Archives mensuelles : juin 2020

Du New Jersey (journal du 21 juin 2020)

Rayon des lingettes de type Clorox à Target

Rayon des lingettes de type Clorox à Target (photo prise le 3 mars : il en restait encore un peu mais déjà on voit que les stocks commençaient à baisser fortement)

Maintenant, en date du 21 juin, ce sont les lingettes désinfectantes au chlore (lingettes ménagères de type Clorox ou Lysol) qui sont indisponibles partout. J’ai même essayé la pharmacie et le magasin d’équipement de cuisine qui en vend d’habitude et rien, ni en ligne ni en stock en magasin d’après leurs sites Internet. En cherchant partout sur Internet, je n’ai trouvé qu’une vague boîte vendue par un vendeur « marketplace » pour 29 dollars ! Il y a en plus des frais d’expédition outranciers et l’on n’est même pas certains de recevoir le produit original mais plutôt une contrefaçon, si l’on reçoit quelque chose tout court au bout du compte. Grosses arnaques, fraudes et contrefaçons à la clef. En plus 29 dollars, même si c’est le vrai produit c’est de la pure spéculation — j’appelle ça du vol — d’habitude une boîte coûte entre 3 et 5 dollars selon la taille, moins si je l’achète en lot à mon club d’achat. Qui n’en a plus donc, Target non plus. Et l’amazone autre que « marketplace » non plus.

Je n’en ai pas vu hier 20 juin non plus à Home Depot — le Casto local : les rayons étaient vides ! Alors qu’ils en vendent et à prix intéressant, d’habitude. Par contre ils avaient du PQ en énormes paquets et du gel hydroalcoolique en bidons de 2 litres, choses qu’ils ne vendent pas d’habitude — avant. Je n’ai pas eu le temps d’examiner le gel, j’étais dans la queue pour payer et il y avait un monde fou. Je n’avais qu’une envie, c’est de foutre le camp et de fuir toute cette foule. Je n’aimais déjà pas la foule avant, ça ne s’est pas amélioré avec cette épidémie. De toute façon, ce gel, nous nous en servons peu, voire pas puisque nous restons tous à la maison avec accès au savon et au lavabo. Je pense juste que si ça revient dans les rayons je devrais en acheter d’avance pour quand nous ressortirons, pour quand ma fille retournera à New York en septembre, histoire d’être parés si jamais ça redisparaît. Les masques aussi réapparaissent. Il y en avait à côté du gel, des palettes entières au même Home Depot mais à un prix défiant tout sens commun ! Même si c’étaient les masques bleus à plis, ils étaient bien étiquetés comme non médicaux ( ?! ) vendus au prix délirant de 39 dollars pour une boîte de 50. Puisque ce ne sont pas des masques chirurgicaux pour ce prix, autant continuer avec nos masques en tissu lavables (et de bonne qualité, cousus par une petite entreprise américaine de San Francisco, qui fait habituellement des sacs et des housses à façon et dont j’étais cliente avant : ils ont reconverti leur production en production de masques au lieu de sacs pendant le confinement et continuent toujours à en fabriquer depuis qu’ils ont repris la fabrication de leurs autres produits). J’ai vérifié le prix des masques chirurgicaux sur le site Internet de la pharmacie, c’est le tiers ou le quart de ce prix-là mais ils n’en ont pas et ne proposent en ce moment eux aussi que des masques « non médicaux » au même prix outrancier. Donc ça reste. D’autant qu’en lisant les avis sur Internet, ces masques sont de piètre qualité, les élastiques se détachent du masque la plupart du temps rien qu’en les enfilant et ils sont si fins qu’ils ne doivent rien protéger du tout. Pour couronner le tout, et ceci explique cela, ils sont faits en Chine. À ce compte-là même un bandana doit être plus efficace. J’attendrai les masques chirurgicaux labélisés comme tels. J’ai fait une petite note d’en acheter quand ils reviendront sur le marché et à des prix normaux, pour en avoir pour le futur et les futures crises sanitaires.

J’envisage de fabriquer moi-même des lingettes ménagères préimbibées puisque l’on trouve à nouveau soit du Clorox concentré soit du spray de ménage (version désinfectante bien entendu) et j’ai des lingettes multi-usages sèches (de la marque Clorox d’ailleurs), il me suffit de garder des tubes containers vides pour les préparer et les conserver.

