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Ida dans mon basement — la menace intérieure

Ida nous a tous pris de court, on n’imaginait pas la violence des pluies (sur un sol déjà surchargé avec toutes les pluies torrentielles et diluviennes de l’été, les nappes d’eau et les rivières déjà toutes gonflées et au plus haut de leur capacité normale, sans beaucoup de marge pour accueillir encore plus d’eau.

1.8 degrés F (1 degré C ) de plus de température cela fait 7% d’humidité que l’air peut contenir en plus, d’où ces pluies violentes et extrêmes tant en quantité qu’en fréquence de ces dernières années.

Alors c’est vrai les météorologues nous avaient prévenus de pluies très violentes avec des risques d’inondations très importants pour Ida, mais nous étions un peu insensibilisés parce que c’était la 3ème queue de tempête de l’été et pour les précédentes Henri et Elsa) chez nous cela s’était manifesté par de fortes pluies : donc nous attentions des fortes pluies and so what ? Sauf que c’était la 3ème fois justement et entre les tempêtes l’été avait été aussi très pluvieux (l’un des 10 étés les plus pluvieux depuis le début des mesures il y a 150 ans) et que personne n’a vraiment pris en considération que les sols étaient tellement saturés qu’ils ne pourraient plus absorber d’eau supplémentaire. D’où les inondations éclairs (flash floods), d’où Ida dans mon basement.

Je ne me suis pas sentie trop concernée non plus par les flash floods parce que nous vivons sur les hauteurs tout en haut de la ville et en plus d’être sur ces hauteurs nous sommes en haut d’une petite butte dans notre rue et loin de tout cours d’eau. Donc à part de l’eau qui peut dévaler éventuellement les escaliers du sous-sol pas trop d’inquiétude, d’autant que cela arrive moins souvent maintenant qu’il y a des galets au lieu du bitume juste devant cet escalier qui va vers le sous-sol via la hurricane door (porte d’évacuation en cas d’ouragan). Il est déjà arrivé d’avoir un peu d’eau à 2 endroits du sous-sol, en cas de fortes pluies ou de fonte de neiges, mais de façon très localisée et peu étendue, simplement mouillé sans hauteur d’eau mesurable. Ni si rapide. D’autant que cette fois toutes les pièces ont été touchées, pas une où se réfugier (si l’on voulait rester dans le sous-sol en attendant que l’alerte tornade passe justement), pas une pour transférer les quelques objets (des piles de livres que j’étais en train de trier, piles qui étaient dans un endroit qui était peu susceptible d’être mouillé et n’a jamais été mouillé de fait). La petite chambre du fond dans laquelle ne passe aucun de tuyau d’eau n’avait jamais été mouillée en 19 ans et les 2 placards des 2 chambres jamais non plus car même si dans l’une des chambres il y a eu des fuites de tuyaux, cela n’a jamais été d’ampleur suffisante pour mouiller toute la pièce, encore moins le placard qui est dans un coin loin de tout tuyau. 

Pourtant c’est exactement ce que nous avons eu : les inondations éclair ou flash floods dans notre sous-sol, notre basement, l’eau des fondations ne pouvait plus s’évacuer de la façon habituelle par les drains et par les pompes des fondations qui ne tournaient pas assez vite et ne tenaient pas la vitesse avec la pluie. La menace était bel et bien intérieure puisque l’eau n’est en fait pas descendue des escaliers ni passée par les fenêtres du sous-sol, mais montait du sol à travers la dalle en béton et passait aussi un peu à travers les murs à 30 cm au-dessus du sol !

J’étais également préoccupée par une poignée d’autres choses. Tout d’abord les travaux qui avaient tout juste eu lieu pour réparer la fuite de la ligne d’alimentation en eau de la maison, le 26 août et tout ce qu’il me restait à remettre en état dans le jardin. Je me disais que d’une part une forte pluie allait stabiliser et aider à tasser les sols de la pelouse et de l’allée qui avaient été ouverts et retournés avant d’être re-remplis et aussi que les fortes pluies allaient laver mon allée restée très boueuse (une vraie patinoire ) et m’éviteraient d’avoir à louer un Kärcher pour la nettoyer (cela a été effectivement le cas). 

Préoccupée aussi par le déménagement de ma fille à New York City, voisine certes, mais avec beaucoup d’allées et venues en voiture — beaucoup de choses à penser, à préparer, des courses et bricolages à faire, des allers et retours à Ikea etc.

Et surtout j’étais préoccupée par l’opération chirurgicale de ma fille prévue pour le 1er septembre justement.

En voyant les prévisions météo, je m’étais juste dit, « j’espère qu’on sera rentrés avant le démarrage de la pluie » — en fait nous sommes repartis de l’hôpital alors que le ciel commençait à se déverser sur notre tête, l’infirmière m’a même fait monter sur la plateforme devant la porte avec ma voiture pour que ma fille ne soit pas mouillée — elle n’était en plus que modérément mobile, encore dans les vapes et nauséeuse. C’est pour cette raison que nous avons attendu encore une heure après l’heure où on nous a demandé de venir la chercher : elle était encore trop nauséeuse et ils ne voulaient pas la laisser sortir.

Cette heure de plus a été la raison pour laquelle nos sommes partis de l’hôpital alors que les trombes d’eau commençaient à se déverser, nous a obligés à faire des tours et des détours à cause d’arbres tombés sur les routes. Mais heureusement il n’y avait pas encore les inondations. L’hôpital est à environ 30 mn de la maison et nous étions rentrés avant le pire — juste à temps, m’étais-je dit.

Pour toutes ces raisons je n’étais pas prête, et quand je dis pas prête, mon basement complètement moquetté et aménagé est quand même prêt depuis longtemps pour affronter des inondations modérées, il est prêt en permanence puisque j’ai l’habitude d’avoir de l’eau par terre suite aux multiples et fréquentes fuites d’eau de tuyaux ou de lave-linge ou de ballon d’eau chaude : donc il est waterproof à 20 ou 30 cm, tout ce qui est directement posé sur le sol est dans des caisses plastiques exclusivement et tout le reste est surélevé pour que rien de ce qui craint ne soit à même le sol.

Donc pas de dommages majeurs puisque tout était protégé et les 2 ou 3 choses qui ne le sont pas ont été montées en 4ème vitesse (en gros : la grosse caisse de la batterie de mon fils qui est posée sur une plaque en plastique si jamais la moquette s’humidifie suite à une fuite de tuyau, mais ce n’est pas prévu pour 5 ou 6 cm.

