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Neuf heures vingt-huit

 

Neuf heures vingt-huit, j’ai déjà nettoyé la salle de bain le couloir et la chambre. Les mains gantées de jaune je me demande quel est mon avenir dans une société qui ne propose que ça en termes d’épanouissement personnel. Certes l’on se sent mieux dans un environnement propre, l’on est plus enclin à faire des projets, à réaliser des objectifs — quelle tristesse à peine une tentative de consolation. Ce n’est pas de la philosophie théorique — je vois d’ici, de mon petit ici aux quatre murs de chambre pour horizon,  les grands philosophes rire et hausser du sourcil — et qui nettoie leur environnement leurs toilettes range leur linge fait leur lit, à propos  ?

Ce n’est pas de la philosophie imbibée, de théoriciens fumeux — de ceux invités aux grands « happenings » gorgés de petits fours et de champagne. Question basique pratique, quel avenir ? Pour moi, pour cette société-là ?

Il faut que le travail soit fait, certes, mais à quel prix ? Même pas le minimum légal quelques 7,15 dollars de l’heure, quelle misère, un zéro pointé puisque le travail est fait en interne.

Neuf heures vingt-huit j’ai nettoyé la salle de bain le couloir et la chambre, je me destine à la chambre bureau maintenant.

(texte écrit le 24 octobre 2006)

Je préfère aller me faire arracher les dents que…

Comment cela se fait-il que je préfère, et de loin, aller me faire arracher les dents y compris les dents de sagesse plutôt que d’aller chez le concessionnaire auto :

que ce soit pour acheter une voiture — l’horreur totale comment et de combien allons-nous être arnaqués cette fois sans le savoir (des chiffres et des taux d’intérêt qui changent magiquement après avoir signé, je n’invente rien c’est du vécu et pas seulement par moi, des taxes que je croyais étatiques qui n’en sont pas et ne sont que des frais administratifs inventés par le concessionnaire pour récupérer intégralement le rabais qu’il vient de nous accorder pour nous faire signer, ces « taxes »  apparaissant après avoir signé bien sûr et présentées comme inévitables en blâmant à demi-mot le gouvernement, c’est toujours la faute du gouvernement bien voyons)
alors que ce devrait être une joie et un plaisir d’acheter une voiture neuve puisque ce n’est jamais parce que la précédente est au bout du rouleau… 

que ce soit pour aller faire la révision de ladite voiture neuve — horreur aussi, comment et de combien vais-je me faire déplumer encore, sur une voiture de bonne qualité (un SUV Nissan donc ce n’est pas une Trabant non plus loin de là) qui aura moins de 30,000 kilomètres et tout juste 3 ans quand je la rendrai (les joies du leasing, ce sera l’objet d’un autre article), quand vraiment au cours de ces 3 ans une voire 2 vidanges suffiraient amplement, un tour des niveaux et un coup d’œil général et rien, je dis bien rien d’autre. De toute façon le reste si reste il y avait,  serait couvert par la garantie Nissan 3 ans justement pour l’essentiel. Et quand il y a un défaut de fabrication il y a les fameux rappels entièrement gratuits (payés par le constructeur, y compris la mise à disposition d’une voiture de remplacement si l’immobilisation est supérieure à une journée).

Alors pourquoi est-ce que je tends le dos à chaque fois que je vais chez le concessionnaire — une fois par an et surtout pas plus pour les révisions, je maudis les rappels, pas pour le rappel lui-même mais pour le fait de devoir aller chez ce satané concessionnaire, et une fois tous les 3 ans pour changer la voiture, pourquoi est-ce que je tends le dos et que je préfèrerais être ailleurs, même chez le dentiste, même me faire enlever les dents de sagesse ou dévitaliser une dent, c’est moins stressant ?

Histoire en cours de développement donc à suivre. J’ai décidé de parler haut et fort, d’écrire dans mon blog que je ne destine pas à ce genre de choses normalement. Speak up comme on dit ici. Et cela va loin, plus loin qu’une seule histoire de voiture et de révision donc cela suffit, je ne laisse plus passer et je ne laisserai plus rien passer, j’ai encaissé sans rien dire trop longtemps.

Souvenons-nous en outre que les tyrans, les harceleurs et autres agresseurs de quelque ordre que ce soit n’ont que le pouvoir que nous acceptons de leur donner (La Boétie).

Une femme à la fenêtre

Je suis devenue exactement ce que je ne voulais en aucun cas devenir. Une femme à la fenêtre. Qui attend.
Je t’avais trouvée enfin et je n’attendais plus de la même façon puisque tu étais là puisque tu existais. Maintenant je suis à nouveau une femme à la fenêtre — doublement puisque je t’attends, toi, en plus.

(novembre 2004)

À quel point j’ai été flouée

« Cependant, tournant un regard incrédule vers cette crédule adolescente, je mesure avec stupeur à quel point j’ai été flouée. »
Simone de Beauvoir (in La force des choses tome 2, édition Folio)

Simone de Beauvoir termine La force des choses par cette dernière phrase, terrible, « je mesure à quel point j’ai été flouée ». Quand elle écrit ces lignes elle a la cinquantaine — entre 50 et 55 ans, mon âge actuel finalement. Comme elle, au même âge, je pourrais écrire ceci et je mesure à quel point, moi aussi, j’ai été flouée.

Le onzième commandement — trace

Deux niveaux de lecture pour ce commandement.

Le premier niveau, direct, une injonction comme les 10 commandements précédents : personne ne descendra tes poubelles pour toi, c’est un ordre, c’est à toi de le faire, que chacun s’occupe de ses ordures et ses déchets.

Ça c’est dans un monde idéal, on est loin, très loin du compte d’où le deuxième niveau de lecture celui pour lequel j’avais écrit ce commandement, tel qu’il faut le comprendre.

Le deuxième niveau, une constatation, personne de ton entourage ne le fera pour toi, personne ne fera les corvées à ta place, c’est à toi de les faire, personne ne fera rien pour toi. Si tu ne les fais pas tu t’engloutiras dans tes propres détritus, constat amer de notre monde non idéal. Il te faut donc trouver la force tous les jours de balayer, nettoyer, faire le ramasse-miettes le ramasse-déchets, descendre tes poubelles.

Évidemment les poubelles les ordures les déchets ne sont qu’un exemple emblématique, la pointe de l’iceberg, on peut appliquer ce deuxième niveau de lecture à beaucoup de corvées tâches basses besognes toutes ces nécessités sans gloire ni reconnaissance de nos vies quotidiennes.

Condition féminine — trace

Les chiffres :

80% du travail effectué dans le monde est effectué par des femmes.

Les femmes ne possèdent que 10% des richesses du monde.

Cherchez l’erreur.

Ce sont les chiffres qui fâchent bien entendu personne ne veut les voir en face. Le droit et la légalité passés à la trappe, sans parler de la simple moralité.

Poème – travailler plus

travailler plus

travailler plus

pour gagner moins

levée avant six heures

préparer les repas

s’occuper de la vaisselle

lever les enfants

les préparer pour l’école

se préparer pour aller travailler

mal réveillée mal peignée

en plus il faut avoir l’air

séduisante sous peine

d’être virée mal notée

éliminée

le même travail qu’un homme

payé cinquante pour cent

avec de la chance

le retour les enfants

les devoirs les corvées

le linge à laver

sécher repasser

le repas du soir

le ménage la vaisselle

les enfants lire une histoire

finir les devoirs

le travail ramené à la maison

pour ne pas être virée

mal notée éliminée

tel est le sort journalier des femmes

de tous les pays

travailler plus

pour gagner moins

— 15 août 2009