En date du 21 juin, pas de gants non plus, ni en vinyle ni nitrile  dans aucun des magasins habituels, ni à la pharmacie et même pas de gants de peinture jetables à Home Depot, le rayon était vide. Pour ce que j’en fais (si je fais des courses, me protéger les mains du caddie ou de l’écran et du clavier pour payer, gants que j’enlève avant de rentrer dans ma voiture), pas besoin de gants médicaux pour le coup, de simples gants de peinture suffiraient.

P.S. —  le lendemain lundi 22 juin je suis passée physiquement à la pharmacie et j’ai trouvé des gants en vinyle (le dernier paquet en rayon, 15 $ pour un paquet de 100 ce qui est un poil cher, cela devrait tourner vers les 9/10 dollars normalement pour des gants médicaux mais ça restait dans une marge raisonnable donc je l’ai acheté). Il n’y avait pas de lingettes désinfectantes en stock comme mentionné sur le site Internet la veille. Il y avait par contre du gel hydroalcoolique, des flacons de toutes tailles, du demi-litre au quart de litre et au format de poche 60 ml, tous à des prix raisonnables. J’en ai donc acheté plusieurs flacons de 1/4 de litres et des flacons de poche, pour le futur si jamais ça disparaissait à nouveau. Il faut noter qu’il n’y avait pas de limite à ce qu’on pouvait acheter et les rayons étaient pleins. Donc j’en déduis que comme le PQ, ça aussi c’est revenu.

C’est le lendemain 23 juin que la Food and Drug Administration (FDA) a émis un avertissement sur 9 gels hydroalcooliques fabriqués au Mexique (tous du même fabriquant sous des marques et conditionnements différents) qui sont toxiques car fabriqués avec du méthanol au lieu de l’alcool éthylique (les vautours humains toujours à la recherche de plus de profit, fraude arnaque et contrefaçon — dangereux dans ce cas-là du gel au méthanol, encore plus que les masques qui ne protègent pas). Je me suis ruée sur mes bouteilles fraichement achetées la veille —  à la pharmacie mais ça ne veut rien dire. D’ailleurs la FDA ne les retire pas du marché mais prévient simplement les consommateurs de les jeter immédiatement sans les utiliser s’ils en ont chez eux. Autre continent autres mœurs, en Europe on aurait fait un retrait immédiat et pas un simple avertissement. Idem pour les masques de mauvaise qualité vendus même en pharmacie ! Pire, des masques non médicaux sont vendus en pharmacie ! (et je ne parle pas de masques en tissus). Mais les pharmacies n’ont rien des pharmacies à l’européenne ici, ce sont des petits supermarchés avec un coin pharmacie proprement dit, réservé uniquement pour les prescriptions / ordonnances. Le reste étant en vente libre dans la partie supermarché, le pharmacien n’appose pas son « label de qualité et de conseil ». Bref on peut y vendre n’importe quoi !

Donc je me suis ruée sur mes bouteilles, la petite, de poche est fabriquée au Canada, ouf mais la grosse d’un quart de litre… au Mexique. Après avoir imprimé la liste officielle de la FDA et comparé.. ouf aussi, ce n’est pas de cette compagnie. J’ai d’ailleurs fait une recherche sur cette compagnie de « parapharmacie »  qui a tout un catalogue de produits de ce type : bizarrement elle n’a pas de site Internet proprement dit mais seulement un site Facebook — drapeau rouge qui se déclenche tout de suite. Faisant une recherche plus approfondie au niveau de l’enregistrement légal des sociétés, cette société a en tout et pour tout un personnel de… 10 personnes… mondialement ! Ce n’est plus le drapeau rouge, c’est un rideau rouge entier à ce niveau-là. En gros ce doivent être des « revendeurs » de produits frelatés (peut-être même pas fabriqués au Mexique finalement). À éviter absolument et pas seulement pour leurs gels hydroalcooliques. Une société internationale de 10 personnes qui vend en plus 9 marques différentes ( ! ) rien que pour les gels hydroalcooliques, d’autant plus suspect… Il faut aussi noter que des journalistes des différents journaux qui ont relayé l’avertissement de la FDA ont essayé de contacter cette entreprise… sans réponse, ils n’ont pas réussi du tout à parler à quelqu’un ni avoir aucun contact !

