Archives mensuelles : juin 2022

Livre : Saga  de Tonino Benacquista

Je suis en train de trier ma bibliothèque ces temps-ci pour tâcher de la réduire (je mets en vente certains livres qui ne m’ont pas enthousiasmée ou que j’ai lus, mais qui ne nécessitent pas d’être gardés comme référence ni pour être relus ou encore certains que je ne lirai jamais). Je retrouve ainsi des pépites, lues et relues, ou des livres que j’avais adorés en leur temps et dont je me demande s’ils ont tenu la distance. Les aimerais-je tout autant si je les découvrais aujourd’hui ? Mes goûts ont changé, certains livres ont vieilli et ne sont plus si universels ni si intéressants maintenant. Les classiques évidemment ont tenu la route — c’est pour cette raison qu’ils sont des classiques. Et il y a les autres, ceux qui ne sont pas des classiques, connus ou moins connus mais que j’avais aimés — énormément. Certains avaient eu du succès d’autres pas.

Donc en rangeant, à la lettre B je suis (re)tombée sur ce livre de Tonino Benacquista (écrivain qui avait son petit succès en son temps, notamment en Série Noire): Saga.

(image du livre tirée d’Internet, je n’ai pas cette édition, l’édition que j’ai, en grand format, n’est plus vendue.)

D’ailleurs c’était Dorothy qui me l’avait offert en son temps aussi, juste au moment de sa sortie, en 1997, j’avais dû lui en parler après avoir lu un article dans Lire, sans doute avais-je aussi coché la page du magazine avant de le lui envoyer. Je venais juste de me l’acheter, je ne lui avais pas dit que je l’avais donc en double et j’avais discrètement retourné en librairie l’exemplaire qu’elle m’avait fait envoyer. C’était bien la preuve qu’elle m’écoutait et qu’elle connaissait mes goûts et savait ce qui me plairait et me plaisait — c’est un autre sujet.

Donc Saga de Tonino Benacquista. Je viens tout juste de le relire après l’avoir mis dans l’étagère « à garder » (je l’y confirme donc). C’est excellent, cela m’a autant plu qu’à l’époque où je l’avais trouvé jubilatoire. Il l’est toujours et malgré ses plus de 25 ans, il n’a pas pris une ride bien que son sujet semble vieilli a priori : les séries télé, et que de nos jours il y ait d’autres choses que la télé. Son traitement est suffisamment universel pour s’appliquer aux nouveaux modes de feuilletons (plateformes au lieu de télé, ce n’est pas si éloigné finalement) et cette critique de notre société n’a pas pris une ride non plus, sur ce plan-là les choses sont bien les mêmes. Il y a en prime le personnage détestable de l’énarque (pléonasme) ce qui m’a énormément amusée encore une fois.

Satirique et jubilatoire, à lire ou à relire donc.

Voici le résumé de la 4ème de couverture — tout un programme, avec et sans jeu de mots. Absolument réjouissant !

« Nous étions quatre : Louis avait usé sa vie à Cinecittà, Jérôme voulait conquérir Hollywood, Mathilde avait écrit en vain trente-deux romans d’amour, et moi, Marco, j’aurais fait n’importe quoi – mais n’importe quoi ! – pour devenir scénariste. Même écrire un feuilleton que personne ne verrait jamais.  » Saga « , c’était le titre. » Tonino Benacquista

Poème indispensable

Je viens de lire un poème remarquable, indispensable même, sur le blog de Gabriel Grossi, Littérature Portes Ouvertes (toujours excellent par ailleurs)  https://litteratureportesouvertes.wordpress.com  , dont le titre est « Être humain ».

Je ne connais pas l’étiquette pour citer des articles d’un autre blog donc je vais mettre quelques vers et surtout le lien vers ce poème magistral que je vous invite à lire absolument.

Ce blog est excellent en général, avec de remarquables analyses de poèmes classiques ou modernes, connus ou moins connus, ainsi que des textes personnels de l’auteur donc, qui sont tous de grande qualité mais celui-ci en particulier l’est encore plus et absolument exceptionnel.

À lire ici :

https://litteratureportesouvertes.wordpress.com/2022/06/21/etre-humain/

Quelques extraits

« Ça te fait quoi d’être un être humain
Et pas un lion ou un écureuil ou une tulipe ? 

Est-ce que c’est face à d’autres espèces
Que tu réalises que tu es un être humain ? »

[…]

« Dis, comment ça se fait que seuls
Les êtres humains peuvent être
Inhumains ?
Est-ce que tu t’es déjà demandé
Si être humain c’est un droit ou un devoir ? 

