez de virus vous êtes contre nous — et c’est reparti dans la boucle infernale.

Un pur désastre, America First donc dans le monde malade du virus — le plus de cas, le plus de morts, le plus d’incompétence à gérer la crise. Est-ce étonnant avec l’agent orange en chef ? (Il n’est pas le seul, il a de bons petits sous-chefs tous aussi incompétents, le doigt sur la couture du pantalon.)

L’essentiel c’est America First. Il suffit de le dire et de le croire pour que ça devienne réalité — langage performatif. Et si les faits et le réel donnent tort à cette vision complètement imaginaire, eh bien le réel a tort, le réel n’existe pas, il n’a pas eu lieu. « Nous nous en sortons bien, nous sommes ceux qui s’en sortent le mieux dans le monde actuellement. »

Le virus ? Quel virus ?

Dôme de chaleur — trace

Dome de chaleur

« Baking Heat » aujourd’hui

Ce matin l’alerte météo pour la journée annonçait une journée sous le signe d’une Baking Heat, chaleur de cuisson littéralement — ils sont pleins d’humour à l’office météorologique national — donc chaleur de four.

Effectivement je suis sortie chercher le courrier à la mi-journée et c’était une chaleur de four, heureusement pas encore trop humide donc supportable pour les quelques minutes que j’ai passées dehors. Après contrôle sur ma station météo, effectivement environ 60% d’humidité ce qui est la limite haute du confortable (c’est confortable en dessous). Donc ni très sec ni très humide.

Cette nuit la température n’est pas descendue en dessous de 25 degrés et l’humidité a fluctué entre 77% et 59%.

Hier soir 19 juillet à 23 heures 30 il faisait encore plus de 27 degrés et l’humidité était en train de monter donc jusqu’à plus de 75 % pendant la nuit si j’en crois ma station météo qui enregistre les maximums et minimums pour 24 heures.

L’air conditionné, dont j’ai remonté le thermostat malgré tout vers 1 heure du matin, s’est déclenché 2 ou 3 fois au milieu de la nuit, vers 6 heures ce matin je suis allée redescendre le thermostat et il a tourné en gros pointillés jusqu’à 9 heures. Ensuite ce sont plutôt des pointillés très courts d’arrêt. Depuis le début de l’après-midi il tourne en continu je me suis pas certaine qu’il se soit arrêté même une fois ou deux depuis 2 ou 3 heures…

Dome de chaleur

Températures nocturnes

Dôme de chaleur

 

J’ai déjà écrit ici que depuis que je vis aux États-Unis j’ai appris un nombre impressionnant de nouveaux termes météorologiques, inédits et absolument inconnus de moi et du grand public en général.

Au fil des années j’ai appris (nous avons tous appris) à connaitre les nor’easters, les Alberta clippers jusqu’aux bombogenesis en passant évidemment par les superstorms et la plus grande qui ait jamais eu lieu dans l’Atlantique Nord, Sandy de son prénom. J’en étais restée aux bombogenesis et autres polar vortex (et tout récemment un autre, voir plus bas) quand aujourd’hui je viens d’en découvrir un nouveau : un dôme de chaleur, heat dome en anglais dans le texte.

À partir de demain et pour tout le week-end jusqu’au milieu de la semaine prochaine, le centre des États-Unis (le Midwest et les régions voisines au sens large) et la Côte Est, depuis la Floride jusqu’en Nouvelle-Angleterre (Southeast into the Midwest, Mid-Atlantic, and Northeast) — en gros presque toute la partie continentale des États-Unis— vont subir une vague de chaleur, rien d’inhabituel jusque-là. Mais pas n’importe quelle vague de chaleur, pas une simple vague de chaleur, cette fois-ci nous allons subir un dôme de chaleur. Partout dans les nouvelles et les informations, les journalistes et météorologues se mettent à expliquer en long en large et en travers, ce qui confirme que c’est une nouveauté pour le grand public — et pour moi donc.

Températures redoutables, 36 voire 37 degrés Celsius et plus, mais pas seulement : les indices de chaleur (encore un terme que j’ai appris à connaître ces dernières années, apparemment c’est un concept inventé par les météorologues américains — nous y voilà— pour faire court c’est un indice qui combine la température et le taux d’humidité) vont monter très haut à cause de ce phénomène de dôme de chaleur provoqué par de l’air chaud venant du Pacifique qui va être emprisonné sous un système de hautes pressions, ce qui apparemment n’est pas habituel et cause ce phénomène inédit jusqu’à présent ou suffisamment rare pour que le commun des mortels n’en ait jamais entendu parler.