Alors en France on a l’AFNOR et on a des normes à tout va, qui sont certaines fois pesantes mais pour ce genre de produits pharmaceutiques ou parapharmaceutiques, vous pouvez en être contents ! À cela s’ajoutent « les fraudes » (la fameuse DGCCRF comme on l’appelait de mon temps) qui fait effectivement retirer les produits frauduleux du marché et d’autant plus les produits dangereux ! 

Hier, 25 juin, j’ai aussi trouvé du gel hydroalcoolique en gros flacons (1/2 litres) à mon club d’achat. C’est une marque qui est une marque plus connue et j’ai tout de suite vérifié la société, qui a pignon sur rue et qui semble plus légitime. On n’est à l’abri de rien bien entendu, les affaires récentes dans le monde entier impliquant d’énormes multinationales avec pignon sur rue, l’ont bien prouvé, mais au moins il n’y a pas tous ces drapeaux rouges de fraudes à la petite semaine. 

En tout cas, cela confirme bien que  pour le gel hydroalcoolique, c’est revenu à peu près à la normale, comme pour le PQ. 

 

Du New Jersey (journal du 29 avril 2020)

 

29 avril : toujours pénurie de PQ, je viens de passer une heure à essayer d’en trouver en ligne, entre mon club d’achat (BJ’s), Target et Amazon. Je serai obligée de me rabattre sur des gros rouleaux industriels qui ne tiennent pas dans le dévideur bien entendu. Mieux que rien ou mieux que passer au gant et au savon (je suis prête à le faire si jamais, ce n’est pas la fin du monde non plus, juste une perte de confort ou de facilité).

Cela paraît complètement délirant que les gens stockent depuis le début de la crise — encore et toujours. On ne s’essuie pas plus qu’avant ou j’ai loupé quelque chose ? Nous sommes le même nombre d’individus (voire moins au pire, avec tous les morts — sarcasme) : mettons nous sommes le même nombre de gens, les gens ont stocké donc ça devrait être bon maintenant — 2 mois dans la crise. Ne me dites pas qu’ils continuent toujours à en acheter et à en stocker ? Ma sœur m’a dit qu’après une petite pénurie en France c’est revenu, elle a acheté un paquet de taille habituelle la semaine dernière, dans son petit supermarché de village de grande banlieue parisienne.

Ici aux États-Unis, non. Et ce n’est pas que pour les achats en ligne puisque les magasins sont « out of stock » en ligne ainsi que dans les magasins « physiques ». J’ai accès aux 3 possibilités pour chaque enseigne : delivery, shipping ou pick up. Shipping c’est le stock en entrepôt, delivery ou pick up, le stock dans un magasin en particulier (en général je sélectionne mon magasin habituel, voire un second proche). Pas de stock dans les magasins dans un rayon de 50 kilomètres. Je n’ai pas regardé au-delà, mais aucune raison que ce soit différent. On s’essuie tout autant qu’avant, pas plus ! Surtout que tous les lieux publics, restaurants, etc. sont fermés donc ils n’achètent plus : on devrait retrouver ces stocks disponibles pour le grand public. Mystère…

 

P.S. — J’ai pu avoir du PQ le surlendemain 1er mai finalement. Le 30 avril, j’ai pu faire une commande chez mon supermarché habituel. Je me suis connectée au site de mon supermarché un peu par hasard pour essayer sans trop y croire et j’ai eu un créneau de livraison disponible pour le lendemain ( ! ) que j’ai réservé aussitôt. Ces créneaux ne durent pas longtemps donc j’ai fait mes courses dans la foulée et en 10 minutes ! L’avantage c’est que c’est le supermarché qui livre donc pas d’intermédiaires qui font gonfler les prix et enrichissent un connard de la Silicon Valley : ce sont les prix habituels du supermarché et comme j’ai une carte de fidélité je bénéficie des offres et remises sur les produits que j’achète le plus. Et pas de frais de livraison outranciers (6 dollars contre 20 minimum quand j’ai utilisé Instacart, pour moins de denrées puisqu’il y a des paliers de frais de livraison, ce qui n’est pas le cas pour mon supermarché qui a un prix fixe pour la livraison). Pas de frais administratifs, etc. non plus. En outre c’est un employé (ou des employés) du supermarché qui remplit la commande et qui livre, donc payé en salaire fixe et protégé. De fait il avait masque et gants et c’est bien un camion du supermarché qui m’a livrée. En faisant ces courses alimentaires donc, j’ai recherché à tout hasard le « toilet paper » et j’ai eu des résultats d’articles qui étaient en stock, dont ma marque habituelle, limités à 2 paquets par commande, mais en stock ! Je ne l’achetais jamais dans mon supermarché Stop & Shop dans la vie d’avant parce qu’ils n’ont que des petits paquets — moins avantageux et à acheter plus fréquemment. Mais comme les gros paquets de la vie d’avant étaient indisponibles partout j’ai sauté sur l’occasion et ajouté les deux petits paquets dans mon panier. Paquets qui ont été effectivement livrés et qui nous ont dépannés.

