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Nous construisions des civilisations

« Nous construisions des civilisations. Maintenant nous construisons des centres commerciaux. »

Une citation tirée du livre de Bill Bryson que je viens de finir de lire et qui est résume parfaitement nos temps modernes de fin du XXème siècle et début de ce XXIème qui n’en finit pas d’être calamiteux. Écrite pour décrire son voyage autour de l’Europe en 1990 et tirée de son livre Neither here nor there: travels in Europe, publié en 1992 chez William Morrow & Company, malheureusement pas traduit ni publié en français.

It seemed odd and sad that mankind could for centuries have so effortlessly graced the landscape with structures that seemed made for it — little arched bridges and stone farmhouses, churches, windmills, winding roads, hedgerows — and now appeared quite unable to do anything to the countryside that wasn’t like a slap across the face. These days everything has at best a sleek utility, like the dully practical windmills slipping past with the scenery outside my train window, or else it looks cheap and temporary, like the tin sheds and concrete hangars that pass for superstores on the edge of every medium-sized town. We used to build civilizations. Now we build shopping malls.

Bill Bryson in Neither here nor there (the chapter about Copenhagen and Denmark)

Ce qui signifie en gros :

Il semblait étrange et triste que l’humanité ait pu pendant des siècles gratifier sans effort les paysages de structures qui semblaient faites pour ces paysages — des petits ponts en arche et des fermes en pierre, des églises, des moulins à vent, des routes sinueuses, des haies (de bocage) — et maintenant apparaissait complètement incapable de faire quoi que ce soit qui ne soit comme une gifle en travers du visage de la campagne. De nos jours tout a, au mieux, un tant soit peu d’utilité, comme les éoliennes pratiques et ennuyeuses qui se succèdent dans le paysage à travers ma fenêtre de train, ou sinon [pire] ça a un air de pacotille temporaire, comme les abris en tôle ondulée et les hangars en béton qui se font passer pour des magasins grande surface à l’orée de chaque ville de taille moyenne. [Dans le temps] Nous construisions des civilisations. Maintenant nous construisons des centres commerciaux.

Bill Bryson in Neither here nor there  pendant un voyage en train à travers le Danemark (chapitre Copenhague)

Formulaires administratifs

Non la France n’est pas la seule avec ses formulaires Cerfa, ici aussi nous avons nos formulaires dûment numérotés et validés par l’Administration. Ils sont aussi sacrés que les Cerfa là-bas.

Je sais bien qu’une administration doit être rigoureuse et carrée et qu’un pays sans une telle administration n’existe tout simplement pas et est un désastre à tous points de vue. Nous sommes contents d’avoir des procédures éprouvées, des cadastres, des grilles électriques, l’eau les égouts des routes des autoroutes des hôpitaux des pharmacies officielles et non pas un chaos fait de corruption et de faussaires. Sans administration rigoureuse et carrée, tout ceci ne pourrait pas exister ou serait sujet à corruption et autres fonctionnements mafieux (voir les différents pays où justement cela ne marche pas, la Chine en premier pour ne pas la nommer).

Mais il y a un point où le mieux est l’ennemi du bien comme disait ma grand-mère, où l’Administration en fait trop, devient un but en elle-même et n’est plus au service des administrés, des citoyens et du bien public, du service public au sens noble du terme — existe-t-il encore ?

Lors de notre demande de passeport le mois dernier [lire ici : https://michusa.wordpress.com/2021/05/08/quelques-curiosites-administratives-americaines/ ], évidemment il y avait un formulaire à remplir. Soit. 

2 pages (1 recto et 1 verso ) jusqu’ici tout va bien… et 2 pages d’instructions et informations diverses. Là ça fait peur, on n’est pas loin du Que Sais-Je ? de Jean Lénarque pour remplir un formulaire. Surtout pour un passeport : après tout un passeport c’est un service que nous citoyens rendons au public, nous n’en avons pas besoin pour nous-mêmes, nous savons qui nous sommes. Nous en avons besoin pour les autres, pour prouver aux autres que nous sommes bien nous-mêmes. 

