Archives mensuelles : mars 2019

Écrire — trace

Ecrire

Écrire

Pourquoi écrire ? Je pense avoir trouvé la (les) réponse(s) ; je peux en jeter une série sur le papier mais il y en a d’autres, une infinité d’autres. Par exemple, pour me faire aimer ou pour me faire haïr, pour me réconcilier ou pour me faire lourder, pour m’extérioriser ou pour m’intérioriser, pour passer mon temps ou pour le perdre, pour partir ou pour rester, pour me libérer ou pour m’emprisonner, pour me sauver de la folie ou pour m’y plonger, pour continuer à grimper ou pour me casser la gueule, pour repousser mes limites ou pour les trouver, pour être seule ou pour ne plus l’être, pour me trouver ou pour me perdre, pour être heureuse ou pour souffrir, pour pleurer ou pour rire… pour chaque chose ou son contraire. Pour rien, petite poussière d’étoile dans le chaos, petite musique de nuit, une compagne pour la route.

Pour qui ? Là je réponds : égoïstement tout d’abord pour moi-même. Et de temps en temps je fais partager mes émotions avec ceux qui le veulent. La majeure partie de mes écrits sont mes vagabondages mentaux, rien à voir avec l’Amérique même si elle — l’Amérique — est forcément en toile de fond, parfois sujet et surtout cause de tout cela. L’écriture et le reste. 

Comment ? Peu importent les faits, je l’ai déjà dit je laisse ça aux besogneux ou aux journalistes, ce qui importe c’est la sincérité des émotions. Quand on est vrai, cela « fonctionne ». Certaines fois cela me fait de l’effet et je fais partager. Par contre c’est dangereux, je me mets en danger parce que j’offre ma sensibilité ma vulnérabilité et certains — les prédateurs — s’en repaissent.

(17 août 2004)

Autres formes narratives — trace 

Il est intéressant de voir le résultat, la forme narrative que prend un mois dans une vie — ce mois de janvier et l’accélération du temps ou le ralentissement en l’occurrence.  

La répétitivité des jours, le rythme lent de la vraie vie par rapport aux histoires fictions ou récits — ce rythme dont j’avais pu constater la douloureuse lenteur dans le passé.

C’est vrai que je trouve que le temps a passé lentement en visionnant cette vidéo de 33 secondes (environ 1 seconde, très approximative, par jour) — la désespérante lenteur compressée en 30 secondes, reste lente malgré tout.

Il est intéressant de voir ce résultat sans scénario ni fil de récit aucun puisque ce sont des séquences mises bout à bout sans but ni planification comme on le ferait pour un vrai film qui aurait une structure narrative, comme on le ferait avec un récit écrit avec un avancement et un plan, bref une ligne directrice de l’écrivain ou du scénariste. Là ce n’est pas le cas j’ai filmé au hasard de mes activités sans penser à ce que j’avais filmé la veille ni à ce que je filmerais le lendemain (le plus souvent je ne m’en souvenais même pas) : donc sans plan ni structure prédéfinie surtout que certains jours j’ai filmé plusieurs extraits et j’ai choisi celui qui rendait le mieux de façon visuelle ou qui n’avait pas de  problème technique, indépendamment du sens et du contenu de la séquence.

Finalement c’est presque une suite de haïku visuels, un renku visuel, Le renku (ou renga comme il était appelé traditionnellement)  est une série de petits poèmes (en général des tanka ou alternance de haïku et poèmes à deux lignes) en chaîne, écrits à plusieurs normalement. Je pourrais élargir ce projet vidéo en écrivant justement les haïku / tanka  qui correspondent à chaque vignette visuelle ou qui leur répondent ou qui sont en contrepoint ou en contre-pied, tout est permis, tout est possible. J’en prends note dans mon cahier d’idées et de projets divers. Un moyen de boucler la boucle et de revenir à l’écrit — mise en abyme ultime puisque les haïku sont des vignettes visuelles écrites.

