Archives du mot-clé Traversée

Décalage — trace

Kennedy Airport de nouveau. En attente de l’avion qui me ramène ou m’enlève ? Imminence de l’embarquement — vers quelle destination ? Française revenant au pays ou Américaine de passage en France ? Les repères sont flous — inexistants faussés.
Arrivée d’une façon, repartie d’une autre, opposée. Transit entre deux états — d’âme ou de cœur. Virage à 180 degrés, la boussole qui indique le sud, ou indique-t-elle plutôt le nord, enfin?

Les mots sont vides de sens, chacun signifie son contraire, oscillation de l’aimante. Je reprendrai cette lettre plus tard, tout tourbillonne.

Plus tard ou plus tôt, le temps et l’espace sont courbes, virent à l’intangible : je suis dans l’avion du retour, du départ, je ne sais plus — de quelle direction s’agit-il, où est l’arrivée où est le départ ? Je suis en train de passer une nuit blanche, décalage horaire et état planant, je crois que vous êtes déjà demain à Paris.

Et je ne sais où je suis exactement, quelque part dans le ciel… le septième certainement.

 

(texte écrit le 9 juillet 2002 dans l’avion du « retour » après le voyage éclair pour finaliser la procédure d’immigration américaine — petit départ avant le grand départ fin août 2002)

Le jour le plus long — trace

C’était déjà le jour le plus long il y a 15 ans et plus quand j’ai commencé à faire ces allers-retours — le retour toujours le plus long avec ses levers aux aurores et ses déchirures.

C’était le jour le plus long alors que j’envoyais des missives fiévreuses à Dorothy, écrites dans l’avion dans un état second — le lever à l’aube la déchirure de quitter Dorothy encore une fois — puis postées dès que j’arrivais à trouver un accès Internet — pas de WiFi à l’époque, seulement une prise de téléphone avec le câble qui allait bien et à-dieu-va, je priais que la connexion marche pour envoyer tout de suite ma missive que Dorothy attendait avec anxiété de l’autre côté. Il fallait souvent plusieurs essais de connexion — la petite musique du modem qui montait en fréquence — et plusieurs minutes pour envoyer un simple message de texte — ne parlons pas des photos pourtant en très basse résolution de l’époque.

Le jour le plus long pour le message le plus long — messages enflammés et hallucinés que je relisais après coup, après les avoir envoyés, avec inquiétude — comment seraient-ils reçus, comment seraient-ils perçus? Bien, toujours bien, en ce temps-à, le temps des allers-retours avec ces retours — les plus longs. 

Le jour le plus long

Le jour du voyage de retour a été le jour le plus long — c’est toujours le jour le plus long.

Levée à 3h30 du matin, ce qui correspond à 21h30 le jour d’avant de l’autre côté de l’Atlantique dans le New Jersey, pour un atterrissage vers 16h environ (22h en France) et un coucher vers 21h30 heure du New Jersey, soit 3h30 du matin le jour d’après en France : 24 heures complètes de voyage et de temps d’attente ou de transit, 24 heures réveillée (j’ai somnolé dans les avions et à Francfort dans la salle d’embarquement pendant l’entre-deux vols mais que d’un œil, il ne faut pas se laisser aller à un sommeil trop profond de peur de manquer son vol ou une information importante à propos du voyage.)

C’est toujours le jour le plus long dans ce sens du voyage, quand on remonte le temps, forcément plus long quand on arrive quelques heures seulement après être partis, moins de 3 heures après, pour un vol de huit heures.

C’est le jour le plus long aussi parce que je vieillis, plus je vieillis plus je m’aperçois que le voyage m’est pénible, que le décalage me pèse de plus en plus.

Le jour le plus long

Dans le vol Nice – Francfort au petit matin

Le jour le plus long

Le voyage Francfort – Newark

Le jour le plus long

Arrivée à Newark au coucher du soleil

Cap au sud

Pendant le voyage de retour il est arrivé quelque chose d’inhabituel — je devrais dire d’inédit en 15 ans d’allers et retours transatlantiques. Lors du vol Lufthansa Francfort-Newark, nous avons été déroutés : on ne nous a rien dit, tout s’est bien déroulé mais nous sommes passés au sud et non pas au nord comme d’habitude. Je ne sais pas pour quelle raison, je n’ai pas osé demander à l’hôtesse pour ne pas déclencher une panique et je ne pense pas que grand monde s’en soit aperçu.