Donc ce formulaire de 2 pages : cela m’a pris la matinée et encore je ne l’ai pas rempli « correctement », c’est à dire pas correctement aux yeux de l’Administration alors que toutes les informations que j’avais fournies et remplies étaient exactes, j’y reviens plus loin. En attendant cette matinée tout occupée à ce formulaire : tout d’abord on nous demande notre nom sur chacune des 2 pages (il y a une raison que je comprendrai plus tard, j’y reviens aussi plus loin). Mais et c’est le grand mais : sur la page 1 on met son prénom (ses prénoms) puis son nom, dans des cases séparées, tout est bien identifié. Page 2 rebelote le nom : que nenni ! Cette fois c’est le nom de famille d’abord puis le prénom (les prénoms), tout ça dans la même case. Je précise que c’est hautement inhabituel aux États-Unis de mettre son nom puis son prénom. Contrairement aux habitudes françaises, aux États-Unis on écrit toujours prénom et nom et jamais au grand jamais nom puis prénom. C’est là que je me suis trompée et qu’il m’a fallu tout recommencer puisque les ratures et le « blanco » ne sont pas autorisés sur la paperasse officielle. Ça, je veux bien l’admettre, on ne saurait plus si c’est une modification légitime ou un faux. Comme je n’avais plus l’original du formulaire qui nous avait été donné à la main par l’Administration, je suis allée sur leur site officiel fédéral et j’ai téléchargé la version numérique en PDF que j’ai imprimée pour la remplir à nouveau. Jusque là tout va bien.

Toujours dans ce formulaire, on doit mettre sa date de naissance sur la page 1 puis sur la page 2… des fois que notre date de naissance ait changé entre-deux !

Cette fois-ci je suis allée encore plus lentement, ai bien vérifié 2 fois le tout, relu à chaque étape les instructions. Entre parenthèses ce devrait être limpide et les intitulés des cases devraient se suffire à eux-mêmes, il me semble… Si chaque partie à remplir est sujette à interprétation, où va-t-on ? Je rappelle que c’est un document pour prouver qu’on est bien nous-mêmes, pour prouver notre identité. Donc ce devrait être simple comme bonjour : je m’appelle ainsi, je suis née tel jour, à tel endroit, dans tel pays, ma nationalité est telle et mon adresse est ici. Éventuellement le nom de mes parents pour une vérification de filiation. Où est l’ambiguïté ? Comment peut-il y avoir une ambiguïté sur notre propre identité ? Nos sociétés imploseront sous le poids de leur propre complexité, de leur propre complication à outrance de choses simples à l’origine.

Et donc, le Formulaire sacré dûment rempli, voici venu le jour du rendez-vous à la poste (oui ici on fait la demande de son passeport à la poste, je le raconte ici : https://michusa.wordpress.com/2021/05/08/quelques-curiosites-administratives-americaines/ ). C’est là que j’ai appris que j’avais fait tout faux : parce qu’un tel formulaire sur 2 pages, que j’avais donc réimprimé après mes erreurs et avec ma logique habituelle je l’avais imprimé recto verso — économie de papier etc, je m’étais même dit que c’était plus sûr, au moins on serait certain que les 2 pages ne risqueraient pas d’être désolidarisées par l’Administration. Que nenni ! Crime lèse Administration : il faut 2 pages indépendantes ! Histoire de mieux pouvoir les perdre voire les mélanger avec les pages de quelqu’un d’autre pourquoi pas ? (On a tout vu avec l’Administration et ce genre de chose arrive, plus souvent qu’on en a envie) C’est là que j’ai compris (bon sang mais c’est bien sûr !) pourquoi on remplit son nom sur chaque page. Effectivement si ce sont des pages volantes il vaut mieux…

Heureusement la dame de la poste ( que je connais depuis des années ) est très gentille (c’est une petite ville et ces employés postaux sont toujours les mêmes depuis notre arrivée il y a 18 ans, où j’avais fait sensation avec mon accent français et où ils me donnaient du « bonjour » de ce fait à chacune de mes visites ) la dame de la poste m’a gentiment dit qu’il ne fallait pas faire comme ça sinon la demande serait rejetée et m’a fait des photocopies illico pour avoir les 2 pages volantes (ouf je n’ai pas eu à tout refaire, surtout que nous parlons de 2 formulaires imprimés de la même mauvaise façon par mes soins, le mien et celui de mon fils).