En pratique cela veut dire très chaud et très humide — autant la chaleur sèche est supportable, la moindre tiédeur humide ne l’est pas. J’ai déjà été obligée de mettre en route l’air conditionné de la maison pour des températures de 24 ou 25 degrés. C’est bien et plaisant me direz-vous, mais pas du tout : avec plus de 80% d’humidité, plus proche de 90 que de 80 d’ailleurs, c’était hautement inconfortable. Donc non seulement 36 degrés Celsius, ce qui serait déjà chaud, mais quand l’humidité est au-delà de 60%, et ce sera donc le cas puisqu’on va monter vers les 100%, c’est absolument intenable. Air conditionné indispensable puisque non seulement il fait baisser la température ambiante, mais en plus il dessèche l’air, ce qui est crucial. 

L’air conditionné qui ronflait déjà bien, va ronfler de plus belle. Il se peut que cette nuit et les nuits suivantes je ne relève pas la température du thermostat comme je le fais d’habitude pour éviter qu’il se déclenche la nuit et économiser un peu d’énergie. Nous aurons peut-être besoin qu’il souffle à plein même en pleine nuit.

Aujourd’hui nous ne sommes montés qu’à 30 au plus chaud, mais jusqu’à 96 % d’humidité —et encore, nous ne sommes pas sous les tropiques.

Comme je l’ai déjà écrit ici, les météorologues sont toujours pleins de poésie et de ressources créatives : le mode pour dimanche sera le mode cactus, littéralement c’est la petite image dans les prévisions météo (c’est imagé, mais faux puisque nous aurons une chaleur de désert, mais à contrario du désert il fera extrêmement humide).

Et encore, ne nous plaignons pas : dans les plaines du Midwest non seulement ils vont aussi être sous le dôme de chaleur, mais ils vont avoir en plus un derecho… Terme que j’ai appris récemment, pendant le confinement. Nous avons eu un derecho dans le sud et l’ouest du New Jersey début juin, mais il ne nous a pas touchés dans le New Jersey central où j’habite : il s’agit d’une série d’orages très violents — j’allais dire des orages en rafales —  combinés avec des vents extrêmement violents aussi qui détruisent tout sur leur passage, comme des petites tornades sauf que ce sont seulement des vents et pas des tornades. La météo et le climat local sont pleins d’inventivité et de créativité pour nous rendre misérables — songeons que des gens, lors de cet épisode récent du mois de juin, ont subi la destruction de leur maison en plein confinement. Je n’ose pas imaginer les premiers secours et les interventions de pompiers en plein pic de coronavirus dans le New Jersey — alors la deuxième région épicentre après New York City voisine.

Et il peut y avoir aussi des tornades en plus du derecho, en parallèle en même temps, l’un n’empêche pas l’autre et les plaines du Midwest sont en alerte pour les deux. Le derecho est un phénomène rare, c’est pour cette raison que personne en dehors des spécialistes n’en avait entendu parler avant celui du mois de juin — pas si rare que ça, c’est la deuxième fois qu’il est mentionné en l’espace d’un mois et demi. En 18 ans ici je n’avais jamais entendu ce terme (et je suis quelqu’un qui suit la météo quotidiennement — bien obligée dans ces terres où la nature est violente et incertaine).

Quand je parlais de terre inhospitalière… sans compter aussi au niveau du virus puisque nous sommes le pays le plus touché — America First, eh bien nous sommes servis — donc inhospitalière à double titre, météorologique et sanitaire.

Le prix de l’essence

 

Le prix de l’essence est passé sous la barre de 2 dollars le gallon (environ 3,8 litres). Hier j’ai complété l’essence qu’il y avait dans le réservoir de ma voiture, pour avoir un peu d’essence fraiche qui se mélange à l’essence qui est dans le réservoir depuis plusieurs mois et dont seulement 1/3 environ a été ajoutée lors de mon dernier plein le 15 mars. Depuis je n’ai presque pas roulé et une fois que le niveau était descendu d’un tiers j’ai fini par rajouter une vingtaine de litres de ma réserve d’essence d’hiver — je garde toujours 100 litres d’essence dehors pour le générateur en hiver et généralement je m’en débarrasse en la mettant dans les voitures au printemps, ce que je n’ai presque pas pu faire cette année puisque nous n’utilisions pas les voitures et ne consommons rien. 