Ensuite le 22 mai, en faisant une commande à mon club d’achat en gros (BJ’s) j’ai tenté le coup et cette fois il y avait les gros paquets en stock (toujours indisponibles à Target et sur l’Amazon), de ma marque habituelle qui plus est. Limités à un par commande, mais ce sont des paquets géants donc j’en ai commandé un (au prix habituel, expédié par voie postale ou UPS avec le reste de ma commande) en me disant que j’en commanderai un deuxième dans un futur proche. Le paquet a bien été livré, il n’y a pas eu d’indisponibilité de dernière minute.

Et le 5 juin en faisant une autre commande au club, j’ai glissé un autre de ces paquets géants, qui a été lui aussi effectivement livré, ce qui fait que nous sommes parés pour quelques mois.

Ce samedi 20 juin, en allant à mon Home Depot, le magasin de bricolage équivalent de Casto, le long de l’interminable queue pour payer j’ai vu des îlots de palettes de gros paquets de PQ — pas de la marque habituelle, mais ça avait l’air décent et c’étaient aussi des énormes paquets (ils n’en vendent pas d’habitude). Je n’ai pas vu les gens se ruer dessus et sortir avec des caddies débordant de PQ comme j’ai pu en voir en mars, donc j’en ai déduit que c’était revenu plus ou moins.

Du New Jersey (Journal du 28 avril 2020)

 

Un petit manque de motivation pour faire des montages vidéo, trier et traiter mes photos et tout simplement écrire ces derniers temps. Je passe un temps fou à faire les courses, je fais absolument tout passer par Internet et ce n’est pas facile, surtout que les prix ont explosé. Donc il faut que j’ouvre des caddies dans 3 magasins plus Amazon et que je compare les prix en n’oubliant pas les frais d’expédition. En général c’est ce bon vieux Target (équivalent de Monoprix) qui est le plus avantageux et dès qu’on en a pour 35 dollars ils envoient en 2 jours et gratuitement ! Moi qui n’y faisais mes courses que tous les 3 ou 4 mois pour des produits de ménage, d’hygiène et pour le papier toilette, maintenant j’achète une à deux fois par semaine à Target. Malheureusement c’est tout sauf les produits frais puisque ça vient par voie postale ou UPS ou Fedex.

Nous ne sommes pas encore sur la voie du déconfinement parce que selon les points presse des gouverneurs du New Jersey et de l’état de New York, nous sommes toujours sur la montée de l’épidémie. C’est le chaos total au niveau des tests (on a voulu réinventer la roue donc maintenant on le paye — dans tous les sens du terme, réinventer la roue a permis à certains de s’en mettre plein les poches, on saura qui et combien plus tard) ce qui est encore plus effrayant parce que ça veut dire que tous les chiffres sont sous-estimés.

Heureusement qu’on a le grand gourou en chef qui sait tout et résout tout rien qu’en le disant. Cela s’appelle du langage performatif (voir les explications de Michel Onfray dans ses conférences et dans son livre Cosmos) : les pères de l’Église au début du christianisme et ensuite (et toujours d’ailleurs) étaient (sont) des champions en la matière. Je vous avais dit qu’on regretterait le W… Il n’était pas terrible, voire affreux mais il était « moins pire » finalement. Vraiment. Même si ça me coûte de dire ça. Forcément quand on élit un présentateur de « reality show » merdiques (et le présentateur et le show) on ne peut attendre rien de mieux qu’un show perpétuel : le mec il se croit toujours sur son plateau télé et attend les rires et les applaudissements. C’est comme ça qu’on plonge un pays dans le désastre. J’espère que ce sera son Tchernobyl mais ce n’est pas gagné parce que la plupart des Républicains ont une telle haine de l’autre parti qu’ils tordent le cou à la réalité pour prouver que leur champion a raison à tout prix… Même pour son annonce tonitruante d’envoyer du chlore ou de l’alcool isopropylique dans les poumons et des UV à l’intérieur du corps pour désinfecter et tuer le virus, ses supporters ont fait des circonvolutions pour prouver qu’il n’était pas si loin d’une bonne solution ! Cela s’appelle le déni de réalité (idem voir les mêmes conférences et le même bouquin de Michel Onfray qui en parle longuement).