Donc tout ça pour ça, cela m’a pris un temps fou, j’ai fait des erreurs même en allant lentement, j’ai recommencé… pour au final faire tout faux ! 

La dame de la poste a tout photocopié puis tout vérifié, ensuite vérifié notre identité (sans enlever le masque, c’est une petite ville, ils ont l’habitude de nous voir à la poste depuis des années, ils nous connaissent de vue et de nom) puis vérifié la légitimité des photocopies fournies, notamment de ce qui prouve notre identité —  le permis de conduire. Elle nous a ensuite rendu l’original du dit permis de conduire — soulagement. Même chose, comme il fallait faire des photocopies du recto et du verso — au verso il n’y a rien d’intéressant pour le commun des mortels (nous) mais des numéros cabalistiques et autres sigles qui doivent faire jouir les bureaucrates —  je m’étais dit que c’était mieux de faire une photocopie sur une seule feuille recto verso pour ne pas perdre une moitié du document (et c’est assez compliqué à faire sur une imprimante de maison qui n’a pas de recto verso pour les copies, il faut remettre la feuille dans l’autre sens et prier que ce soit le bon sens, une fois sur 2 ça ne l’est pas et on recommence…). Bref je m’étais embêtée pour rien puisque la dame a refait les photocopies du recto et du verso de ce permis de conduire sur 2 feuilles volantes — c’est quand même inquiétant puisque le nom n’est que sur le recto du permis, comment réunir les bons morceaux si les papiers viennent à se désolidariser ?

En tous cas la dame de la poste n’a pas volé les frais que nous avons payés à la poste pour la prise en main du dossier (sic ! je cite vraiment, je n’invente rien) et elle ne nous a pas facturé les photocopies en plus. (Ni ne nous a pas envoyé bouler et tout recommencer : remplir à nouveau à la maison, reprendre rendez-vous. Il y a des Administrations qui font ça…)

Ensuite il a fallu écrire un chèque pour payer l’Administration particulière qui fait les passeports, 2 chèques d’ailleurs, un pour chacun. Chèques qu’elle a vérifiés heureusement aussi parce que cela devait bien faire 4 ou 5 ans que je n’avais pas écrit de chèque puisque ça ne sert plus et c’est en général refusé partout. La modernité de l’Administration qui vit avec son temps (sarcasme, elle est complètement hors-sol ! ) Nous pouvons nous estimer heureux qu’on ne nous ait pas demandé une lettre de change voire des pièces d’or pour payer. Et encore heureux qu’il me restait quelques chèques dans un vieux chéquier puisque je n’en demande plus jamais à la banque. Il faudra aussi que je prépare un chèque pour ma fille quand elle ira déposer sa demande de passeport, puisqu’elle n’a pas de chéquier évidemment. Sa banque ne lui en a jamais proposé puisque je répète cela ne sert plus à rien pour les particuliers — sauf à faire faire son passeport… valable 10 ans donc espérons que d’ici là l’Administration se sera mise au goût du jour parce d’ici là les chéquiers auront vraiment disparu.