Il me fallait donc impérativement mélanger un peu d’essence fraiche à ce qu’il y avait dans mon réservoir, ce que j’ai fait hier : pour 8,5 gallons j’en ai eu pour 17 dollars, c’est-à-dire environ 32 litres pour cent francs ou 15 euros ! Cela fait longtemps que cela ne m’était plus arrivé — même si aux États-Unis l’essence est bien moins chère qu’en France et en Europe, ces dernières années elle oscillait entre 2,60 dollars le gallon au moins cher et 3,50 dollars voire quelques pointes à presque 4 dollars le gallon. Ce sont les prix à la pompe, taxes comprises dans le New Jersey.

Quand je suis arrivée en 2002, le gallon était à moins de 1,50 dollar (voir la photo ci-dessous) et on pouvait le trouver encore moins cher dans d’autres stations-service, dans mon petit Getty qui était bon marché je le payais environ 1,25 dollar.

Le prix de l'essence en juillet 2002 dans le New Jersey

New Jersey, USA 4 juillet 2002 : le prix de l’essence ! (de $1.47 à $1.68 le gallon)

La station Getty aout 2002-1

La station Getty – photo prise en août 2002 peu après notre arrivée

Pompe de la station Delta de Berkeley Heights

Pompe de la station Delta de Berkeley Heights – photo prise le 20 mars 2018 entre 2 tempêtes de neige

Quand est-ce qu’on aura enfin des bonnes nouvelles ?

Quand est-ce qu’on aura enfin des bonnes nouvelles ou au moins meilleures ? Avec le crétin criminel qui nous gouverne, on ne s’en sort pas. Les états de New York, du New Jersey et du Connecticut (les états les plus lourdement touchés jusqu’à présent, du fait de la métropole de New York City et son énorme densité de population — ville verticale s’il en est —, de son statut de point d’entrée, de passage et son brassage de populations venues du monde entier ), les trois états donc commencent à peine à revivre. Mais comme nous ne sommes pas un pays indépendant, nous recevons maintenant le virus des autres états, qui se sont bien moqués de nous et nous ont méprisés lorsque nous avions tout fermé en mars (pourtant trop tardivement) et surtout n’ont pas cru que ce qui se passait chez nous était vrai. C’était de la propagande démocrate, bien entendu ! On a fermé la moitié de l’humanité pour de la propagande démocrate — combien de gens en dehors du pays connaissent les opinions et programmes des démocrates américains et en ont quelque chose à faire ? 

Ces mêmes gens des mêmes états de la Sun Belt et de la Bible Belt (tout un programme) des États-Unis ne croient toujours pas à l’existence du virus — la Terre est plate voyons et ceux qui prétendent le contraire propagent de la propagande démocrate. Le virus n’existe pas, il suffit de le dire pour que ce soit vrai, c’est du langage performatif par excellence. La Terre est plate, si on le répète suffisamment fort elle le deviendra de toute façon, donc c’est vrai par avance. Le Moyen-Âge n’est pas loin et je me demande même s’ils n’étaient finalement pas plus avancés en ce temps-là —

quand est-ce qu’on aura enfin des bonnes nouvelles ?

(journal du 8 juillet 2020)

Le mois du grand changement

En 31 secondes, à raison d’une seconde par jour, voici le mois de mars 2020 — le mois du grand changement : premier cas de coronavirus officiel dans le New Jersey le 5 mars, le 9 mars premier cas officiel dans notre petite ville de Berkeley Heights, l’état d’urgence dans le New Jersey déclaré le même jour, les courses et les rayons vides — notamment de papier toilette ! Puis le confinement et toutes nos activités intégralement à la maison, sorties limitées au maximum, une seule fois au supermarché après le 21 mars, jour officiel du début du confinement du New Jersey même si en pratique nous étions personnellement confinés depuis le 15 mars. Et les appels du maire sur la ligne d’urgence pour nous tenir informés des restrictions et contraintes.