Archives mensuelles : septembre 2016

À quel point j’ai été flouée

« Cependant, tournant un regard incrédule vers cette crédule adolescente, je mesure avec stupeur à quel point j’ai été flouée. »
Simone de Beauvoir (in La force des choses tome 2, édition Folio)

Simone de Beauvoir termine La force des choses par cette dernière phrase, terrible, « je mesure à quel point j’ai été flouée ». Quand elle écrit ces lignes elle a la cinquantaine — entre 50 et 55 ans, mon âge actuel finalement. Comme elle, au même âge, je pourrais écrire ceci et je mesure à quel point, moi aussi, j’ai été flouée.

Les gens que j’aime sont toujours loin de moi

« Les gens que j’aime sont toujours loin de moi, et dans l’impossibilité de venir me trouver, alors que je peux à tout instant remplir la maison d’hôtes dont je ne me soucie pas le moins du monde. Peut-être, si je les voyais plus souvent, aimerais-je moins ces amis absents — du moins est-ce ce que je pense lorsque le vent hurle autour de la maison et que la nature paraît submergée de chagrin. »
Elizabeth von Arnim (in Elizabeth et son jardin allemand, éditions 10/18)

Elizabeth von Arnim touche juste comme à chaque fois, « les gens que j’aime sont toujours loin de moi ». Dans mon cas la suite est moins vraie, « remplir la maison d’hôtes dont je ne me soucie pas le moins du monde », ça ne s’est pas avéré vrai, de fait.

La maison ne devait effectivement pas désemplir, c’était ce qui était prévu — les deux premières années ça a été (un peu) le cas, cependant bien moins que prévu avant le départ où tout le monde devait défiler, tout le monde m’avait assuré qu’il allait venir. La majeure partie de ces « invités » faisant partie des désirables, ce qui ne gâtait rien.

Puis le temps a passé, ceux qui devaient venir ne sont pas venus, sont peu venus ou ne sont plus venus, la majeure partie des désirables, comme des indésirables, n’est pas venue en vérité. Trop loin trop cher — à l’époque pas tant que ça pourtant.

Le prix, la distance, n’expliquent pas tout non plus. De plus les États-Unis en général et New York en particulier font partie des destinations préférées des Français lorsqu’ils voyagent à l’étranger, pas seulement des Français d’ailleurs. Alors ?

Ce n’est pas le cas chez mes proches mes amis ou mes connaissances apparemment.

J’en viens à penser certains soirs que l’expatriation est une malédiction à tout le moins une punition, qu’il y a ce prix à payer pour me faire regretter — il y a toujours un prix à payer n’est-ce pas ?

Pour me faire rentrer dans la gorge mon excès d’enthousiasme mon envie de vivre quelque chose de différent de pousser les limites de mon monde.

Pour quelles raisons cette punition ?

Jalousie indifférence négligence… inconscience, un peu de tout cela mélangé, c’est « ce que je pense lorsque le vent hurle autour de la maison et que la nature paraît submergée de chagrin. »