Ensuite il faut compter 3 ou 4 mois pour recevoir ledit passeport. Il faut bien ça pour que les bureaucrates arrivent à agrafer ensemble toutes les feuilles volantes qui concernent une seule et même personne… à l’aide des codes cabalistiques peut-être. Ce qui me fait peur c’est que si notre permis de conduire original n’a pas été envoyé avec la copie, par contre notre certificat de citoyenneté original oui : lui a dû être envoyé avec la copie que la dame de la poste, agent notarié de l’État (elle a passé des tests, a reçu une licence d’activité qu’elle renouvelle toutes les quelques années) bref que cet agent notarié a vérifié : que la copie de ce document, que nous n’avons qu’en un seul exemplaire c’est plus marrant, était conforme, je voudrais dire Conforme. Mais il faut l’original aussi… allez comprendre. Original qu’ils nous renverront séparément du passeport, au cas où le courrier (non recommandé et non suivi avec accusé de réception, c’est plus marrant aussi, les Administrations réclament des suivis quand on leur envoie quoi que ce soit mais n’obéissent pas à leurs propres règles) donc au cas où le courrier avec le passeport  se perdrait, il y a moins de chance de perdre 2 courriers différents ! Textuel ! Je frémis, il n’est pas dit qu’on retrouve notre certificat de citoyenneté. On eut le refaire faire auprès de l’Administration, la même mais un autre bureau ou une autre branche, ils ont aussi des jolis petits mille-feuilles, la France n’en a pas l’exclusivité. J’espère que si l’on en arrive là, il ne faille pas envoyer son original de passeport pour ça… mais refaire faire ce genre de document c’est du tracas, il faut justifier pourquoi on le fait refaire (pour s’amuser évidemment, c’est une façon agréable de passer le temps quand on s’ennuie et aussi rien que pour embêter l’Administration) et c’est évidemment payant et il y a d’autres formulaires à remplir bien sûr ! Lorsque nous l’avons reçu (des blanches mains de l’Administration, en mains propres) on nous a conseillé d’en faire des copies avant d’envoyer l’original à toute Administration qui le demanderait des fois qu’ils le perdent (sic ! il faut l’entendre pour le croire). Idem, pourquoi les copies certifiées par agent notarié, agent agréé par l’Administration elle-même, ne suffisent-elles pas ? Ce sont les mystères de l’Administration, ses voies sont bien impénétrables. Qui plus est, pourquoi ont-ils besoin d’un papier qu’ils nous ont donné eux-mêmes et dont ils doivent avoir une copie dans leurs fichiers ?

C’est globalement ubuesque. Comme quoi l’Administration américaine n’a rien à envier à l’Administration française ou vice versa, c’est comme vous voulez. Bref c’est comme dans la blague de Noé et de son arche nouvelle version au XXIème siècle : à la fin Dieu n’a pas besoin de détruire l’humanité qui commence à lui casser les pieds, « l’Administration s’en charge », dit-il à Noé.

Cela fait un mois presque jour pour jour que nous avons déposé notre demande de passeport et les chèques n’ont toujours pas été encaissés… 

Quelques curiosités administratives américaines

US Post Office à Berkeley Heights, New Jersey

Ces dernières semaines nous avons fait faire notre passeport mon fils et moi (quitte à être bloqués et ne pas pouvoir voyager pour l’instant, autant en profiter pour faire la paperasse sans laquelle on ne peut plus vivre de nos jours). On nous a dit qu’il fallait compter 3 ou 4 mois pour recevoir le passeport, c’est pour ça que j’ai insisté pour que nous le fassions en ce moment pendant nous avons le temps d’attendre.

Le 13 avril donc, nous avons déposé notre dossier passeport à la poste : littéralement la demande se fait à la poste, un des postiers est agent notarié pour valider notre identité, que les copies des documents fournis sont conformes et que le dossier est bien rempli.

C’est une de ces curiosités américaines : le passeport se fait à la poste (et à d’autres endroits autorisés et aussi auprès de l’administration fédérale concernée) mais la poste est l’endroit le plus courant et le plus fréquemment utilisé par tout le monde — le plus facile d’accès et le plus proche puisqu’il y a des bureaux de poste un peu partout, même dans les plus petites villes (pourvu que ça dure).