C’est bien la seule et unique fois en 15 ans qu’une chose pareille se produit : d’où que je sois partie, Paris, Francfort, Munich, Zurich ou a fortiori Londres, nous avons toujours volé vers le nord : c’est-à-dire survoler l’Angleterre (l’avion passe au-dessus de Londres, Oxford etc.) puis traverser la mer d’Irlande, on passe aux environs de Dublin puis on trace au nord en direction de l’Islande mais en restant bien en dessous et en dessous du Groenland. Puis on redescend au niveau des terres du Labrador et NewFoundLand, on passe au large de la baie du Saint-Laurent, pas loin de Saint-Pierre et Miquelon et on dégringole le Canada la Nouvelle-Écosse, le New Brunswick, on passe au-dessus du Maine puis de Boston, puis du Connecticut et on arrive donc à Newark par les terres en survolant le nord du New Jersey. J’ai toujours volé comme ça, toujours.

C’est ce qui était d’ailleurs prévu comme le montre la photo du trajet que j’ai faite juste après avoir embarqué : on devait monter au nord, vers l’Islande, passer juste en dessous, tracer droit puis redescendre par les territoires nord du Canada, la Nouvelle-Angleterre etc.

Pourtant une heure et quelques après le décollage, quand j’ai rallumé la carte de navigation sur l’écran devant mon siège, nous avions changé de cap puisque nous étions en train de survoler la Bretagne : nous avions survolé la France, étions même passés au-dessus de Paris. Pendant que je regardais médusée et que je comparais avec la photo prise plus tôt, nous avons survolé Quimper. Ensuite la prévision de trajectoire, selon l’écran de navigation, c’était de remonter au nord et de reprendre la route habituelle. Mais à chaque fois, malgré le cap prévisionnel indiqué plus au nord, l’avion tournait et se redirigeait vers le sud. Finalement nous avons tracé quasiment en ligne droite vers le sud puisque nous sommes arrivés au-dessus du New Jersey par la mer, au niveau de Toms River (qui se situe au milieu du New Jersey, bien au sud de Newark). Je nous croyais sur le point d’atterrir mais nous sommes encore allés faire un grand virage au-dessus de Trenton (à la frontière avec la Pennsylvanie, plus près de Philadelphie que de Newark) pour arriver par le sud-ouest à l’aéroport de Newark. Je suppose qu’un 747 ne tourne pas si sec et qu’il nous fallait ce grand virage de près de 100 km pour être dans l’axe de l’aéroport. Ou alors était-ce pour attendre notre tour ? Pourtant malgré ce changement de trajet nous étions parfaitement à l’heure.

Aucune trace dans mes souvenirs ni mes photos, d’autres vols qui auraient emprunté cette route du sud. Je n’ai pas su non plus pourquoi on nous a changé notre plan de vol, au dernier moment qui plus est. La seule explication que j’ai trouvée c’est qu’il y avait peut-être une tempête au nord et que le pilote n’a pas voulu s’y frotter. Le plus étonnant c’est qu’on ne nous ait rien dit de ce changement de route qui s’est produit à la dernière minute puisqu’au décollage le trajet planifié était le trajet habituel.

Photos : la première fois en 15 ans qu’on met le cap au sud et qu’on trace droit ! Du jamais vu :

Le trajet prévu au décollage

Le trajet prévu au décollage

Le trajet prévu au décollage

Le trajet prévu au décollage : on survole l’Angleterre et l’Irlande puis on continue à tracer au nord

Après une heure et demie de vol

Après une heure et demie de vol je m’aperçois qu’on a survolé la France

Nous venons de survoler Quimper

Nous venons de survoler Quimper et nous sommes censés reprendre un cap au nord ensuite

Nous sommes censés arriver par les territoires Nord du Canada quand même

Nous sommes censés arriver par les territoires nord du Canada quand même

Mais nous continuons à dévier au sud

Mais nous continuons à dévier au sud et il s’avère que nous allons passer bien au large des terres du nord

Finalement nous avons bien bifurqué au sud

Finalement nous avons bien bifurqué au sud encore et encore

Nous arrivons dans le New Jersey par la mer

Nous arrivons dans le New Jersey par la mer, et par le sud du New Jersey

Le retour

Le voyage de retour, en images

Au départ à Nice tôt le matin

Au départ à Nice tôt le matin

 

Au départ à Nice tôt le matin

Au départ à Nice tôt le matin

 

Au départ à Nice, Ladurée toujours

Au départ à Nice, Ladurée toujours

 

Dans le petit avion

Dans le petit avion

 

Dans le petit avion

Dans le petit avion

 

Départ de Munich

Départ de Munich

 