L’eau est montée à la cheville puis vers minuit a arrêté de monter et vers 1 h du matin avait complètement reflué ce qui nous a permis d’aller dormir un peu plus tranquille.

Je n’étais pas préparée mentalement surtout donc nous avons couru dans tous les sens au lieu d’avoir un plan et de le suivre puisque le plan n’était pas prêt. Nous avons eu un plan de dernière minute quand l’alerte tornade est devenue imminente (je ne m’affolais pas puisque la mairie n’avait pas appelé) donc nous sommes descendus aux abris en catastrophe (et donc je n’avais pas préparé le sac habituel avec les essentiels en cas d’évacuation ou de démolition de la maison, sac que je prépare d’habitude en cas de probabilité d’ouragan ou de tornade). D’autant plus et surtout qu’il fallait tenir compte de ma fille qui n’était pas très mobile et devait se reposer dans un environnement propre et non mouillé. Hors de question d’aller gambader sous la pluie pour évacuer par exemple. Et 10 mn après nous être mis « aux abris »  au sous-sol comme le veulent les recommandations en cas de tornade, l’eau a commencé à monter dans ledit sous-sol donc nous avons fait tout le transfert inverse, ma fille puis tout ce que nous avions transporté en ordre dispersé « aux abris ». Je suis encore allée chercher les passeports dans le sous-sol (au lieu de les avoir dans le sac d’évacuation et de survie préparé à l’avance) après que nous ayons essayé d’écoper puis laissé tomber parce que cela ne servait pas à grand-chose. Si tous les préparatifs avaient été faits, nous n’aurions pas eu à courir partout de façon désordonnée et non efficace. Être préparé sur le plan matériel avec les sacs prêts, un plan à suivre en cas de besoin et être préparé aussi sur le plan mental aurait permis d’éviter tout ce stress inutile surtout en ayant à gérer quelqu’un qui sortait d’une opération chirurgicale.

Il me faut quand même dire que cette menace intérieure a été inédite en 19 ans : les quelques alertes tornade ont eu lieu sans inondation, même l’alerte ouragan du grand ouragan Sandy où nous avons dormi pendant une semaine dans ce sous-sol ! Ni celui de la tempête sans nom de l’année précédente à Sandy, (tempête de Halloween 2011 ) où nous avons dormi également pendant 4 jours dans ce sous-sol.

Nous avons eu de la chance, la maison a tenu, n’a pas été détruite par la grosse tornade qui a traversé le New Jersey, l’inondation du sous-sol a été limitée et pas si rapide que ça (certains ont eu de l’eau jusqu’en haut des marches de leur sous-sol, certaines fois en l’espace de quelques minutes ), nous n’avons pas perdu le courant (les pompes ont donc pu continuer à pomper sinon nous aurions eu encore plus d’eau dans le basement), l’eau n’est pas sortie non plus des prises électriques (cela s’est produit pour certains) donc je n’ai pas eu à couper le courant (heureusement pour les pompes donc), nous n’avons pas eu de dégâts majeurs, rien à part la moquette à faire sécher (17 jours plus tard j’en suis à finir de sécher les 2 pièces du fond, la moquette est encore un peu moite sous les meubles, donc je bouge tout  j’aère quand je peux s’il ne fait pas trop humide dehors, je ventile et je déshumidifie) et surtout nous avons tous survécu. L’eau n’a pas non plus refoulé des égouts par la douche et les toilettes du basement (cela est arrivé à certains ! ) donc nous ne nous plaignons pas. Ça aurait pu vraiment être bien pire, nous avons eu de la chance.

La station d’épuration de notre ville a été noyée elle aussi, mais a pu continuer à fonctionner heureusement, grâce aux employés qui doivent avoir un plan catastrophe efficace et qui ont pu en maintenir le fonctionnement malgré la furie des éléments.

Notre ville était sur le chemin de passage prévu de la tornade, mais ça a été une fausse alerte pour nous heureusement (alerte qui a duré moins d’une demi-heure, mais qui nous a mis dans une position où nous étions entre 2 directives contradictoires : nous abriter au sous-sol à cause de l’alerte tornade et en même temps aller aux étages pour éviter l’inondation-éclair dans le sous-sol.

Bref moi qui suis toujours prête, je n’étais pas prête cette fois, pas prête à ça du tout! Pas prête pour la menace intérieure de l’eau qui monte de dessous la maison ! Très stressant parce qu’on ne sait pas à quelle hauteur ni quand l’eau va s’arrêter de monter (ce n’est pas comme avec une fuite d’eau : dans ces cas-là dès qu’on coupe l’eau cela s’arrête, là impossible de couper la pluie évidemment), mais on a eu de la chance, pas de dégâts majeurs ni de menace vitale.

Toutes les séquences du montage vidéo ont été tournées  lors de la terrible soirée du 1er septembre et montrent la tempête Ida dans notre basement qui est un espace totalement habitable et chauffé en hiver avec moquette, télé, Internet dans toutes les pièces. Dans la pièce principale qui a été la plus atteinte et où vous nous verrez écoper et aspirer, l’eau nous est montée à la cheville — on peut être contents ça aurait pu être pire — c’est la pièce d’où je fais mes cours de tai-chi par Zoom depuis plus d’un an. 

Et je répète : la menace était intérieure : l’eau est rentrée par le sol à travers la dalle parce que les 2 pompes ne pouvaient pas pomper assez vite. L’une tournait en continu et déversait dans le puits et celle du puits tournait toutes les 10 minutes dès que le puits arrivait à un certain niveau. Même chose cela n’a pas débordé du puits du tout. L’eau est même rentrée par les murs à 20 ou 30 cm du sol . En fait dans la salle à outils elle n’est pas descendue par les marches contrairement à ce que je dis dans la vidéo et que je croyais, mais elle filtrait de la terre des fondations derrière les marches et aussi du sol en bas des marches.

Même chose partout dans tous les basements du New Jersey ou presque. Chez mon amie Helen qui habite une ville voisine, même chose, en 30 ans elle n’avait jamais eu d’eau qui remontait à travers la dalle et aussi de l’eau qui coulait comme un robinet de son mur à 30 cm du sol  ! Son puits non plus ne débordait pas, mais la pompe n’arrivait pas à pomper assez vite et aussi l’eau est allée ailleurs que dans ce ou ces fameux puits, il y en avait tellement et avec une telle vitesse qu’elle n’a pas suivi ses chemins habituels qui la drainent dans le puits en temps normal et a percé à travers le sol et les murs.