Quant à la photo, officielle et agréée par l’administration, pour ledit passeport, elle se fait… à la pharmacie. Les photos de passeport se font toujours à la pharmacie, d’autant plus maintenant que les photographes (ateliers / magasins de photo) n’existent plus. Une autre de ces curiosités américaines.

Ceci dit, au début peu après notre arrivée aux États-Unis, j’allais chercher les timbres postaux à la banque. Il y en avait bien sûr à la poste aussi (je crois que maintenant il y en a aussi aux caisses des supermarchés mais c’est relativement récent) mais en ce temps-là pour je ne sais quelle raison j’allais toujours chercher mes timbres postaux à la banque — c’était le temps où l’on utilisait encore beaucoup de timbres, pour payer les factures envoyer des chèques, maintenant ce n’est plus le cas puisqu’on fait tout par Internet. Cela m’avait tellement étonnée que je l’avais raconté à tout le monde en France : «  Je vais chercher mes timbres postaux à la banque, c’est comme ça ici ».

Autre pays autres moeurs

Au moins ça c’est amusant, ce qui n’est pas le cas de toute la paperasse et des multiples autres tracas administratifs.

Pharmacie Walgreens à Berkeley Heights

L’administration dans toute sa splendeur

…ou les administrations, il n’y en a pas une pour racheter l’autre quel que soit le pays. Cette rigidité de gens qui édictent des règles et qui ne vivent pas dans la vraie vie, des règles incompatibles avec la vraie vie.

Le dernier en date qui nous touche de près, je raconterai une autre fois les circonstances peut-être :

en attendant, nous avons en ce moment chez nous « une réfugiée » française qui est en fin de contrat de travail et qui doit donc quitter le pays (les États-Unis) pour rentrer chez elle en France, donc un déplacement « impératif » en quelque sorte, en tout état de cause pas pour s’amuser ni pour faire du tourisme. (À noter aussi : ce déplacement est dû à une rigidité administrative finalement, une de plus dans la longue liste que j’énumère ici.)

C’est ici que les administrations se mettent à briller de tous leurs feux de sagesse (et j’inclus aussi les administrations privées des compagnies et entreprises privées dans le tas) : pour prendre l’avion il faut fournir un test PCR négatif réalisé par un prélèvement moins de 72 heures avant l’heure de départ. Et surtout pas 73 ni 74 heures, 72 heures maximum, moins si possible. La rigidité administrative à la minute près, comme on les connait de longue date en France, ici c’est aux États unis comme quoi c’est partout pareil, la connerie humaine est un bien uniformément partagé.

Or les résultats desdits tests PCR mettent entre 48 et 72 à être connus.

On fait comment ?

Mais ça les administrations n’en ont cure.

Certes on a entendu dire qu’on pouvait faire un test PCR à l’arrivée en France (je ne suis pas certaine que ce soit vrai ou plus exactement que ce soit encore vrai, tout change très vite, on a eu tout et son contraire dans la foulée ) mais peut importe : ce test PCR (hypothétique) à l’arrivée c’est pour rentrer dans le territoire français (administration française).

Mais (j’ai failli dire « en même temps », suivez mon regard) pour tout simplement rentrer dans l’avion il faut un test PCR avéré négatif et ça c’est l’exigence de la compagnie d’aviation (administration privée de la compagnie aérienne privée ).

Alors bien sur ce test négatif est à juste titre si l’on ne veut pas infecter tout l’avion : sur le papier c’est bien mais dans la vraie vie on fait comment ? Dans l’état actuel des tests PCR disponibles aux États-Unis, le résultat est disponible entre 48 et 72 heures. Il y a un progrès (sarcasme) avant c’était une bonne grosse semaine voire 15 jours et même pire. (WTF ? autant ne pas faire de test, si le test était positif le patient positif était sorti de sa durée d’isolement / quarantaine quand il recevait enfin son résultat ! Et s’il n’avait pas observé l’isolement, un pur désastre donc). Si l’on fait le test pour être bien dans la fourchette des 72 heures, mettons 48 heures ou 60 heures avant, on risque de ne pas recevoir le résultat dans les temps. Surtout que les centres de test ne travaillent pas 24/24 ni 7 jours sur 7.

