Archives du mot-clé Solitude

Le froid — trace

Froid

Il fait froid, soudainement. 
Pas un simple froid « ice blue », mais une plongée à la verticale.
La température est en un seul chiffre en degrés Fahrenheit, cela signifie en deçà de -12 de « nos » degrés européens habituels. 
La neige, promise de longue date, n’est même pas venue l’adoucir en apparence.

3 heures 10, un soleil bas qui est un simulacre de soleil, un sosie inopérant, inefficace. De toute façon la nuit va bientôt tomber, à 5h30 il fera complètement noir, latitude oblige.

Au bout de quelques minutes dehors, les mains piquent malgré les gants, la nuque gratte en dépit du bonnet.
Il y a dans l’air comme une odeur de métal gelé qui me brûle les narines.
C’est intenable sans bouger. Il fait un froid à pleurer. Il ne faut surtout pas pleurer justement, sous peine de congélation instantanée. L’eau de mon corps gèle dans mes narines et dès que je rentre au chaud mon nez se met à couler, dégel.

Pour compenser je surchauffe ma maison, environ 25 degrés Celsius, un écart de près de 40 degrés entre dedans et dehors.
En vain, je n’arrive pas à me réchauffer. J’en ai le dos raidi et crispé.  La peau déshydratée, les bras et les jambes commencent à me démanger. Dire que demain je vais plonger dans la piscine glacée.
Les bouilloires sifflent sans répit, j’en suis déjà à ma quatrième théière de la journée. Tout fait ventre, peu m’importe la qualité, il me faut la quantité.

Je serre la tasse de thé bouillante contre ma joue. Je m’assois pour écrire.

Solitude.

Solitude et froid vont de pair, indiscutablement. 
Le plus grand froid n’est-il pas à l’intérieur ?

 
(texte écrit le 19 janvier 2005 lors d’un hiver spécialement froid et retrouvé en travaillant sur le manuscrit)

Une femme à la fenêtre

Je suis devenue exactement ce que je ne voulais en aucun cas devenir. Une femme à la fenêtre. Qui attend.
Je t’avais trouvée enfin et je n’attendais plus de la même façon puisque tu étais là puisque tu existais. Maintenant je suis à nouveau une femme à la fenêtre — doublement puisque je t’attends, toi, en plus.

(novembre 2004)

Ice blue(s) — trace

(La genèse du texte Ice blue(s) telle que je l’avais expliquée à l’époque à mon amie Nathalie qui trouvait que j’avais des journées plus intéressantes que les siennes.)

Sinon mes journées sont très monotones comme les tiennes, même si elles sont sur les chapeaux de roue dès que les enfants rentrent et avant qu’ils partent. Rien d’extraordinaire vraiment, sauf que je cherche l’extraordinaire ou bien je me concentre sur le banal pour en tirer l’essence. Tu comprendras mieux ce que je veux dire en lisant mon texte « Ice blue(s) » écrit cet après-midi. C’est ma journée d’aujourd’hui. Un mercredi banal comme tous les mercredis, la seule nouveauté si je peux dire c’est qu’il a fait vraiment froid pour la première fois de la saison. Si j’écris bêtement, voici ma journée : il a fait entre moins 8 et moins 3 au plus chaud, j’ai conduit le grand à l’école, j’ai mis les petits au bus, j’ai fait quelques paperasses, je suis allée à la piscine (qui est vraiment froide, on grelotte pendant tout le cours) je suis ressortie les cheveux vraiment mouillés sans bonnet, j’ai vraiment eu très froid aux mains, j’ai vraiment transpiré de froid, j’ai vraiment eu les lèvres gercées, je suis allée louer des DVD puis je suis rentrée, je n’ai pas eu le courage d’aller faire les courses pour Noël avec ce froid, j’ai grignoté, bu un café, mangé une demie tablette de chocolat Milka, j’ai fait brûler de l’encens toute l’après-midi et bu deux théières de thé, je me suis tapé un peu de blues, un peu de crise de panique, beaucoup de solitude et beaucoup d’isolement. Pas tellement flamme en fait mais c’est banal.

Après le café je me suis gravé un disque de jazz, je l’ai mis sur la platine CD et je me suis mise à mon journal où j’ai écrit sur le froid, l’encens et mon état d’esprit du moment. Je me suis dit que ça valait le coup d’en faire un texte plus long. Donc j’ai purgé les passages plus intimes, j’ai repris j’en ai fait ce texte de blues que je vais vous envoyer.
Voilà pour me tenir compagnie et rompre la monotonie non pas de ma journée mais de ma vie.
Alors pour le remède contre la déprime d’hiver je n’ai pas comme tu peux voir. En hiver je suis toujours très déprimée par manque de chaleur ou de soleil. Ici le soleil on en a plus qu’à Paris, même en hiver mais la chaleur manque. Le seul remède vraiment efficace m’a pété à la gueule il y a un an et quelques donc pas top.

(lettre à Nathalie le15 décembre 2004)

Ice blue(s)

Froid mordant, giflant, griffant, tranchant comme la lame d’un rasoir. La température ne dépassera pas zéro Celsius au plus chaud de la journée, malgré le plein soleil. Joyeux et inutile, vain dans sa tâche de réchauffer la Terre, inconscient ou inconséquent dans sa façon de nous faire croire à sa présence qui n’est qu’illusoire, si lointain et froid.

