Archives mensuelles : novembre 2014

La première neige

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La première neige de la saison, tombée la veille de Thanksgiving, au moment de partir pour mon dernier cours à l’université — les routes pas encore dégagées, le parking de la gare abandonné par ses employés, les trains en retard.

Comme il se doit pour chaque première neige de la saison — nous sommes tous pris de court, comme par surprise malgré les prévisions avertissements avis de tempête de la météo nationale.

Prendre la neige de vitesse

Prendre la neige de vitesse

Prendre la neige de vitesse, coûte que coûte, au prix de mon angine, enlever les feuilles avant la première neige, chaque année la même course contre la montre, que je finis par gagner de justesse. Pas cette année, pas avec le travail pour l’université, les cours tout le dimanche, le dernier examen à passer, la dissertation rendue ce soir — l’avis de tempête est pour demain matin tôt, de la neige toute la journée, de la neige avant Thanksgiving, une première depuis 25 ans.

Premier jour de froid à New York

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Les températures ne sont jamais passées en positif de la journée. -2 ou -3°C en moyenne, le problème c’est le ressenti qui est à -13°C. Je ne me plains pas, l’air est passé sur la neige plus au nord, à Buffalo, mais nous ne l’avons pas eue. Là-bas, à 600 km au nord-ouest, ils ont eu 1m50 de neige dans la nuit de mardi à mercredi, ils en attendaient encore un mètre supplémentaire dans l’après-midi. Ici c’est presque les Caraïbes.

New York avec angine

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Nuit noire dès 5 heures 30, une foule qui grouille, plus nombreuse plus bruyante que d’habitude à ce moment de la journée — est-ce l’angine qui me donne cette impression ou la saison des courses de Noël qui a commencé ?

En tout cas tout est en place pour la frénésie qui s’annonce, je me contente d’avancer dans mon brouillard — petite forme.

Grippe (2005)

Grippe.

Le moindre bruit  résonne dans mon corps, générant une onde de frissons et tremblements qui se propage sous ma peau, depuis la nuque jusqu’aux chevilles. Mon front pulse de douleur et de fièvre. Tout ondoie autour de moi. Je ferme les yeux, brûlants, secs, rouges, ruisselants de larmes involontaires soudaines. Je suis inondée  d’une sueur glacée, dans la même seconde je bous. Tempêtes sous le crâne, délires orageux, tout cela je l’ai déjà écrit, mon cerveau tourne en spirale pour s’arrêter sur un point fixe et repartir en sens inverse à toute allure. J’étouffe et j’angoisse. Je sombre un instant dans le néant, un semblant de repos même pas réparateur, les délires recommencent aussitôt,  je sors du néant pour un kaléidoscope éblouissant fracassant, une foule agitée s’affaire, bouge parle crie, des amis des inconnus, les personnages de mes romans en cours, tonnerre et éclairs, le film de ma mémoire passé  en vitesse rapide par un opérateur fou.

Délires  lumineux, explosion de sons, d’éclats de miroirs brisés, je suis dans un Luna Park géant, prisonnière dans le palais des glaces pendant que la foule hurle de toutes parts. Où est la sortie du labyrinthe de ma fièvre, une main secourable pour apaiser mon tourment exacerbé par ton absence, ma fatigue ?

J’ai rêvé de toi cette nuit  — entrecoupée de vrais sommeils, de vrais rêves et de délires de fièvre.

Je ne dois pas te laisser t’échapper.

Muscles tendus comme une corde sur les os, arcs douloureux. J’attends le départ de la fièvre, flèche qui relâchera la tension à rompre. Tout n’est que douleur dans mes membres, mes organes. Ma tête pulse au rythme d’une musique audible par mon cerveau uniquement. La musique interne tournoie, ma chambre ondule, la fièvre s’élance en moi vers des pics inédits. Rien d’autre à faire qu’attendre.

Les yeux me brûlent, chaleur intense derrière mes paupières fermées. Ce n’est pas la brûlure des larmes.

Je frissonne et tremble de chaud, de froid, mêmes secondes opposées. Ce ne sont  pas des frissons d’abandon.

Mes lèvres desséchées craquellent et tirent sur le violet. Ce n’est pas la soif de tes lèvres rouges.

Fièvre, fièvre.

Où es-tu ? reste près de moi dans mes délires électriques, orageux.

Je veux ta main fraîche sur mon front brûlant.

Je veux sa main fraîche sur mon front.

— 7 mars 2005

Malade — trace

Je ne suis pas souvent malade, j’ai une santé de fer. En 13 ans d’États-Unis je n’ai été malade que 3 fois, une grippe carabinée il y a près de 10 ans, un abcès dentaire fulgurant il y a deux ans et maintenant donc, une angine, à l’ancienne, telles qu’elles ne sont plus diagnostiquées par aucun médecin. Diagnostiquée ou pas, nouveau nom fantaisie ou pas, c’est bel et bien d’une angine dont il s’agit, la gorge en feu les courbatures la fièvre, à chaque fois que je déglutis une boule d’aiguilles toutes pointes dehors me passe dans la gorge — insupportable.