Donc dans le cas de notre pauvre voyageuse : un vol dimanche soir à 19h50, cela veut dire test dans le labo jeudi soir après 19h50… sauf que le labo ferme à 20 heures… et qu’elle n’était pas la seule à prendre un test (étonnant non ? en pleine pandémie il y a foule pour prendre des tests dans des labos qui ne tournent pas 7 jours sur 7, comment cela se fait-il ? ) C’est là qu’on perd encore 12 heures avant le lendemain matin pour la réouverture du labo : test le vendredi matin serait dans la fourchette des 72 heures maximum mais avec un risque de ne pas recevoir les résultats dans les temps. Surtout que chez certains labos, pas de résultats officiels digitaux sur le téléphone, le seul document officiel fourni est un papier (dûment tamponné sans doute, administration privée du labo et administration publique des autorités sanitaires américaines étatiques ou fédérales ou les deux) qu’il faut aussi avoir le temps d’aller chercher avant de prendre l’avion. Sachant qu’il faut être à l’avion au moins 3 heures avant pour un vol transatlantique — c’étaient les préconisations avant le Covid, je me doute que depuis c’est peut-être encore plus tôt, 4 heures avant ? (administrations, publique de la sécurité du transport aérien et privées des compagnies aériennes et de l’aéroport).

Je n’aurais jamais pu travailler pour une administration qu’elle soit publique ou privée, j’ai trop de bon sens.

Note annexe : nous l’avons emmenée faire un deuxième test dans un deuxième labo qui fermait à 21 heures mais qui garantissait moins la rapidité et aussi celui-ci exigeait d’aller chercher le résultat sous forme papier…

Note annexe 2 : comment certains pays arrivent-ils à faire des tests avec résultats dans l’heure voire dans les 6 heures au pire ? Je ne parle même pas de la gratuité des tests, ici tout est payant bien entendu et très cher bien entendu aussi.

Note annexe 3 : on a appris aussi d’un des 2 centres de test (le moins rapide à fournir les résultats) que si l’on voulait bien payer 200 dollars de plus sur le prix du test, il pouvait être « expedited » fait en accéléré avec les résultats donnés en 48 heures ou moins (WTF ? on traite une pandémie ou on fait du business comme avant — ce fameux business comme avant qui a conduit tout droit à cette pandémie et aux prochaines)

Le jour le plus long — trace

C’était déjà le jour le plus long il y a 15 ans et plus quand j’ai commencé à faire ces allers-retours — le retour toujours le plus long avec ses levers aux aurores et ses déchirures.

C’était le jour le plus long alors que j’envoyais des missives fiévreuses à Dorothy, écrites dans l’avion dans un état second — le lever à l’aube la déchirure de quitter Dorothy encore une fois — puis postées dès que j’arrivais à trouver un accès Internet — pas de WiFi à l’époque, seulement une prise de téléphone avec le câble qui allait bien et à-dieu-va, je priais que la connexion marche pour envoyer tout de suite ma missive que Dorothy attendait avec anxiété de l’autre côté. Il fallait souvent plusieurs essais de connexion — la petite musique du modem qui montait en fréquence — et plusieurs minutes pour envoyer un simple message de texte — ne parlons pas des photos pourtant en très basse résolution de l’époque.

Le jour le plus long pour le message le plus long — messages enflammés et hallucinés que je relisais après coup, après les avoir envoyés, avec inquiétude — comment seraient-ils reçus, comment seraient-ils perçus? Bien, toujours bien, en ce temps-à, le temps des allers-retours avec ces retours — les plus longs. 

Le jour le plus long

Le jour du voyage de retour a été le jour le plus long — c’est toujours le jour le plus long.