Beaucoup de travail de séchage, mais rien perdu et rien d’endommagé, le frigo n’a pas été noyé donc fonctionne toujours, idem pour lave-linge et sèche-linge. La flamme du ballon d’eau chaude (flamme à une dizaine de cm du sol) n’a pas été éteinte non plus. Pour la chaudière ce devrait être bon, je le saurai mi-octobre quand je la remettrai en route : si ça ne chauffe pas les tuyaux c’est que la flamme est éteinte et j’appellerai ma compagnie de gaz pour la rallumer et la vérifier (cela arrive de temps en temps de toute façon, indépendamment de toute inondation, souvent un thermocouple à changer ce qu’ils ont fait l’automne dernier). 

Je tâcherai d’être prête la prochaine fois, pour la prochaine intempérie quelle qu’elle soit comme je fais d’habitude, sans me laisser distraire ou préoccuper par d’autres soucis aussi légitimes qu’ils soient, de ne pas me dire que ça ira, comme on dit ici : se préparer pour le pire en espérant le meilleur (prepare for the worst hope for the best).

J’en viendrais presque à regretter

voiture pleine comme un oeuf

J’en viendrais presque à regretter le temps suspendu de la pandémie, où nous étions claquemurés chez nous sans bouger beaucoup, où tout était au ralenti, même après le confinement « strict » du printemps, pendant l’été et en fin d’été, la même époque de septembre l’an dernier, où nous commencions à respirer, mais sans vaccin et avec l’épée de Damoclès toujours pendue au-dessus de nos têtes, tout restait encore très calme et très ralenti. 

Alors qu’aujourd’hui tout est reparti au galop, nous courrons partout comme des poulets sans tête, comme si la pandémie n’avait pas existé (ou presque), surtout comme si nous n’avions rien appris de cette période (nous n’avons rien appris).

Tout s’est précipité pour moi, surtout depuis 15 jours, plusieurs gros chantiers, certains prévus, mais qui ont coïncidé alors qu’ils n’auraient pas dû, certains totalement imprévus comme la tempête Ida et ses conséquences) : les grands travaux de Versailles dans mon jardin et ma driveway pour réparer une fuite d’eau qui durait depuis le mois de février (et sans doute avant, février c’est quand je m’en suis aperçu lorsque j’ai vu l’eau par terre dans une des chambres du basement), fuite que je contenais tant bien que mal depuis tout ce temps (couper l’eau la nuit, la rallumer au petit matin et vider un petit container de 2 litres tout au long de la journée — fuite mal placée et pas de possibilité de mettre un container plus gros), en fait une fuite sur la ligne d’alimentation en eau de la maison, ligne qu’il a fallu re-router complètement depuis le puits, les grands travaux ont eu lieu le 26 août ; ma fille qui déménage à New York City (c’est voisin heureusement,  une quarantaine de kilomètres, moins d’une heure de route) avec donc des allées et venues pour tout transporter, plus les allers et retours à Ikea (encore 30 kilomètres) pour les meubles, courir les magasins et les sites Internet pour les achats nécessaires, les bricolages et autres montages desdits meubles Ikea ; l’opération de ma fille le 1er septembre avec tous les préparatifs et visites médicales avant l’intervention (15 kilomètres) ; et ce même 1er septembre simultanément la tempête Ida avec l’ampleur inattendue qu’elle a prise chez nous dans le New Jersey et les dégâts qui ont suivi (et encore, personnellement nous avons eu de la chance, pas grand-chose, pas d’effondrement de la maison, pas de perte de biens, juste de la moquette détrempée et à faire sécher — ce qui prend un temps fou quand un jour sur 2 il fait soit un peu de pluie et donc humide à plus de 80% d’humidité soit il y a quand même entre 80 et 90% d’humidité dehors malgré le soleil. 

En clair je suis en limite de surmenage (ou pour utiliser le mot à la mode qui veut dire exactement la même chose en burn-out). 

Hier samedi dernière journée pleine à New York City à l’appartement, pour monter la télé au mur (chose que nous n’avions jamais faite de notre vie, nous en avons vu de toutes les couleurs mon fils et moi, d’autant que nous avions des outils limités, puisqu’apportés avec nous), à manipuler et ranger après avoir transporté tout le reste du déménagement, et déchargé la voiture pleine comme un œuf, garée en double file dans la rue sur la voie des vélos — c’est comme ça qu’on fait à New York City, pas moyen de faire autrement, ce n’est pas autorisé officiellement bien entendu et ça me stresse énormément, je suis pour le respect du Code de la route, s’il y a un code c’est pour une raison et pas pour embêter les gens — dans un Manhattan hystérique et très busy dans tous les sens du terme, en mode hyperactif et avec un monde fou : les vélos partout, les gens qui circulent en vélo bleu au lieu de marcher comme avant, les livreurs à vélo, les vélos électriques qui sont des scooters qui ne le disent pas et foncent à 40 ou 50 km/heure même en dehors de leurs pistes cyclables, voire sur les trottoirs. Les vélos ne respectent pas les feux rouges de toute façon ni même les sens interdits sur leurs propres pistes cyclables. Comme elles sont étroites elles sont à sens unique, mais pourquoi se gêner, le Code de la route c’est fait rien que pour les embêter c’est connu. En plus des vélos de toutes sortes, les scooters (les vrais scooters, c’est nouveau, on n’avait pas cette plaie aux États-Unis jusqu’à présent, c’est fini apparemment) les trottinettes dont certaines sont aussi électriques et foncent à 40 ou 50 km/h, les taxis (jaunes), les voitures — tout ce trafic routier est revenu comme avant, les piétons partout bien sûr aussi — les New-Yorkais (il faisait très beau) et les non-New-Yorkais, plus tous ceux venus pour les commémorations des 20 ans du 9/11 (mauvaise planification de notre part, mais pas trop de marge de manœuvre non plus). Ne manquaient à l’appel que les touristes (les frontières avec l’Europe et le Canada sont toujours fermées — heureusement, cela faisait un poil moins de gens sur les trottoirs et à traverser inopinément les rues ), mon père gardez-vous à droite, gardez-vous à gauche comme disait l’autre.

Tout ça en plus de la gestion courante habituelle du quotidien de la maison et du jardin, plus la saison des feuilles qui s’annonce en avance (très en avance) cette année : ma driveway est couverte de feuilles tombées — vertes (qu’est-ce que cela annonce ? c’es la première fois que je vois les feuilles tomber encore vertes).