Est-ce qu’on naît humain ou est-ce qu’on
Le devient ? »

[…]

Tu te crois mieux que les animaux 

Qu’est-ce que tu as fait de mieux 

Que les animaux ?
Qu’est-ce que tu fais de ton temps ?
Qu’est-ce que tu fais pour l’humanité ?

[…]

Est-ce que ça nous rend meilleurs que les bêtes 

De vivre dans
Des boîtes grises où on est malheureux ?
De fabriquer des machines qui
Crachent fumée noire ?
Est-ce que c’est ça être humain ? Détruire ? 

Pour quoi au juste ? S’enrichir ?
Si c’est ça être humain tu préfèrerais pas
Être je sais pas une grenouille un scarabée
Un hippopotame une libellule un lézard ? 

Pourquoi pas même un arbre ou une plante ? 


[…]

Gabriel Grossi in Être humain, mai-juin 2022 publié sur son blog Littérature portes ouvertes

À lire séance tenante, un poème que tout le monde devrait lire pour ensuite se poser chacune de ses questions et essayer d’y répondre en se regardant dans une glace. C’est un poème que l’on devrait absolument faire étudier en classe pour y réfléchir sincèrement.

Promenade le long du canal (alors et maintenant épisode 3 et 4)

Promenade le long du canal : série « alors et maintenant » épisodes 3 et 4. Je viens de publier 2 nouveaux épisodes de ma série « alors et maintenant » sur YouTube, sur les traces du passé, les épisodes 3 et 4 qui se situent le long du canal entre la Delaware River et la Raritan River dans le New Jersey Central. Une jolie promenade dans un endroit « historique » puisqu’il y avait là une cabine de garde-pont (comme un garde-barrière je suppose mais pour un pont) datant de 1830 (c’est ce qu’on appelle historique aux Etats-Unis, c’est même très ancien, ici quand on a quelque chose qui a 60 ans c’est ancien, alors 1830 c’est exceptionnellement ancien).

Nous étions allés nous promener sur ce chemin qui longe le canal en mars 2003, précisément à cet endroit dont j’ai retrouvé la position exacte (de cet endroit en particulier, le canal fait plus de 100 km de long ! ) grâce à Google Street View dont j’ai comparé les vues avec mes photos d’époque.

partie 1

et partie 2

Un avertissement

Cet extrait ci-dessus est tiré du livre de Madeleine Albright, Fascism a warning, que je suis en train de lire (dans sa version originale en anglais).

En voici une traduction rapide par mes soins : (dans la partie en italique elle cite Tomas Garrigue Masaryk, élu président de la Tchécoslovaquie en 1918 et démocrate convaincu dans le sens plein et noble du terme, face à la menace nazie qui commençait à poindre)

« ‘La démocratie n’est pas seulement une forme d’état, ce n’est pas juste quelque chose inscrit dans une constitution ; la démocratie est une façon de voir la vie, elle requiert de croire dans les êtres humains, de croire dans l’humanité… J’ai déjà dit que la démocratie est une discussion. Mais une vraie discussion n’est possible que si les gens se font confiance mutuellement et s’ils essayent sincèrement de chercher la vérité .’ (Tomas Garrigue Masaryk cité par Madeleine Albright dans son livre)

Malgré tous ses points faibles, il n’y a pas d’autre forme de gouvernement à laquelle ces mots peuvent s’appliquer. C’est à nous de corriger les défauts de la démocratie quand et où nous le pouvons, mais nous ne devons jamais oublier ses points forts sous-jacents. C’est à nous aussi de réaliser que la démocratie a des ennemis qui ne se vantent pas d’être ses ennemis. »

Madeleine Albright in Fascism a warning, publié en français sous le titre  Fascisme l’alerte édition Salvator (j’aurais traduit plus littéralement le titre par : « Fascisme, un avertissement » qui correspond mieux à son esprit et à son contenu).

Il est important de s’en souvenir en ces temps d’élections, d’abstention croissante et de dénigrement systématique des démocraties « occidentales »,  dites « occidentales ». Je ne suis pas d’accord avec l’apposition systématique des 2 termes qui veulent faire croire que la démocratie n’est qu’une valeur occidentale, valeur parmi d’autres possibles et qui n’a, de ce fait, pas à avoir cours dans le reste du monde. D’ailleurs ce n’est pas ce que dit non plus ce président du siècle dernier, Tomas Masaryk,  tout au contraire puisque selon lui « les démocraties sont une façon de voir la vie », rien d’occidental ou de non occidental — on constate de plus en plus qu’il suffit de dire « occidental »  pour que cela implique un sens négatif, un dénigrement de telle ou telle valeur, la classant d’emblée comme non légitime parce qu’occidentale. En termes familiers cela s’appelle jeter le bébé avec l’eau du bain. Et ce n’est pas parce que ce que l’on appelle l’Occident a commis des fautes qu’il faut tout rejeter en bloc, globalement c’est quand même le « moins pire » pour les individus à l’heure actuelle (pas pour tous, il y a des points à améliorer comme le dit justement Madeleine Albright mais globalement quand même vrai). 