On comprend ainsi comment les dictateurs et autres clowns dramatiques arrivent à continuer à régner tout en disant et faisant des conneries monumentales (par exemple le fou furieux de Corée du Nord… qui paraît presque moins abruti que le nôtre — tout est relatif). Bref on a notre Staline (qui n’était pas mal aussi dans son genre sur le plan du déni et du performatif), avec une constitution et une fédération d’états dirigés par des gouverneurs, ce qui nous protège de la dictature et du désastre absolu (et la constitution et l’indépendance des états). Heureusement que constitutionnellement les pouvoirs du président américain sont limités mais ça n’empêche pas les paroles dangereuses et à la con… et les tweets ! J’ai presque envie de proposer un amendement à la constitution : interdire les tweets et autres réseaux sociaux à la fonction présidentielle américaine à partir de dorénavant. 

9 juin 2020, arrêt officiel du confinement du New Jersey (USA)

Aujourd’hui 9 juin l’ordre de confinement du New Jersey vient d’être levé il y a quelques heures par le gouverneur, alors que nous sommes en phase 1 et bientôt en phase 2 (le lundi 15 juin) de la réouverture de l’état du New Jersey. 

Aujourd’hui au point presse de la mi-journée le gouverneur du New Jersey, mon état, a donc annoncé la levée de l’ordre de confinement obligatoire (lockdown and stay at home order) donc officiellement ça y est, nous ne sommes plus confinés. Cela ne veut pas dire qu’il faut partir bille en tête pour faire la bringue et se rassembler ou vivre comme avant, rien de tout cela. Les rassemblements sont encore limités à 50 personnes ou 25% de capacité (le nombre le plus bas des deux s’applique) à l’intérieur (sauf restaurants et bars) et 100 personnes à l’extérieur (sauf pour les manifestations, il y a une exception à partir d’aujourd’hui bien que tout le monde ait violé cette ordonnance, y compris le gouverneur lui-même qui a participé a quelques manifestations contre les violences policières et les abus et pour « black lives matter » ces derniers jours).

Confinement officiel du New Jersey : du 21 mars au 9 juin 2020. Au niveau de notre cellule familiale, nous étions tous à la maison sans bouger sauf pour l’essentiel, et encore, la plupart nous avons fait livrer, depuis le 12 mars et le 13 ou 14 pour mon fils qui a fait son dernier service au restaurant et vente à emporter un de ces jours-là. Nous avions devancé l’appel. Et nous allons continuer à rester tranquilles et ne faire que les sorties nécessaires. J’attendrai la réouverture des magasins non essentiels le 15 juin pour aller dans les magasins essentiels (même pas le supermarché puisque j’ai fait livrer aujourd’hui et que ça nous fait tenir bien 15 jours ou 3 semaines) notamment le magasin de bricolage, puisque les gens se rueront sur les magasins non essentiels justement donc il devrait y avoir moins de monde dans les autres.

Le gouverneur avait déjà commencé à rouvrir depuis les 2 dernières semaines du mois de mai, mais sans lever le confinement pour pouvoir faire machine arrière rapidement si les choses s’étaient dégradées sur le plan de l’épidémie. Les ouvertures et les levées de restrictions sont très progressives et à chaque fois on attend pour la levée des restrictions suivantes de voir si l’épidémie repart à la hausse ou pas. Ça a l’air très lent et très précautionneux vu de l’extérieur (et critiqué de l’intérieur aussi), mais on vient de loin. Même si les cas graves et les hospitalisations diminuent nous sommes partis de haut (l’Everest comparé aux Vosges de certaines régions ou certains pays). Oui l’épidémie recule, mais le nombre de cas était tellement haut que nous sommes encore très haut donc je ne vois aucune raison de critiquer la prudence et la lenteur de réouverture. Même en descendant on reste plus haut que tout le reste des États-Unis sauf New York (la ville) voire du monde !