Aujourd’hui j’ai fait relâche même s’il aurait fallu encore faire sécher le sous-sol : j’ai laissé sécher tout seul avec les ventilateurs et le dés-humidificateur (qui n’ont pas pu tourner hier puisque nous n’étions pas à la maison), alors que j’aurais dû continuer à déplacer les meubles pour faire sécher en dessous et passer du produit chloré pour éviter les moisissures.

J’ai fait relâche pour éviter de m’effondrer. Déjà depuis plusieurs jours des douleurs partout et hier des douleurs à la hanche et au sternum — les positions bizarres et inconfortables quand on bricole et surtout le démontage de la moquette dans 2 placards du sous-sol en sont la cause, moquette qui était collée, clouée et agrafée ! J’étais à la limite de tituber de fatigue, je me suis tenue à la rampe à chaque fois que j’ai descendu et monté l’escalier dans l’appartement (plusieurs dizaines de fois). Nous sommes repartis mon fils et moi vers 19h30 (un trafic routier fou dans Manhattan, une demi-heure d’attente rien que pour récupérer notre voiture au parking) et, une fois sur notre autoroute I 78, j’ai roulé à 50 à l’heure (50 miles/h environ 75 km/h au lieu des 65 miles/ heure (environ 100km/h) réglementaires, qui se transforment en 75 boire 80 dans notre coin de New Jersey fou furieux au volant depuis ces dernières années) derrière une voiture qui se trainait et que je n’ai pas doublée pour avoir le prétexte de pouvoir rouler plus lentement.

J’ai fait relâche mais j’ai quand même fait quelques lessives, remis ma voiture en état (elle avait été vidée intégralement de son contenu pour pouvoir charger le déménagement et les sièges mis à plat), ventilé et aéré mon sous-sol, en ouvrant portes et fenêtres,  mais sans rien faire de physique ni de mental d’ailleurs (les tâches administratives et autres factures attendront demain).

Oui j’en viens à regretter le temps de l’an dernier où tout était plus lent — c’est quand même malheureux  qu’il faille une pandémie pour en arriver à ralentir, et encore ça n’a pas duré très longtemps.

Promenons-nous — trace

Dans un ordre d’idée voisin, le lycée de Berkeley Heights a repris en enseignement à distance exclusivement — alors que les 3 écoles primaires, la « maternelle / CP et le collège (6ème – 4ème) ont tous repris avec des cours en personne. Par par souci « d’extrême précaution » mais tout simplement par manque de professeurs qui ont soit porté pâle pour des raisons familiales et/ou de risques sanitaires ou qui ont démissionné. Donc pas assez de profs. La barrière technologique ou d’équipement n’existe pas dans notre ville puisque cela fait des années que l’école fournit des iPad à chaque élève depuis la 6ème (mon fils cadet et ma fille en ont eu: ma fille a fini le lycée en 2014, mon fils en 2016). Peut-être maintenant les écoles primaires en ont-elles aussi. Je parle maintenant avant Covid-19. Donc tous les élèves sont équipés. La seule barrière technologique est l’accès Internet mais c’est presque indépendant des revenus de la famille et très dépendant de l’incompétence notoire des fournisseurs d’accès Internet, hors opérateur historique (l’équivalent de feu nos PTT ou feu France Télécom) qui possède les lignes et est l’équipementier historique de la fibre optique. Seule la fibre (via cet opérateur) marche sans problèmes et ce n’est même pas le plus cher ou si peu, en comparaison de certains « packages » des fournisseurs de câble. L’ADSL est terriblement mauvaise et lente aux États-Unis qui connaissaient une forte implantation du câble à cause des télévisions par câble dès la fin du XXème siècle.

Donc toutes les classes du lycée se font en ligne… Sauf qu’on a fait venir tous les élèves du lycée (entre 1000 et 1200 élèves) une demie journée pour la « rentrée » début septembre.  Pour qu’ils voient leurs professeurs (lesquels ? si la moitié n’est pas là ) et qu’ils récupèrent ce dont ils ont besoin (quoi ? puisque l’iPad ils l’ont depuis des années. Même les premières années — les 9th Grade ou 3ème — ont leur iPad depuis le collège). Les fournitures censément. Quelles fournitures puisque cours et livres sont dans l’iPad ? Ce soit être le virus, promenons-nous au lycée pour voir si le virus n’y est pas.

Prendre la précaution (contrainte et forcée certes, par manque de bras, faute de combattants) de faire l’enseignement à distance et convoquer tous les élèves pour une demi-journée de présence, WTF ? Cela me rappelle les années SIDA et ceux qui utilisaient les préservatifs tout le temps sauf une fois : une fois ça va… et bam, c’était la bonne bien entendu. Les bras m’en tombent de connerie, encore une fois, Ô désespoir ! ô connerie ennemie ! N’ai-je donc tant vécu que pour cette idiotie ?

Les administrations, parce que c’est de cela dont il s’agit, les administrateurs de ces établissements (de véritables plaies et quand on parle de personnes non indispensables, en voilà)  qui donnent les directives et les ordres alors qu’ils n’ont jamais enseigné de leur vie ni mis un pied dans une classe, jamais. Mais ils savent et disent comment faire.

Comment faire ? Venez donc par ici voir si le virus n’y est pas. Pendant qu’ils sont calfeutrés tous seuls dans leurs bureaux voire qu’ils travaillent peut-être à distance en télétravail, eux…

Je suis contente mais contente de ne plus avoir d’enfants à l’école dans ce district (le dernier a fini en 2016 et ça a été épique, merci à l’administration justement, on a failli lui refuser son diplôme parce qu’il était absent la dernière semaine de cours pour une futilité : il était sur la table d’opération en urgence à l’hôpital et a failli mourir d’un fécalome cette semaine-là, quelle futilité, au lieu d’être présent en classe, quelle idée ! Le docteur qui l’a opéré et lui a sauvé la vie de justesse était folle de rage, d’autant que l’administration refusait de lui parler alors que j’avais signé toutes les décharges et autorisations, c’est une autre histoire.)

Mais cela donne une idée de l’intelligence de ces connards, le mot est faible. Et je suis contente aussi de ne plus travailler pour ce district, de ne pas risquer ma santé et ma vie avec leurs protocoles idiots. Ils font une campagne de recrutement d’enfer et ont essayé de dénicher des remplaçants à tout prix — façon de parler parce que le salaire journalier n’a certainement pas été augmenté non plus (quand j’ai quitté en 2017 il n’avait pas changé depuis au moins 2006 et sans doute avant ) — disons à toute force. Heureusement ils m’ont oubliée et je n’ai rien reçu ni pas été sollicitée, ouf !

