Archives mensuelles : août 2015

Julie de Lespinasse

« Eh ! non, ne vous y trompez pas : les plus grandes distances ne sont pas celles que la nature a marquées par les lieux ; les Indes ne sont pas si loin de Paris, que la date du 27 juin n’est éloignée de celle du 15 juillet ; voilà le véritable éloignement, voilà les séparations effroyables, c’est l’oubli de l’âme ; cela ressemble à la mort, et cela est pis, puisque cela est senti longtemps.»
[in lettre 3]

« Votre silence me fait mal. Je ne vous accuse point ; mais je souffre, et j’ai peine à me persuader qu’avec un intérêt égal à celui qui m’anime, je fusse un mois sans entendre parler de vous ; mais, mon Dieu ! dites-moi, quel prix mettez-vous donc à l’amitié, si le mouvement vous en sépare tout à fait ? […] Oh ! je vous hais de me faire connaître l’espérance, la crainte, la peine, le plaisir : je n’avais pas besoin de tous ces mouvements, que ne me laissiez-vous en repos ? mon âme n’avait pas besoin d’aimer ; »
[in lettre 4]

Julie de Lespinasse (1732-1776), extraits des lettres 3 et 4 dans la sélection de Chantal Thomas, Mon ami je vous aime au Mercure de France, Collection le petit Mercure, 1996

L’été 

L’été ma saison préférée en dépit de toi en dépit de tout,

J’aspire la chaleur de tous mes pores — emmagasiner à tout prix le soleil pour l’hiver à venir (sans toi pour me réchauffer, d’autant pires tous ces hivers qui ont suivi),

Seule la brûlure du soleil peut réchauffer un cœur transi de tant d’hivers impitoyables sur cette terre inhospitalière, du froid d’hiver de ton cœur de glace. Oui il faudra au moins ça, les milliers de degrés du soleil, lui seul peut pallier ce que tu n’as plus voulu faire — ensoleiller mes journées, ce n’est ni un jeu de mots ni une vue de l’esprit,

J’aspire l’été,

Pourtant il n’y aura pas assez de toute la chaleur du soleil, je le sais déjà.

Le jour le plus ennuyeux de l’année 

Le jour le plus ennuyeux de l’année même les journaux l’ont consacré ainsi en ont fait leur une, des articles. Les seuls disponibles, possibles ? Rien d’autre qu’un ennui qui se traîne que l’on regrettera bientôt dans la furie tourbillonnaire de fébrilité d’activité inutile qui nous emportera.

Cœur d’août
Même l’ennui
semble ennuyeux

Cœur d’août
Je ne savoure même plus
l’ennui

Cœur d’août
Mon cahier d’été
pas même écrit à moitié

 

haïbun écrit en août 2010 et tiré de mon livre Quartiers d’été — haïbun de voyage (livre en attente d’éditeur et de publication)

Cœur d’août

Temps immobile on est au fond rien ne semble devoir arriver plus jamais, les bruits du monde eux-mêmes parviennent atténués, ou sommes-nous trop engourdis pour les entendre les considérer ? Assoupissement dans la chaleur, engourdissement dans la torpeur, il semble qu’il n’y aura pas de 11 août que le temps s’est arrêté que nous nous sommes arrêtés, arrivés au bout. De quoi ?

Août, le temps si lent
Même les rêves des guerriers

Sont éteints

haïbun écrit en août 2010 et tiré de mon livre Quartiers d’été — haïbun de voyage (livre en attente d’éditeur et de publication)

J’ai cassé ma montre

Depuis que je le promettais de jeter ma montre, d’arrêter mon réveil, de ne plus avoir d’heure, d’horaires, d’agenda, de carnet de rendez-vous, j’espérais, je languissais des vacances pour cette seule raison, ne plus avoir d’heure. Et voilà qu’aujourd’hui, deuxième jour des vacances, j’ai cassé involontairement ma montre. Involontairement ? un lapsus, un acte manqué… Tombée de toute ma hauteur, je la ramasse piteuse, le 12 et le 6 sont tombés, je peux faire sans, l’aiguille des secondes ne tourne plus cependant, les minutes et les heures sont arrêtées aussi, je la secoue impuissante, l’aiguille des minutes finit par tomber, j’ai cassé ma montre, comme promis, comme fantasmé, j’en suis toute désolée il me reste maintenant à la faire réparer.

sans horaire

un rêve de vacance

l’odeur du jasmin

montre cassée

où trouver un réparateur

à l’ère du made in China ?

haïbun écrit en juillet 2010 et tiré de mon livre Quartiers d’été — haïbun de voyage (livre en attente d’éditeur et de publication)