Le New Jersey va aussi passer en phase 2 de la réouverture le 15 juin : les restaurants vont rouvrir, mais seulement en service à l’extérieur et les commerces non essentiels vont être ouverts au public — pour l’instant ce n’était qu’en « curbside pick up », et encore, pas depuis longtemps. Tout ne va  pas passer en phase 2 le 15 juin ou du moins la phase 2 est étalée : par exemple les coiffeurs et barbiers n’ouvriront que le 22 juin, mais avec restrictions : en fait ni lavage de cheveux ni séchage au sèche-cheveux, juste la coupe ! Pas de maquillage ni de manucure non plus, pas d’attente dans le salon, mais dehors ou dans sa voiture etc. Les camps d’été ce sera sans doute début juillet ainsi que les sports organisés, mais dehors uniquement pour tout ça.

Pour les salles de sport pas de date prévue encore, mais je reprends mes cours de tai-chi cette semaine, une seule fois par semaine cependant.Et c’est de la maison, par visioconférence : je vais faire mon cours depuis le petit « studio télé » que je viens d’installer à cet effet dans mon sous-sol. On verra ce que ça va donner.

New York la ville (pas l’état qui en est peu ou prou au même stade de nous en termes de réouvertures ) ne passera en phase 2 que dans la première semaine de juillet alors que nous y passerons le 15 juin.

Mais enfin nous sommes officiellement déconfinés !

Bien sûr toutes les ouvertures et activités sont soumises à précautions et limitations, la vie ne reprend pas pour autant comme si de rien n’était, loin de là. Même si on n’a plus l’ordre de rester à la maison, que le « stay at home order » et le « strict lockdown » ne sont plus en place et que nous pouvons maintenant nous déplacer avec plus de liberté. Le gouverneur espère que les travailleurs qui le peuvent et qui ont travaillé depuis la maison continueront à le faire malgré la levée du « stay at home order ». Et les précautions de distanciation sociale, lavage des mains et port du masque sont toujours de rigueur et même requises pour toute incursion à l’intérieur d’un bâtiment.

Il ne faut surtout pas baisser la garde et il faut continuer impérativement à prendre ces précautions.

Comme nous sommes dans un pays non seulement fédéral mais en plus décentralisé, avec un fort pouvoir qui appartient aux différents états, chaque état va à sa guise . Si l’on a un gouverneur intelligent et qui fait primer l’intérêt public tout va bien. Si l’on a un gouverneur qui fait passer d’abord ses ambitions électorales en flattant ses électeurs les plus importants voire satisfait ses intérêts économiques, on est très mal lotis.

Après des années de gouverneur archi conservateur, limite fasciste  — le précédent gouverneur était (est toujours sans doute) un fervent supporter de l’agent orange (comme l’appelle Spike Lee, et je trouve que ce nom lui va bien), nous avons un gouverneur plus progressiste et surtout plus intelligent, qui s’est par exemple concerté avec les 2 autres gouverneurs des états voisins (nous sommes dans une zone appelle le Tri-State pour une bonne raison) : si l’un des états a des règles plus souples il suffit de passer la frontière à quelques kilomètres. Pour des choses de moindre importance ce n’est pas très grave, mais dans le cas de confinement et de fermetures pour des raisons sanitaires, cela aurait eu des conséquences dramatiques, surtout que la frontière n’est pas une frontière au sens douanier du terme. On peut dire que nous avons eu de la chance puisque notre gouverneur s’est entendu avec les gouverneurs des états de New York et du Connecticut. Nous avons limité les dégâts donc. Et au vu du niveau de l’épidémie dans notre région, ce n’était pas du luxe.

La vie telle que nous la connaissions

Juste après mon retour de France en janvier, ma vie de tous les jours, chez moi à Berkeley Heights, New Jersey — la vie telle que nous la connaissions.

On commençait à peine à parler, à la télé, avant mon départ de France, d’une maladie à pneumopathie en Chine (il faut se rappeler que la Chine n’a été confinée que fin janvier finalement et encore, cela n’a été que Wuhan et sa région à cette date). Franchement à ce moment-là on pensait plus ou moins, tous, dans le grand public et les gens non informés comme nous, que ce serait un truc comme le SARS en 2003. Je me souviens que dans la queue pour l’immigration à l’arrivée à Newark, le 14 janvier 2020 donc, il y avait un écran qui parlait de coronavirus (tel quel, sans précision, il était simplement fait mention de coronavirus sans autre dénomination à ce moment-là) et qu’il fallait, si on revenait de la région de Wuhan en Chine et que l’on avait des symptômes comme fièvre et toux, aller voir son médecin immédiatement. Mais ces panneaux sont fréquents, une fois c’est pour Zika, une fois pour la grippe, une fois pour la rougeole, j’en ai vu au cours des années, pas systématiquement mais bien tous les 2 ou 3 ans. Donc ça ne m’avait pas alarmée plus que ça et d’ailleurs même les services n’étaient pas alarmés, c’était seulement une information et une recommandation d’aller voir son médecin.