(la suite aussi : mon mois de février en un peu moins d’une trentaine de secondes)

Autres formes narratives

Je suis tombée au détour d’une des multiples lettres d’information photo / vidéo auxquelles je suis abonnée, sur cette application pour mon téléphone, 1SE, qui était recommandée pour effectuer un défi / projet à faire tout au long de l’année, ou du mois ou de la durée que l’on veut : tourner une seconde de vidéo chaque jour avec son téléphone (pour faire simple) puis l’importer dans ce petit logiciel au fur et à mesure. Cela fait un petit bout de vidéo pour chaque jour du calendrier et à la fin du mois ou de la période désirée, on le laisse faire automatiquement un petit montage avec cette seconde (environ) de vidéo par jour. 

Intéressant pour moi parce que cela me force à penser à filmer un peu tous les jours, ce qui permet une sorte de sauvegarde mémorielle en sus de la photo. Les photos, je n’oublie jamais d’en prendre et de documenter au jour le jour ou presque — ce qui me permet ensuite, des mois voire des années plus tard, d’écrire a posteriori, en complétant les notes prises sur le vif ou à l’époque, voire les remplacer complètement, par les photos quand on a oublié d’écrire un jour donné. J’ai ainsi réécrit un récit de mon voyage en France en 2009 après de longues années sans retour, en me basant à la fois sur un journal tenu à peu près au fur et à mesure et sur des photos prises quotidiennement. Certaines fois la seule mémoire fait défaut et les notes n’ont pas été prises, par manque de temps ou par fatigue. À l’époque la vidéo n’était pas aussi répandue dans les appareils photo et les téléphones de type smartphones avec caméra vidéo n’en étaient qu’à leurs débuts, la qualité était en outre très mauvaise. Maintenant la limitation purement technique est levée que ce soit pour les appareils photo ou les smartphones et on possède au moins un smartphone la plupart du temps.

Je précise par contre que je ne prends que très peu de photos avec le smartphone : malgré ce qu’en disent les publicités la qualité des photos est vraiment plus que moyenne et ne supporte pas la comparaison même avec un simple petit appareil compact récent. Pour la vidéo ce n’est pas le cas, la qualité de la vidéo a progressé dans les smartphones de la même façon voire mieux que dans certains appareils d’entrée de gamme, surtout les petits appareils compacts.

Donc je me surprends à prendre de plus en plus souvent mon téléphone pour enregistrer une petite séquence vidéo en complément de photos prises avec mon appareil photo — effet en partie dû à ce défi / projet déclenché par cette application 1SE, qui est l’acronyme de 1 Second Everyday, une seconde par jour. C’était le but recherché en quelque sorte et mis en avant dans l’article : ce petit projet sans ambition et peu coûteux (aucun coût monétaire ajouté, on peut utiliser la version gratuite de l’application et peu coûteux en temps également) devait servir de prétexte pour tourner plus de séquences vidéo, en quelque sorte nous forcer à documenter nos journées alors que quelquefois on le remettrait tout simplement à plus tard. La brièveté de la séquence et la facilité de mise en œuvre (utilisation du smartphone) en étant les initiateurs.

Ce sera intéressant d’ici quelques années si je veux écrire sur telle période, telle expérience ou souvenir : il me suffira de regarder les bouts de vidéo enregistrés pour raviver voire retrouver les souvenirs — de la « triche » sans doute mais d’une part je ne serai pas obligée de les regarder et d’autre part ce sera bien d’en avoir la possibilité.

Ce sera aussi intéressant pour expérimenter carrément d’autres formes narratives — faire un petit film ou un montage plus pensé et plus intentionnel avec tout ce matériau brut engrangé. 

La situation de la vidéo et du film s’est améliorée de façon exponentielle : non seulement cela s’est démocratisé au niveau du coût mais également au niveau des possibilités techniques. De hautes qualités techniques sont accessibles à tout un chacun sans avoir besoin d’investir des dizaines de milliers voire des centaines de milliers d’euros ou de dollars dans du matériel qui n’était jusqu’à récemment accessible qu’aux professionnels et aux grandes productions. Un simple appareil photo de trois ou quatre centaines de dollars ou d’euros suffit pour faire un travail quasi professionnel ou même un smartphone récent. Il suffit de voir la pléthore de chaines YouTube de grande qualité, qualité non seulement narrative mais aussi technique, qui sont disponibles actuellement.