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Note :

* WTF : What The Fuck. La traduction approximative pourrait être « c’est quoi cette merde » ou « c’est quoi ce bordel ».

Promenons-nous dans les facs (une catastrophe épidémiologique provoquée)

promenons-nous dans les facs

pour voir si le virus n’y est pas

Alors les facs (universities et collèges — rien à voir avec nos collèges qui sont ici la middle school, de la 6ème a la 4ème en général) ont repris les cours en personne à marche forcée — bien entendu. Et ce ne sont pas pour des raisons vertueuses, d’enseignement, d’éducation, mais bien pour de pures raisons financières. Le manque à gagner est tel que c’est (encore) une histoire de gros sous — très gros sous. Un étudiant ordinaire qui vient de la classe moyenne et qui ne reçoit pas de sponsorship sportif est endetté à vie la plupart du temps pour se payer ses études universitaires, même un simple master. On parle d’un coût d’études en plusieurs dizaines de milliers de dollars et cela ne comprend pas le logement ni les livres et autres matériels bien entendu. Encore plus dans les universités les plus prestigieuses, le coût augmente avec le prestige — lié la plupart du temps au renom et aux victoires de leurs équipes sportives étudiantes et non pas au renom et à la qualification des enseignants et chercheurs. Elles sont parfois excellentes, je ne veux pas dire que les enseignants et chercheurs sont nécessairement médiocres, mais ce n’est pas le critère de la notoriété et de l’attractivité des universités, y compris des plus prestigieuses. 

Les facs et les universités sont avides de cette manne de cotisations, loyers et autres frais annexes payés par les étudiants et pas prêtes du tout à y renoncer. Ce qui pose un problème —financier — de taille si les cours sont faits en ligne et à distance : les étudiants rechignent à payer cette fortune  pour « seulement » un enseignement virtuel sans présence physique et se tournent vers d’autres universités voire d’autres pays moins chers, etc.

Le but pour toutes ces universités est de faire revenir à marche forcée les étudiants sur campus. Il faut savoir que le but des universités et collèges c’est aussi de brasser et d’attirer des étudiants d’autres états. Un but d’enseignement ? Que nenni, le seul but c’est de « faire du fric » et « à tout prix ». Bref les universités et facs sont des « businesses » comme les autres et cherchent à attirer le client et sont en concurrence les unes avec les autres comme de simples magasins de vêtements ou fast foods. Des batailles de chiffonniers… mais pas pour des prix de chiffonniers.

Depuis un bon mois, depuis la mi à fin août on fait venir ou revenir les étudiants sur les campus en leur « assurant » des cours en présence physique. Les étudiants se rassemblent de fait, il y  a les « dorms » les logements étudiants sur campus où les étudiants partagent leur chambre à 2 ou à 3, le plus souvent c’est 2, mais sans toilettes… les salles de bain et toilettes sont communes.  En outre certaines fois ils font les cons et des grandes fiestas, certaines fois même pas, le simple rassemblement sur campus, dans les dorms, dans les salles de bain communes, dans les amphis, les salles de classe. Il suffit d’un, n’est-ce pas, et voilà un foyer épidémique qui est lancé joyeusement.

Et puis quoi ? Une fois le foyer épidémique bien démarré (avec certaines fois des centaines d’étudiants contaminés dans un seul campus, le 9 septembre d’après un article du New York Times ils étaient déjà plusieurs milliers), il faudrait fermer : non, si possible, non, à tout prix ne pas fermer !Donc on renvoie les étudiants positifs au Covid-19, avec ou sans symptômes, mais positifs, malades ou pas malades chez eux, certains bien malades qui tiennent à peine sur leurs jambes. Vous ne voudriez pas qu’on les confine sur campus en plus ? Ce n’est pas l’assistance publique ici, mais un business bien juteux. Et on veut éviter que ces étudiants positifs contaminent les autres, il faut surtout qu’on puisse continuer à laisser l’université ou le campus ouvert.

On les renvoie chez eux maintenant qu’ils ont eu la mauvaise idée d’attraper le virus (et d’attirer l’attention des infectiologues et épidémiologistes voire des autorités de santé publique sur telle ou telle université). Chez eux c’est partout aux États-Unis, c’est dans un des 50 états. Donc un foyer localisé dans une université ou un campus est ainsi dispersé allègrement et méthodiquement partout sur le territoire américain. D’autant plus qu’un étudiant quand il rentre « chez lui », il rentre en général chez ses parents / grands-parents et. Certains habitent aussi dans des zones rurales plus épargnées par la contagion — plus pour longtemps donc. Surtout quand ces zones de moindre densité de population ont aussi une moindre densité d’hôpitaux et cliniques, avec moins de lits de soins intensifs ou de réanimation, si même il y en a.

C’est ainsi que l’on construit une catastrophe épidémiologique de toute pièce, qui se rajoute à la catastrophe épidémiologique déjà existante. On en rajoute une grosse louche que l’on aurait pu éviter — n’était l’avidité et la cupidité des rapaces humains.

Aujourd’hui  on ne peut plus dire qu’on ne sait pas, les scientifiques, épidémiologistes, infectiologues commencent à avoir une meilleure vision de la dynamique de propagation de ce virus même s’il reste encore  grandement inconnu. Ces scientifiques sont désespérés par ces mesures et ces façons de faire — hautement discutables du point de vue moral — qui sont une pure absurdité médicale : c’est la pire chose à faire durant une pandémie et notre pandémie si féroce.

Le bon sens paysan qui est le mien me dit la même chose, renvoyer des étudiants qui se sont brassés, se sont infectés mutuellement dans tout le pays et, pire encore, dans des petites communautés isolées qui ont eu par leur isolement la chance d’être peu ou prou épargnées est une catastrophe à double titre quand ces régions peu peuplées et isolées sont aussi moins bien équipées en hôpitaux et centres de soin, médecins, etc. Certaines fois l’hôpital à même de prendre en charge des patients Covid-19 gravement atteints est à plusieurs heures de route.