Je sature l’air de la maison d’encens, comme un geste qu’on aurait oublié, qu’on n’oserait plus faire. Comme une offrande à quelque déité, dans le but d’appeler sa clémence et les jours chauds dont on sait pourtant qu’ils seront longs à revenir. Et s’ils ne revenaient pas ? On  a vu plus étrange que ce sortilège-là.
Je sature la maison d’encens, comme pour en réchauffer l’air, ayant ainsi l’impression de me réchauffer. La senteur en imbibe mes vêtements, mon pull en laine, indélébilement. Elle restera la senteur de l’hiver, pour supplanter l’odeur de neige qui brûle les narines et les poumons à chaque inspiration, que je fais toutes petites pour éviter d’en absorber beaucoup et ne pas me glacer à cœur.

J’ai nagé dans la piscine froide, suis sortie les cheveux encore humides, température extérieure toujours en dessous du point de congélation, mon corps évacuait une buée instantanément froide, tel un halo dans l’air glacé. Mes mains sont les premières frappées de plein fouet, mordues elles se contractent, je laisse échapper une exclamation de douleur. Comment vais-je les réchauffer, me réconforter, me consoler de l’hiver froid et infini maintenant que tu n’es plus là ?

Une sueur glacée m’inonde, on peut transpirer de froid. Mes lèvres, gonflées d’eau éclatent et se dessèchent immédiatement. Mes bagues, métalliques, se contractent, forment des étaux glacés autour de mes doigts et les blessent presque, je les enfouis dans les poches de l’anorak. Ce n’est plus suffisant, ils sont en deçà de leur point de réchauffement. L’air est si froid qu’on a l’impression de respirer au travers d’un glaçon.
J’ai marché, j’ai cherché sous le soleil froid, je ne t’ai pas trouvée.
Mes doigts sont bleus de froid comme le ciel d’aujourd’hui.
Je t’ai appelée, tu n’es pas venue.
Ma gorge est aphone d’avoir tant crié ton nom et mes larmes ont gelé sous le soleil noir.

Le froid qui tardait tant est décidément là, je ne l’ai pas appelé pourtant, je me retourne et le voilà. Je veux l’oublier et hiberner au chaud si près où tu t’échappes déjà.

J’allume un autre bâton d’encens. Je vois dans les volutes de fumée comme une figure de déesse, que je supplie de me faire oublier, de me consoler de cet hiver si froid.

Ciel bleu, soleil noir, froid, nuit.
Absence, présence, isolement, solitude.

fade to cold, fade to black

(15 décembre 2004)

(texte écrit le 15 décembre 2004 au début d’un hiver précoce et spécialement froid cette année-là . J’ai retrouvé récemment ce texte en travaillant sur mon manuscrit, il n’est pas de saison bien entendu parce que nous en avons maintenant fini avec l’hiver même si le printemps est plutôt timide pour l’instant.)

New Jersey, une nuit — trace

Ce texte, New Jersey, une nuit, écrit il y a 10 ans exactement, jour pour jour (le 8 février 2005, posté sur le blog le 8 février 2015) j’aurais plus l’écrire maintenant, ces jours-ci, à l’identique ou presque. En revenant de la même séance, du même art martial, vendredi soir les températures étaient seulement  plus basses, partie par -6 degrés je suis revenue par -11 — il n’y avait pas Elton John dans le lecteur pas tonight

À l’identique, 10 ans après, le même tai-chi un soir de semaine, à peine moins tard, le même froid la même neige — le même New Jersey finalement.

Quelques nouvelles musiques, cela fait longtemps que je n’écoute plus Elton John et Tonight — cela n’a jamais été ma musique de chevet non plus.

Quant à toi, ton souvenir s’est affadi ou ton image s’est brouillée —

restent quelques rêves, si peu de rêves pour tant de nuits.

New Jersey, une nuit (2005)

Nuit noire d’hiver, comme seul un soleil implacable pendant la journée est capable de générer.

11 heures, après une longue séance d’arts martiaux — près de 3 heures de travail intense du corps et de l’esprit, je reprends la voiture pour rentrer me coucher. La température chute doucement, je suis partie par -1 degré tout à l’heure, je reviens par – 7.

Pour tenir j’ai bu dans l’après-midi un Nescafé riche en caféine, que je paierai en insomnies et tachycardie plus tard dans la nuit.

Elton John me chante Tonight, la chanson tourne en boucle dans le lecteur, assortie au soir, à mon humeur de blues nocturne. Paysage lunaire de la neige au-delà du halo de l’éclairage urbain. Rase campagne, sensation d’autre planète, où suis-je seule sans toi au milieu de ma nuit ?

Scintillement de la neige dans le faisceau de mes phares, route déserte, seule au monde le temps d’un trajet, ma musique interne à l’unisson, tonight , ce soir justement, je voudrais juste fermer les yeux, me laisser porter par la chanson et ton souvenir. Ma tête est déjà dans les étoiles de ce ciel si noir, étincelant de pureté, aucune lumière parasite ne venant en atténuer l’intensité.

Difficile de résister, tonight. J’ai failli fermer les yeux et rêver.

Je sais que tout à l’heure, la caféine au sommet de son effet, rechargée par l’effort physique, je m’abandonnerai à ma viscérale envie, j’écrirai.

Je ne cède pas, je ne ferme pas les yeux pour remplacer une absence par une autre — un rêve, une nuit. Tant de nuits, si peu de rêves. Je ne cède pas, je m’agrippe à ce réconfort, tout à l’heure j’écrirai.

— 8 février 2005

Tu finiras écrivain

J’ai pris l’habitude de vivre seule. La conséquence c’est que je me parle à moi-même. Dans ma tête ou tout haut certaines fois. Le premier pas vers la folie ?

Une ancienne amie, enfin pas vraiment une amie (le futur ne l’a pas démontré, qui a disparu de longue date) mais je lui dois une seule chose, ceci, cette ancienne connaissance, dirons-nous, m’avait dit : « non tu ne deviendras pas folle, mais tu finiras écrivain. »

Dont acte.