Donc voici mon premier essai avec ce logiciel, je l’ai laissé tout faire (je ne crois pas qu’on ait beaucoup de champ d’action avec la version gratuite de toute façon). La seule chose que j’ai faite c’est de filmer une ou plusieurs petites séquences par jour et de choisir ensuite une séquence pour le jour dit, le logiciel a fait le reste.

(mon mois de janvier 2019 en une trentaine de secondes)

 

Écrivain après la tempête

Après les tempêtes car nous avons eu un duo de tempêtes : une première chute de neige la nuit du 1er au 2 mars, une quinzaine de centimètres au réveil samedi matin, 20 centimètres non tassés (tempête Ryan) puis une seconde chute de neige un peu plus importante, entre 20 et 30 centimètres la nuit du 3 au 4 (tempête Scott). Une trentaine de centimètres le matin au réveil le lundi matin, puis heureusement ça s’est rapidement tassé en une vingtaine de centimètres. Pas de quoi réveiller la princesse au petit pois (autre nom du chasse-neige) mais il a fallu nettoyer quand même, les escaliers, les voitures et faire une plate-forme propre pour que la petite voiture de mon fils puisse faire marche arrière et demi-tour. Ensuite il a pu rouler dans les traces faites à la pelle dans l’allée.

Voilà ce à quoi je me suis occupée les premiers jours de mars. Il ne faut pas trop nous plaindre ceci dit, ce sont les deux seules chutes de relative importance que nous avons eues cet hiver, hormis la chute précoce de mi-novembre. Et en regard des chutes de neige des tempêtes des années précédentes (fréquemment 50 ou 60 centimètres en une nuit, quelques fois jusqu’à 1 mètre ! ) ce n’était pas grand-chose.

Ne pas se réjouir trop tôt, en général il neige le premier jour du printemps et nous avons eu du blizzard et 30 cm de neige une fois vers la mi-avril… Certaines années les congères dans les parkings restaient intactes jusque courant mai tellement il y avait eu de neige pendant l’hiver.

Le froid — trace

Froid

Il fait froid, soudainement. 
Pas un simple froid « ice blue », mais une plongée à la verticale.
La température est en un seul chiffre en degrés Fahrenheit, cela signifie en deçà de -12 de « nos » degrés européens habituels. 
La neige, promise de longue date, n’est même pas venue l’adoucir en apparence.

3 heures 10, un soleil bas qui est un simulacre de soleil, un sosie inopérant, inefficace. De toute façon la nuit va bientôt tomber, à 5h30 il fera complètement noir, latitude oblige.

Au bout de quelques minutes dehors, les mains piquent malgré les gants, la nuque gratte en dépit du bonnet.
Il y a dans l’air comme une odeur de métal gelé qui me brûle les narines.
C’est intenable sans bouger. Il fait un froid à pleurer. Il ne faut surtout pas pleurer justement, sous peine de congélation instantanée. L’eau de mon corps gèle dans mes narines et dès que je rentre au chaud mon nez se met à couler, dégel.

Pour compenser je surchauffe ma maison, environ 25 degrés Celsius, un écart de près de 40 degrés entre dedans et dehors.
En vain, je n’arrive pas à me réchauffer. J’en ai le dos raidi et crispé.  La peau déshydratée, les bras et les jambes commencent à me démanger. Dire que demain je vais plonger dans la piscine glacée.
Les bouilloires sifflent sans répit, j’en suis déjà à ma quatrième théière de la journée. Tout fait ventre, peu m’importe la qualité, il me faut la quantité.

Je serre la tasse de thé bouillante contre ma joue. Je m’assois pour écrire.

Solitude.

Solitude et froid vont de pair, indiscutablement. 
Le plus grand froid n’est-il pas à l’intérieur ?

 
(texte écrit le 19 janvier 2005 lors d’un hiver spécialement froid et retrouvé en travaillant sur le manuscrit)