De Munich à Newark

De Munich à Newark

 

Ma fille m'attend à l'arrivée

Ma fille m’attend à l’arrivée

 

Le soir arrivée à Newark Liberty Airport terminal B

Le soir arrivée à Newark Liberty Airport terminal B

Vraiment un petit avion

Petit avion

Petit avion

Première fois que je voyage dans un si petit avion pour mon vol régional de liaison avec mon vol pour les États-Unis et première fois que je voyage en Canadair — j’ai vérifié auprès de l’hôtesse qui m’a confirmé ce que j’avais lu sur mon billet : « cet avion est un Canadair. » Pas de ceux que l’on utilise pour éteindre les feux évidemment. Canadair est devenu Bombardier mais le nom est apparemment toujours utilisé dans la flotte Lufthansa et sur ses billets d’avion. D’habitude pour ces vols de et vers Nice depuis une grande ville d’Europe je voyage en Airbus A320 qui emporte plus du double de passagers que ce Canadair (CRJ 900) qui en accommodait environ 90.

Première fois que je vois l’hôtesse faire le tour des passagers avant l’embarquement pour leur demander de mettre leur petite valise-cabine en soute, à la main avant de monter l’escalier de l’avion et de la récupérer sur le tarmac toujours à la main à l’arrivée, de la même façon que l’on mettrait sa valise dans le coffre de sa voiture…
Aux passagers tout aussi étonnés que moi elle disait : « c’est un tout petit avion ». Vraiment, c’était un tout petit avion.

Quant à moi, mon sac à dos spécial transport de matériel photo tenait parfaitement sous le siège devant moi, les sièges sont plus hauts que dans les vols long-courriers alors que les compartiments à bagages sont microscopiques (mon sac à dos n’y rentrait pas).

Pour le vol transatlantique c’était plus classique, un Airbus A340 mais il avait une petite particularité cette fois-ci : toutes les toilettes étaient regroupées à un seul endroit en sous-sol — en quelque sorte comme l’inverse d’un Boeing 747 : il fallait prendre un escalier vers le bas pour y aller. C’est en me rendant aux toilettes que j’ai d’ailleurs compris le passage — inédit pour moi — des consignes de sécurité, qui annonçait fièrement qu’il y avait 10 masques à oxygène dans le couloir des toilettes, qu’il ne fallait pas être plus de 10 à attendre et qu’il ne fallait pas stationner dans l’escalier — trop dangereux en cas de trou d’air.

Saut de puce

Newark – Francfort, Francfort –  Nice

(29-30 juillet 2017)

Skyline vu du terminal B de Newark Liberty International Airport

Skyline de New York vu du terminal B de Newark Liberty International Airport (à gauche l’Empire State Building, à droite le World Trade Center)

Skyline vu du terminal B de Newark Liberty International Airport

New York vue du terminal B de Newark Liberty International Airport (à droite le World Trade Center)

Skyline vu du terminal B de Newark Liberty International Airport

New York vue du terminal B de Newark Liberty International Airport (à gauche l’Empire State Building)

Départ de Newark Liberty International

Départ de Newark Liberty International

En route

En route

Francfort

En transit à Francfort

Nice International

Nice, à l’aéroport international, les palmiers sur le tarmac

Côte d'Azur

Côte d’Azur, les palmiers

Côte d'Azur

Côte d’Azur, la route du bord de mer depuis l’aéroport

 

Départ — trace

Trace de départ, de ce dernier départ dans la joie et la félicité.

Trace d’arrivée — indésirée.

Trace de retour —

                          voulu définitif,

                          finalement provisoire.

Trace que tu as laissée sur tous mes voyages présents et futurs,

tous les suivants après ce dernier-là.

Et moi, quelle trace ai-je laissée alors,

depuis ?

Aucun voyage n’aura plus l’innocente insouciance ou l’insouciante innocence de celui-ci.

Trace de déchirure

                         une brisure.

Une trace sur ma joue

                 dans mes yeux

                 dans mon cœur

trace — une douceur et une douleur.

Le voyage Chatou—New York

Chatou New York

Petit à petit je jette tout le vin accumulé pendant des années, les années 90 — 10 ans d’achats de vins de toutes nos regions françaises qui partent dans l’évier.

Seuls les blancs et de façon surprenante les rosés tiennent le coup, dans une certaine mesure.

Il est trop tard et le voyage en bateau (Paris-)Chatou—Le Havre—New York les avait déjà achevés, il aurait fallu tout boire dans l’année qui a suivi la traversée.

Maintenant ce sont mes tuyaux qui les boivent.