Dans notre tri-state (New Jersey, New York state et Connecticut) je ne sais pas le détail de la situation. Il y a trop d’universités et collèges pour le savoir, il faudrait regarder chacun. Ils sont autorisés à rouvrir, mais peuvent choisir de se tourner vers un maximum d’enseignement en ligne et de limiter l’enseignement en présence physique le plus possible. J’ai vu que la NYU (New York University) par exemple fait tester systématiquement ses étudiants qui arrivent d’autres états, deux fois, une fois dans les 24 heures de l’arrivée puis encore une fois 7 à 10 jours plus tard), ils sont soumis aussi à une quarantaine obligatoire de fait, avant tout résultat de test. 

Ce qui est en phase avec le reste des restrictions de déplacements et voyages vers notre tri-state : nous avons des quarantaines obligatoires de 14 jours pour tous les voyageurs venant de 30 à 35 états (y compris les résidents du tris-stade qui reviennent de voyage dans l’un de ces états ). Le nombre d’états sur la liste de quarantaine fluctue entre 30 et 35, selon les pics épidémiques, les taux de positivités et autres indicateurs de circulation du virus dans les autres états américains.  Il faut noter que cela représente donc entre 30 et 35 états sur un total de 47 autres états plus Washington DC. Il y a 50 états (plus DC), mais les 3 états du tri-state sont dirigés de façons synchrones quant aux restrictions et toutes choses relatives au Covid-10. Ce qui représente selon les semaines des restrictions de déplacements vers notre tri-state pour les 3/4 (75%) des autres états américains.

La vague de froid dans le New Jersey et les incendies de Californie

Lundi 14 septembre, le matin de la prise de sang, donc levée à 6 h, j’ai vu cette lumière orangée sur les arbres encore bien verts de mon backyard, couleur que j’ai mise sur le compte du lever de soleil même si elle était très exacerbée et pas du tout dans l’axe direct du soleil (elle était dans l’ombre de la maison à vrai dire) et qu’elle a duré bien après 8 h et même jusqu’à 10 h.

Le lendemain mardi 15 nous avions un rendez-vous médical plus tardif donc je me suis levée vers 8 h et même chose. Ce qui m’a semblé un peu bizarre puisque le soleil était levé depuis longtemps et encore une fois cette lueur orangée sur mes arbres a duré jusqu’à 10 h passées.

Puis dans la journée le ciel était gris mais sans nuages et sans pluie ultérieure alors qu’en septembre nous avons toujours du beau ciel bleu bien vif. C’est cette absence de nuages tout en étant gris comme par temps couvert qui m’a aussi intriguée.

Je n’ai pas vraiment réalisé même si le premier matin j’ai pensé fugitivement aux lumières orange que j’ai connues à Cannes et sur la Côte d’Azur quand il y avait des incendies dans l’Estérel voisin. Mais je n’ai pas poursuivi mon raisonnement, j’ai secoué d’un haussement d’épaules cette pensée furtive, il n’y avait aucun incendie dans le coin et les seuls incendies, celles de Californie, Oregon et Washington State étaient loin. Ce ne pouvait pas être ça, cela devait être un lever de soleil exceptionnel (plusieurs). Pourtant c’était bien ça. J’ai lu quelques jours après seulement cette explication donnée par monsieur Météo : les incendies en Californie étaient la raison du ciel gris uniforme que nous avons eu dans le Nord-Est la semaine passée.

Le maximum de cet effet curieux a été observé le mercredi 16, ce que j’ai remarqué aussi lorsque je me suis levée vers la même heure, vers 8 h. Ce sont les fumées en haute altitude vers 10,000 mètres qui bloquent les rayons du soleil, d’où d’une part le ciel gris uniforme mais sans nuages et d’autre part la baisse importante des températures toute cette semaine passée. 

Jeudi et vendredi les fumées ont ensuite été balayées par le courant de la masse d’air froid en provenance du Canada, ce qui a encore accentué la plongée des températures.

Donc cette vague de froid un peu longue (plus longue que d’habitude en septembre) et la chute des températures ont été d’abord dues aux fumées des incendies en hauteur dans le ciel (10,000 m donc pas de quoi nous altérer la qualité de l’air, une chance) qui ont bloqué les rayons du soleil puis au coup de froid normal de septembre qui annonce l’entrée dans l’été indien (quand il se produit ce coup de froid, cela n’a pas été le cas globalement ces dernières années où il a fait chaud tout le mois de septembre plus ou moins et où nous n’avions pas vraiment eu d’été indien). Cette année donc les courants d’air froid usuels qui ont au moins évacué ces fumées en haute altitude mais du coup ont empiré le froid qui s’était déjà installé par réflexion vers l’espace des rayons du soleil. La plongée dans le froid initiée par les fumées a duré bien plus longtemps donc il a fait plus froid que de saison parce que la terre et l’air ont bien refroidi.

Moi qui prends tout le temps des photos, je n’ai pas eu le réflexe de photographier cette lumière fortement orangée du matin ni ce ciel gris uniforme. 

Elle n’y est plus depuis ce week-end environ (19 et 20 septembre) et aujourd’hui 23 septembre le temps redevient de saison avec des températures plus douces dans la journée entre 21 et 27 degrés et fraiches la nuit alors que pendant ces derniers 10 jours nous étions descendus à 6 degrés la nuit et 18/19 au plus chaud dans la journée, au point de devoir rajouter des couvertures et de mettre pantalons et manches longues.

Maintenant qu’outre le froid induit par les fumées, nous avons eu notre coup de froid normal nous devrions entrer dans l’été indien qui peut se prolonger jusqu’à mi-novembre certaines années. Mais après cela va très vite et les derniers 15 jours de novembre on passe des manches courtes et températures autour des 20 degrés à la neige qui arrive des les premiers jours de décembre voire exactement le 1er décembre (dans les années normales, quand la météo n’était pas encore affectée par le changement climatique).

Mais je n’aurais jamais pensé que nous verrions directement un effet des incendies de Californie et du Nord Ouest. Ils ont lieu à plus de 4500 kilomètres de chez nous !

Courses du 18 septembre 2020

En partance pour les courses 18 septembre 2020

La dernière fois que j’ai fait les courses alimentaires c’était il y a un mois, le 18 août et je m’étais fixé comme objectif d’y retourner un mois plus tard. Ce que j’ai fait ce18 septembre qui tombait un vendredi, un jour de semaine, ce qui est mieux pour éviter d’avoir trop de monde et pas un lundi non plus, pour avoir de meilleures chances de rayons approvisionnés.

sur le départ

Comme d’habitude depuis notre nouvelle vie de pandémie, j’y suis allée de bon matin, vers 8 heures pour éviter le monde. Procédure habituelle de gants, lingettes, cartes de fidélité et de paiement dans la poche pour ne rien à avoir à tripoter dans mon sac etc.

arrivée au magasin

Les rayons ne sont pas pleins, il y a à peu près de tout mais pas en dans les mêmes quantités qu’avant la pandémie et il y a toujours des articles absents — les lingettes désinfectantes au chlore. Absolument introuvables où que ce soit.