Levée à 3h30 du matin, ce qui correspond à 21h30 le jour d’avant de l’autre côté de l’Atlantique dans le New Jersey, pour un atterrissage vers 16h environ (22h en France) et un coucher vers 21h30 heure du New Jersey, soit 3h30 du matin le jour d’après en France : 24 heures complètes de voyage et de temps d’attente ou de transit, 24 heures réveillée (j’ai somnolé dans les avions et à Francfort dans la salle d’embarquement pendant l’entre-deux vols mais que d’un œil, il ne faut pas se laisser aller à un sommeil trop profond de peur de manquer son vol ou une information importante à propos du voyage.)

C’est toujours le jour le plus long dans ce sens du voyage, quand on remonte le temps, forcément plus long quand on arrive quelques heures seulement après être partis, moins de 3 heures après, pour un vol de huit heures.

C’est le jour le plus long aussi parce que je vieillis, plus je vieillis plus je m’aperçois que le voyage m’est pénible, que le décalage me pèse de plus en plus.

Le jour le plus long

Dans le vol Nice – Francfort au petit matin

Le jour le plus long

Le voyage Francfort – Newark

Le jour le plus long

Arrivée à Newark au coucher du soleil

La sécurité des transports

Il faut être lâche pour voyager. Non pas pour entreprendre un voyage mais pour supporter le voyage — la partie transport, transport en commun où rien n’est commun que la déshumanisation, la violence extrême avec laquelle on nous traite — terroristes criminels potentiels, putatifs. Il faut être lâche pour voyager, fermer sa gueule face à la criante injustice à laquelle on nous soumet, la perte de tous nos droits bien sûr, c’est le plus visible, la perte de notre humanité, moutons bêtement suiveurs, que tout le monde rentre dans le rang, y reste surtout y reste, il faut être lâche et supporter — le courage est-ce donc une valeur inutile, dangereuse même, quand on voyage — pendant le transport ?

 

sécurité à l’aéroport
les ciseaux et pointes confisqués —
on les rachète de l’autre côté, en duty free.

 

 

haïbun écrit en juillet 2010 et tiré de mon livre Quartiers d’été — haïbun de voyage (livre en attente d’éditeur et de publication)

Cap au sud

Pendant le voyage de retour il est arrivé quelque chose d’inhabituel — je devrais dire d’inédit en 15 ans d’allers et retours transatlantiques. Lors du vol Lufthansa Francfort-Newark, nous avons été déroutés : on ne nous a rien dit, tout s’est bien déroulé mais nous sommes passés au sud et non pas au nord comme d’habitude. Je ne sais pas pour quelle raison, je n’ai pas osé demander à l’hôtesse pour ne pas déclencher une panique et je ne pense pas que grand monde s’en soit aperçu.

C’est bien la seule et unique fois en 15 ans qu’une chose pareille se produit : d’où que je sois partie, Paris, Francfort, Munich, Zurich ou a fortiori Londres, nous avons toujours volé vers le nord : c’est-à-dire survoler l’Angleterre (l’avion passe au-dessus de Londres, Oxford etc.) puis traverser la mer d’Irlande, on passe aux environs de Dublin puis on trace au nord en direction de l’Islande mais en restant bien en dessous et en dessous du Groenland. Puis on redescend au niveau des terres du Labrador et NewFoundLand, on passe au large de la baie du Saint-Laurent, pas loin de Saint-Pierre et Miquelon et on dégringole le Canada la Nouvelle-Écosse, le New Brunswick, on passe au-dessus du Maine puis de Boston, puis du Connecticut et on arrive donc à Newark par les terres en survolant le nord du New Jersey. J’ai toujours volé comme ça, toujours.

C’est ce qui était d’ailleurs prévu comme le montre la photo du trajet que j’ai faite juste après avoir embarqué : on devait monter au nord, vers l’Islande, passer juste en dessous, tracer droit puis redescendre par les territoires nord du Canada, la Nouvelle-Angleterre etc.