Dénigrer les démocraties et l’Occident dans la foulée, c’est la stratégie des fascistes de tous bords (droite et gauche parce que, oui, le fascisme n’est pas qu’un fascisme de droite). C’est exactement ce à quoi s’emploie la Russie depuis le temps de l’URSS via les Russia Today et autres médias et les réseaux sociaux d’aujourd’hui, la Chine aussi et d’autres, y compris au sein des démocraties « occidentales ».

Alors que l’on soit d’accord ou pas, c’est notre droit le plus strict que de penser différemment que nos interlocuteurs mais n’oublions pas que c’est dans les démocraties et les démocraties seulement que nous en avons le droit. Ailleurs et dans 100% des cas c’est la prison la torture la déportation ou la mort.

Comme disait aussi une autre grande dame :

« On peut reprocher bien des choses à l’Occident, disait-il. Nous avons commis de grandes fautes. Mais tout de même l’homme s’y est réalisé et exprimé d’une manière qui n’a pas d’égal. »

Simone de Beauvoir in Les belles images

Alors et maintenant épisode 2

J’ai publié la semaine dernière sur ma chaine YouTube la suite de la série « alors et maintenant », toujours au Round Valley Reservoir avec les photos prises cette année en avril 2022 et en regard les photos prises lors d’un pique-nique avec les enfants en mars 2003.

C’est intéressant de voir comment les endroits ont changé ou n’ont pas changé et bien sûr tous les souvenirs qui déferlent — les souvenirs de ce temps-là, pas que de ce jour-là.

Le premier article sur cette série : https://michusa.wordpress.com/2022/05/30/traces-alors-et-maintenant/

La vidéo avec les photos 2003/2022 est à voir ici :

Je suis en train de finir le montage de la suite, un autre endroit avec des photos prises en 2003 et des photos prises en 2022 qui sera publié cette semaine sur YouTube.

Livre : L’anomalie – Hervé Le Tellier

L’anomalie – Hervé Le Tellier édition Gallimard

Je ne vais pas faire une recension à proprement parler de ce livre  — je laisse cet exercice difficile à des gens plus talentueux, qui font ça très bien, avec passion et régularité, comme Bibliofeel, Madame Lit ou encore le très regretté Goran

Je vais simplement conseiller de lire ce livre, L’anomalie d’Hervé LeTellier, édition Gallimard (collection blanche) et maintenant également en Folio. Prix Goncourt 2020. Je lis rarement les prix Goncourt ou alors il faut que ce soit un auteur ou un livre que j’aurais lu de toute façon, Goncourt ou pas Goncourt. D’ailleurs celui-ci je ne l’ai pas lu pour cette raison mais parce que j’en ai lu ou entendu beaucoup de bien dans les journaux et à la radio. De plus le résumé m’intriguait et l’histoire qu’il racontait m’attirait. Surprenante pour un Goncourt : un livre de science-fiction tout compte fait, on peut le qualifier ainsi. Il flirte aussi avec l’espionnage et le roman noir — il y a un tueur à gages — tous ces genres sont réunis mais la plus grande tendance c’est la science-fiction. Écrit par un poète, membre de l’Oulipo de surcroit (Ouvroir de Littérature Potentielle, où il est en bonne compagnie, Queneau, Perec, Italo Calvino, Anne Garreta, entre autres). Donc outre l’histoire et le sujet du livre, il y avait l’Oulipo.

En prime cela se passe en partie dans le New Jersey, alors comment résister ?

Toute plaisanterie mise à part, lisez ce Goncourt 2020 pour ce qu’il est, une variation sur notre époque confise dans les réalités parallèles, bourré d’ironie et qui dresse un portrait malgré tout critique et fin de notre époque et nos modes de vie. Nos travers sont égratignés mais l’auteur aime ses personnages et ne les méprise jamais. Et puis un membre de l’Oulipo qui a le prix Goncourt… rien que pour ça cela valait de s’y intéresser — c’est une anomalie en soi (pour notre plus grand bonheur). 

Beaucoup d’humour et de divertissement avec un fond plus profond sans être pesant et ce livre nous donne en même temps la pêche (en tout cas à moi il me l’a donnée ce qui est toujours bon à prendre en ces temps délétères). En un mot : réjouissant. À lire donc.