Cette fois il n’y avait pas non plus de papier essuie-tout. Le papier toilette, c’est revenu depuis fin juin ou début juillet mais la moitié de ce rayon qui contient d’habitude le papier essuie-tout était intégralement vide, comme en mars ou avril. Pourtant depuis il y en a eu en magasin du papier essuie-tout : les dernières fois que j’ai fait les courses en juin juillet et août il y en avait. Cette fois plus un seul rouleau essuie-tout. Ce qui confirme qu’il faut toujours avoir un petit stock d’avance d’à peu près tout, on ne peut pas vivre comme avant à flux tendus et acheter à la volée. Ce qui est valable pour mon organisation domestique est aussi valable au niveau industriel d’ailleurs mais certains ne semblent toujours pas l’avoir compris.

D’autres choses que certains n’ont toujours pas comprises : parmi les employés qui remplissaient les rayons, deux qui étaient réticents au masque — le masque est obligatoire dans les commerces et supermarchés et dans tous les endroits publics où il y a du monde, d’autant plus quand c’est à l’intérieur. Obligation par ordonnance du gouverneur de l’état du New Jersey.

Donc ces employés : l’un caché derrière ses piles de pain de mie dont il remplissait les rayons avait carrément le masque sous le menton. J’ai vu ça de loin, j’ai fait demi-tour et suis allée dans une autre allée. Je cherchais quelque chose, il aurait pu sans doute me renseigner mais je me suis bien gardée d’approcher et de lui demander. L’autre caché lui aussi, derrière des piles de bouteilles d’eau minérale avait sont masque sous le nez. J’allais donc faire demi-tour d’autant que je n’avais pas besoin de m’avancer plus dans cette allée où je n’avais rien d’autre à acheter quand j’ai vu passer au bout de l’allée une femme avec un gilet de Stop and Shop qui devait être un manager : du coin de l’œil j’ai vu que l’employé avec son masque sous le nez le remontait précipitamment sur son nez. La femme était donc bien une manager comme je le pensais et quand il a vu passer son manager il a vite remonté son masque : il s’est senti merdeux — il l’était et je suppose aussi que c’est une cause de licenciement en ce moment.

Ces deux-là étaient tous les deux des hommes et relativement jeunes, moins de 30 ans.

Ils sont pitoyables et, non, ce n’est pas comme la ceinture de sécurité ou le casque de moto. Après tout dans ces cas-là ça ne nuit qu’à eux s’ils ont un accident et qu’ils sont blessés ou tués, tant pis pour eux. Dans le cas des masques, c’est la communauté, ce sont les autres qu’on protège plus que soi-même. En vrai ce n’est pas seulement pitoyable, ce sont des morons comme on dit ici (des crétins).

Mais j’ai vu pire ce jour-là, toujours dans ce magasin, une première d’ailleurs : un homme qui faisait la revue des stocks — au niveau du rayon froid, saucisses et viande, encore mieux ! Manifestement cette fois c’était un gars de niveau supérieur, soit manager en chef ou directeur adjoint, ce genre-là, un gars entre 50 et 60 ans. Il faisait le point des rayons avec un bloc-notes, comme on en voit régulièrement le faire : eh bien lui n’avait absolument aucun masque, même pas sous le menton,  aucun !  C’est formellement interdit mais à tous les coups il devait avoir une « bonne raison » voire une prescription médicale. Soit dit en passant, quel docteur est assez moron, abruti, pour délivrer ce genre de prescription. Si le gars ne peut médicalement pas porter un masque (WTF ! ) eh bien il est sans doute incapable médicalement de travailler aussi. Il ne faut rien exagérer, les masques chirurgicaux ou médicaux jetables, les bleus, ne sont pas si pénibles à porter que ça et n’empêchent absolument pas de respirer. Je n’en reviens toujours pas ou cela parait tellement énorme alors que c’est obligatoire par ordonnance du gouverneur, d’autant plus pour quelqu’un qui travaille dans le supermarché. Et  même s’il avait une bonne raison ( sic !  je n’y crois absolument pas aux bonnes raisons, j’appelle ça de la foutaise d’autant plus quand on travaille dans le public, dans un magasin alimentaire et encore pire, au rayon froid et viande — on se souvient des foyers d’envergure dans les abattoirs ) mais même s’il avait eu une prescription médicale contre le masque, il aurait pu (il aurait dû) avoir au moins un écran en plastique — là il n’y a absolument aucune, mais alors aucune, contre-indication ! Déjà que pour le masque, je répète, j’en doute fortement des contrindications médicales. Ou alors si on en est là, on n’est certainement pas apte à travailler. D’autant que ces écrans en plastique transparent, on les trouve facilement, ils sont peu chers et réutilisables après désinfection ou lavage au savon. Donc aucune excuse.

Cerise sur le gâteau, Ô rage ô désespoir ! ô connerie ennemie ! encore une fois : le pire c’est que ce gars sans masque aucun, eh bien il se raclait la gorge bruyamment et toussotait bref expectorait ! Tout ça sans masque, le pire du pire . Et surtout pas dans son coude ni même dans ses mains ni un mouchoir, rien. Il expectorait bruyamment à tout va pour bien en faire profiter tout le monde autour. (Il y avait en plus un autre employé, masqué lui, qui travaillait avec lui, à 2 pas de lui.)

J’étais loin, à bien plus des 2 mètres, sans doute 3 ou 4 mètres quand je l’ai vu et surtout entendu et j’ai vite filé encore plus loin.

Quant aux clients dans le supermarché, ils avaient tous un masque, correctement mis, qui couvrait nez et bouche.