Pourtant une heure et quelques après le décollage, quand j’ai rallumé la carte de navigation sur l’écran devant mon siège, nous avions changé de cap puisque nous étions en train de survoler la Bretagne : nous avions survolé la France, étions même passés au-dessus de Paris. Pendant que je regardais médusée et que je comparais avec la photo prise plus tôt, nous avons survolé Quimper. Ensuite la prévision de trajectoire, selon l’écran de navigation, c’était de remonter au nord et de reprendre la route habituelle. Mais à chaque fois, malgré le cap prévisionnel indiqué plus au nord, l’avion tournait et se redirigeait vers le sud. Finalement nous avons tracé quasiment en ligne droite vers le sud puisque nous sommes arrivés au-dessus du New Jersey par la mer, au niveau de Toms River (qui se situe au milieu du New Jersey, bien au sud de Newark). Je nous croyais sur le point d’atterrir mais nous sommes encore allés faire un grand virage au-dessus de Trenton (à la frontière avec la Pennsylvanie, plus près de Philadelphie que de Newark) pour arriver par le sud-ouest à l’aéroport de Newark. Je suppose qu’un 747 ne tourne pas si sec et qu’il nous fallait ce grand virage de près de 100 km pour être dans l’axe de l’aéroport. Ou alors était-ce pour attendre notre tour ? Pourtant malgré ce changement de trajet nous étions parfaitement à l’heure.

Aucune trace dans mes souvenirs ni mes photos, d’autres vols qui auraient emprunté cette route du sud. Je n’ai pas su non plus pourquoi on nous a changé notre plan de vol, au dernier moment qui plus est. La seule explication que j’ai trouvée c’est qu’il y avait peut-être une tempête au nord et que le pilote n’a pas voulu s’y frotter. Le plus étonnant c’est qu’on ne nous ait rien dit de ce changement de route qui s’est produit à la dernière minute puisqu’au décollage le trajet planifié était le trajet habituel.

Photos : la première fois en 15 ans qu’on met le cap au sud et qu’on trace droit ! Du jamais vu :

Le trajet prévu au décollage

Le trajet prévu au décollage

Le trajet prévu au décollage

Le trajet prévu au décollage : on survole l’Angleterre et l’Irlande puis on continue à tracer au nord

Après une heure et demie de vol

Après une heure et demie de vol je m’aperçois qu’on a survolé la France

Nous venons de survoler Quimper

Nous venons de survoler Quimper et nous sommes censés reprendre un cap au nord ensuite

Nous sommes censés arriver par les territoires Nord du Canada quand même

Nous sommes censés arriver par les territoires nord du Canada quand même

Mais nous continuons à dévier au sud

Mais nous continuons à dévier au sud et il s’avère que nous allons passer bien au large des terres du nord

Finalement nous avons bien bifurqué au sud

Finalement nous avons bien bifurqué au sud encore et encore

Nous arrivons dans le New Jersey par la mer

Nous arrivons dans le New Jersey par la mer, et par le sud du New Jersey

Décollage

 

Mon vidéo montage du décollage à Nice. Première fois que je m’assois en fenêtre exprès pour pouvoir filmer. J’ai bravé mon mal de l’air mais c’était limite quand l’avion s’est penché et que l’horizon a vacillé.

Filmé le 15 janvier 2018, photos prises le 15 janvier 2018 aussi une fois l’avion au-dessus des Alpes.

 

Le retour

Le voyage de retour, en images

Au départ à Nice tôt le matin

Au départ à Nice tôt le matin

 

Au départ à Nice tôt le matin

Au départ à Nice tôt le matin

 

Au départ à Nice, Ladurée toujours

Au départ à Nice, Ladurée toujours

 

Dans le petit avion

Dans le petit avion

 

Dans le petit avion

Dans le petit avion

 

Départ de Munich

Départ de Munich

 

De Munich à Newark

De Munich à Newark

 

Ma fille m'attend à l'arrivée

Ma fille m’attend à l’arrivée

 

Le soir arrivée à Newark Liberty Airport terminal B

Le soir arrivée à Newark Liberty Airport terminal B