D’habitude, malade je le suis avec discrétion, il m’est arrivé 4 ou 5 fois de ne plus en pouvoir, de me coucher à 8 heures le soir sûre de mon fait, une grippe un gros rhume, pensant me faire porter pâle pour plusieurs jours mais à chaque fois, après la nuit, debout à 6 heures comme d’ordinaire et j’allais même à l’école si l’on m’appelait pour travailler.

Le tout c’est d’être discret de ne pas déranger et subvenir malgré tout aux besoins des uns et des autres, ne pas perturber leurs activités. Vie d’une esclave ordinaire.

Pas cette fois, la troisième fois en 13 ans donc, où il me faut rester alitée. Ma journée à l’université à New York hier dimanche m’a achevée, partie avec un mal de gorge et un début de rhume banal croyais-je — bien que j’avale des boules d’échardes depuis 4 ou 5 jours — que je soignais à coup de jus de citron chaud et de miel, et que j’aurais dû éradiquer en restant au chaud tout le week-end.

J’ai tenu par la volonté le temps de la journée entière de cours (impossible de manquer, une absence me coûterait mon certificat, j’ai au moins suivi le cours même si je n’ai pas posé de questions au professeur ni répondu non plus, impossible qu’il m’était d’émettre la moindre parole articulée, rien qu’un vague aboiement rauque presque inaudible). J’ai tenu à coup de pastilles pour la gorge au miel et au menthol (je ne peux plus en supporter le goût ni les voir en peinture). Puis le retour en train dans un état proche de l’évanouissement, tenir l’heure d’attente dans la gare Penn Station de New York, puis l’heure et demie à la gare à l’arrivée que ma fille finisse au travail et vienne me chercher. Un éclair de génie dans le brouillard, alors que je croyais tomber de fièvre de fatigue et ne plus pouvoir supporter la douleur aiguë dans ma gorge —  même en évitant au maximum d’avaler il faut bien le faire de temps en temps — un éclair de génie, aller chercher un thé dans un fast-food, un thé bouillant (ici les boissons chaudes dans les fast-foods sont servies bouillantes littéralement à 100 degrés, à me brûler les mains à tenir le gobelet en carton en revenant dans la gare). La brûlure des lèvres et de la langue en valait le coup, au moment où je ne pensais plus pouvoir avaler encore une fois ma salive, la douleur s’est apaisée, l’eau brûlante a calmé presque instantanément l’inflammation. Toute la nuit au lieu de boire une gorgée d’eau de ma bouteille à côté du lit, je me lèverai pour me faire chauffer de l’eau et boire une tasse de cette eau bouillante, seul moyen de calmer les attaques des pointes d’échardes nichées dans ma gorge. L’eau froide ou à température ambiante empire le phénomène en fait.

Arrivée enfin à la maison à 10 heures du soir avec un bon 38 de fièvre — énorme pour moi qui ai une température corporelle très basse, ce 38 serait comme un 39,5 ou 40 chez un autre — je sais que le lendemain cette fois je n’y couperai pas, je serai vraiment malade, qu’il n’y aura pas de rattrapage pendant la nuit.

Effectivement aujourd’hui j’ai porté pâle, il m’est presque impossible de me lever du lit, sauf en titubant et en m’agrippant fermement à la rampe pour descendre me faire chauffer de l’eau. Troisième fois de ma vie que je prends de l’ibuprofène, le paracétamol ne suffit pas cette fois, les deux précédentes c’était pour cet abcès dentaire, ordre du chirurgien, et une autre grippe une autre fois. J’évite en général, c’est bien trop fort pour moi.

Je ne peux rien faire à part somnoler, tout tourne dans la tête, des mots en boucle, des passages de livres que je suis en train de lire, il me faut écrire mon état les mots papillonnent en français ou en anglais, tourbillonnent s’écrasent comme des insectes sur un pare-brise — ma conscience quand elle perce à travers le brouillard. Réminiscence d’une autre fois, une grippe cette fois-là, il y a près de 10 ans.

Il me faut récupérer et vite, pour mon cours à New York mercredi soir, ou du moins avoir assez de force pour y aller et revenir, puis m’effondrer à nouveau jeudi. Les feuilles mortes à ramasser et le reste attendront.

Entre deux somnolences vaseuses je relis La force des choses, la seule lecture qui passe. Une nuit difficile s’annonce, en plus de la gorge hérissée de pointes le mal est remonté dans les voies nasales, j’ai aussi de la peine à respirer par le nez à présent.

Messages codés — trace

Ces messages codés dont personne ne se doute dont personne ne connaît l’existence la brillance qui trouve sa trace dans un passé lointain si proche dans ma mémoire, les messages codés qui les comprenait alors, une évidence une connivence

beaucoup de clins d’œil, quelques fous rires, une gravité parfois — référence à des souvenirs communs,

ces messages codés sans besoin aucun de les justifier les expliquer, une longue habitude née de complicité absolue

indiscutable,

qui les comprendrait sinon toi

les messages codés que je continue à émettre

dans le vide sidéral de l’Internet

qui les comprendra —

sinon toi.