Archives du mot-clé Simone de Beauvoir

Simone avait raison évidemment 

N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question.

Simone de Beauvoir

Une phrase que j’avais notée et qui m’accompagne depuis longtemps, qui sert de sentinelle, qui maintient ma vigilance éveillée.

D’autant qu’elle était toujours vérifiée à au moins un endroit dans le monde à un instant donné —  plusieurs endroits à vrai dire, beaucoup.

Mais maintenant elle est vraie aussi chez nous, en Occident. Il n’y a qu’à voir ne serait-ce qu’aux États-Unis, dans certains états à la con et je pèse mes mots, c’est même un euphémisme, combien sont remis en cause outre les droits à l’avortement mais encore les droits à la contraception tout simplement, sans parler des éternels perdants que sont les droits au travail et au salaire égal à ceux des hommes — entre autres.

Tout le monde (parmi les gens ordinaires, les autres absolument non, au contraire) a beaucoup perdu pendant cette crise sanitaire, de l’argent, son travail, sa santé voire la vie, des libertés aussi mais les femmes encore plus que les autres. Et comme toujours elles ont eu double peine parce que la peine de faire tenir tout simplement le foyer (un travail à temps plein en soi) leur incombe toujours en plus du reste et le reste il y en a encore plus pendant la crise sanitaire.

Les pas en arrière mettront des années à se rattraper s’il se rattrapent un jour.

J’ai lu cette estimation effrayante récemment publiée dans une étude du Forum économique de Davos — d’autant plus effrayante qu’ils ne doivent pas être des progressistes ni des féministes extrêmes dans ce Forum…

« La pandémie a fait perdre 36 ans à l’égalité entre les femmes et les hommes dans le monde ».

C’est-à-dire que la crise a retardé de plus d’une génération le temps nécessaire pour parvenir à l’égalité entre les femmes et les hommes. Pire : ces 36 ans sont un délai supplémentaire en moyenne et comme il y a de fortes disparités entre les pays, en tout à l’échelle mondiale il faudra environ 136 ans pour combler les inégalités partout.

À quel point j’ai été flouée

« Cependant, tournant un regard incrédule vers cette crédule adolescente, je mesure avec stupeur à quel point j’ai été flouée. »
Simone de Beauvoir (in La force des choses tome 2, édition Folio)

Simone de Beauvoir termine La force des choses par cette dernière phrase, terrible, « je mesure à quel point j’ai été flouée ». Quand elle écrit ces lignes elle a la cinquantaine — entre 50 et 55 ans, mon âge actuel finalement. Comme elle, au même âge, je pourrais écrire ceci et je mesure à quel point, moi aussi, j’ai été flouée.

On ne peut pas imaginer

« Je viens de voir des soldats tout à l’heure au cinéma […] c’étaient surtout des artilleurs avec de grosses pièces de canon absolument terrifiantes. Ça fait des engins tellement techniques et mécaniques et d’une civilisation avancée, on ne peut pas imaginer que ça sert platement à mettre en bouillie des corps friables, on leur croirait au moins la noblesse d’un marteau-pilon. »

Simone de Beauvoir in Correspondance croisée 1937-1940 (avec Jacques-Laurent Bost )

Correspondance croisée 1937-1940 de Simone de Beauvoir et Jacques-Laurent Bost, Gallimard, 2004