Il faut aussi que je précise que quand je filme, en général je ne filme pas les gens, à part mes amis proches et ma famille. Dehors et lors de mes allées et venues dans l’espace public, je pointe toujours ma caméra où il n’y a personne ou alors je me filme moi-même parlant à la caméra façon « vlog » (journal vidéo). Durant ces quelques jours de janvier qui étaient encore la vie telle que nous la connaissions, je n’ai filmé personne à part moi ou mon fils mais en fait j’ai eu des interactions avec au moins 20 personnes extérieures même si cela ne se voit pas : il n’était pas question de distanciation sociale du tout à ce moment-là — l’expression était loin d’être dans le langage courant, encore moins quotidien comme elle l’est devenue par la suite.

Donc des interactions au tai-chi et au centre de sport de façon générale. Ce n’est pas un centre de sport à strictement parler mais une association à but non lucratif qui agissait comme centre de communauté, avec enseignement de l’anglais aux immigrants, garde d’enfants et programmes après école et vacances pour les enfants et aussi centre de sport, sans être un centre de sport branché du tout ni à la mode. Donc il y a beaucoup de coins avec des fauteuils et des machines à thé et à café pour que les membres socialisent et parlent ensemble. La plupart du temps, bien que la leçon de tai-chi ne dure qu’une heure 15 voire une heure 30, j’y restais 4 ou 5 heures en tout à parler avec élèves, connaissances et amis. 

Chez le marchand de vin aussi, à chaque visite je discutais de temps en temps avec d’autres clients et en tout cas systématiquement avec un ou deux des vendeurs, toujours de bons conseils et avec l’acheteur pour savoir où en étaient soit des nouveautés soit des vins que j’avais repérés dans des blogs ou des recherches sur Internet. Plus la brasserie où je parlais toujours avec les beer tenders et longuement avec l’un des propriétaires lors de l’anniversaire de la brasserie fin janvier (ce n’est pas dans cette vidéo-ci, l’anniversaire de la brasserie, auquel j’ai assisté et participé n’a eu lieu que quelques jours après). Plus les quelques courses où l’on interagit toujours avec quelques personnes même si c’est moins longtemps.

Même si je mène une vie relativement solitaire et recluse, je voyais du monde. Peu pour l’époque, énormément en termes actuels ! Et surtout c’est cette liberté d’aller et de venir sans arrière-pensées ni précautions particulières, la possibilité d’aller de façon impromptue quelque part, dans un restaurant, se promener ou faire du lèche-vitrine — chez le marchand de vin et à la brasserie surtout pour moi — voire aller prendre un café gratuit au centre commercial, un café ou un doughnut avec mes amis du tai-chi après la classe, ou aller au restaurant, une pizzeria ou encore à la brasserie, sans avoir à planifier, sans précautions sans masque sans désinfectant sans avoir « peur »  de l’autre et de son contact trop proche. Une course rapide s’il me manquait des œufs du fromage ou du lait, en passant ou en revenant du tai-chi tout cela n’est plus envisageable, d’autant que les magasins (essentiels uniquement) qui sont ouverts au public ont des horaires réduits. Les autres ne sont toujours pas ouverts au public en date du 6 juin, on ne peut qu’aller chercher sa commande à la porte sans contact (contactless curbside pick up) et encore ceci est récent, ils ont longtemps été tout simplement fermés. D’autant plus que je ne vais plus au tai-chi puisque le centre de sport est bien évidemment fermé depuis la mi-mars. 

Il faut noter par ailleurs que la chute de neige que j’ai longuement filmée est la seule chute de neige (pas grand-chose) que nous ayons eue de tout l’hiver.

Voilà donc la vie ordinaire, telle que nous la connaissions, très ordinaire mais qui me semble extraordinaire et si lointaine maintenant.