La seule personne qui est venue près de moi mais qui était masquée comme il faut et avait aussi des gants c’était à la caisse automatique pour m’aider. Il y a toujours un truc qui ne passe pas et comme j’avais beaucoup de sacs elle m’a aidée avec mes sacs et rempli un caddie vide avec mes sacs pleins d’articles déjà scannés qui s’empilaient (après m’avoir demandé la permission de le faire et en restant le plus loin possible, elle s’est seulement approchée plus près au moment où il a fallu débloquer un ou 2 produits). Mais premièrement c’était une femme (il y a bien sûr des femmes réticentes au masque et morons mais globalement j’ai remarqué que les femmes observaient plus volontiers le port du masque. Deuxièmement c’était une Asiatique. Je sais qu’en nos temps de confusion mentale et d’exagération politiquement correcte il ne faut rien dire de ce genre mais les Asiatiques en général et en particulier n’ont pas nos états d’âme d’enfants pourris gâté sur les masques. On l’a bien vu en Asie avec cette crise et avec les crises sanitaires précédentes et dans la vie en général. Au moindre doute les Asiatiques portent un masque. La logique imparable puisqu’on sait depuis une bonne centaine d’années que le masque est une des meilleures barrières pour les infections respiratoires, c’est que dans le doute qu’il vaut mieux le mettre pour rien, que ne pas le mettre et se trouver finalement dans une situation de contamination. Le mettre pour rien ne nuit pas, le contraire si.

Et ici dans le New Jersey les premiers à porter des masques c’étaient les Asiatiques justement, dès qu’il y  en a eu un petit peu de disponibles. Et avant ça ils mettaient des écrans en plastique puisqu’il n’y avait rien d’autre pour protéger les autres et se protéger. Une de mes élèves de tai-chi (originaire de Singapour) me l’avait dit lors d’une de mes premières classes sur Zoom : au début, quand on ne trouvait pas encore facilement des masques voire pas du tout elle a tout de suite investi dans un écran et ils étaient chers à l’époque, entre 20 et 30 dollars pièce. Elle avait payé le sien 29 dollars ! Sans rechigner, la santé et la protection passaient avant tout. Heureusement ils sont maintenant 10 fois moins chers, entre 2 et 3 dollars pièce.

après les courses
après les courses

Malgré ces petits incidents — qui pourraient être graves, je parle surtout du gars qui toussait et crachait ses poumons en plein magasin—  j’ai fait des énormes courses. Énorme total aussi. J’en ai acheté plus que d’habitude et aussi les prix ont augmenté. D’autant que ce magasin en centre-ville de Berkeley Heights est cher, je ne m’en servais ces dernières années que pour les produits que je ne pouvais trouver ni chez marchand de légumes et produits frais ni au club d’achat en gros. Je faisais le principal entre ces 2 endroits et complétais ponctuellement avec mon supermarché Stop and Shop.

Énormes courses 18 septembre 2020

Mais depuis la pandémie je ne suis plus allée chez mon marchand de légumes (raisons expliquées ici), ni au centre d’achat en gros (raisons expliquées ci-dessous). Par contre je commande tout ce qui peut se faire expédier par paquet postal ou UPS à ce centre d’achat en gros. 

J’ai décidé que je ne retournerai pas faire les courses alimentaires avant début novembre, donc dans un mois et demi cette fois vu la note que j’ai eue. Aussi, entre-deux pour faire la jonction, je vais retourner chez mon marchand de légumes et produits frais maintenant que ma fille m’a dit qu’ils ont installé les écrans pour les caisses et que tout le monde (enfin en théorie) a un masque et que c’est obligatoire à l’intérieur des magasins (en théorie). Ceci dit ce sont des Coréens qui sont les patrons et propriétaires de ce magasin de légumes même si les employés et caissiers sont plutôt sud-américains. Donc il y a de fortes chances que la règle du masque soit bien observée et encore plus pour leurs employés. 

De toute façon ma règle de base en ces temps de pandémie, c’est que si je ne le sens pas ou si je suis mal à l’aise je m’en vais voire je n’y vais pas du tout. Il faut se fier à son instinct, à ces tripes. Encore plus ces temps-ci.

J’irai de bonne heure parce ce magasin est vraiment petit mais les prix pour le pain et les fruits et légumes sont vraiment plus raisonnables que le supermarché. Il me faut certains fruits comme citrons, mangues, oranges, mandarines, avocats, tout ce que je ne peux pas avoir par la livraison des produits des fermes locales en fait, mon « panier » de fermes. Pour le gros des légumes qui peuvent pousser ici dans le New Jersey, je continue mon abonnement au panier de fermes bien entendu.

Quant au centre d’achat en gros, BJ’s, j’évite parce que c’est sur la grande route commerciale 22. Il y en a peu dans le New Jersey de ces grands entrepôts de vente, contrairement à un supermarché ordinaire, donc ça brasse une population de plusieurs villes et comtés des environs — ce n’est même pas dans ma ville. Alors que le supermarché de Berkeley Heights brasse essentiellement des habitants de Berkeley Heights puisqu’il y a un voire 2 de ces supermarchés dans chaque petite ville— aucune raison d’allier dans des villes éloignées pour aller dans un supermarché puisqu’on a le même dans sa propre ville ou la ville toute voisine (Gillette pour moi puisque c’est même plus proche que mon centre-ville de Berkeley Heights). Et on sait que le virus aime le brassage de population. Donc c’est mon raisonnement. Le club d’achat permet en outre d’acheter certains articles non périssables ou des articles de ménage et nettoyage par Internet avec expédition postale et j’y fais les courses de cette façon maintenant.

Redevenir sale comme avant — trace

Je rêve de redevenir sale comme avant.

Il faut bien se rendre compte que maintenant nous effectuons de façon routinière des protocoles de nettoyage de niveau médical, chez nous, dans nos propres maisons, sur nous, sur nos propres personnes —sans jeux de mots — des désinfections rigoureuses réservées auparavant au personnel médical et dans un contexte médical.

À être trop propres, si cela devait rester, ne risque-t-on pas de perdre toute immunité ?

D’autant que les personnels médicaux n’appliquaient sans doute pas ces procédures ensuite chez eux, dans le civil. Maintenant il leur faut les appliquer aussi une fois de retour dans la vie civile, et peut-être encore plus pour eux que pour nous, quand ils rentrent chez eux, pour ne pas apporter avec eux la charge virale à laquelle ils sont confrontés tous les jours dans l’exercice de leurs fonctions de personnel soignant.

Mais à force de vivre dans des lieux avec des objets, des corps, surdésinfectés, ne risque-t-on pas de perdre toute immunité ? Ou plutôt notre système immunitaire ne risque-t-il pas non seulement de ne plus savoir faire mais également de devenir paresseux ? Ou encore pire oisif, et, par ennui et inactivité trop longue, de se retourner contre nous ?

On savait déjà (bien avant la pandémie) que les sociétés trop propres voient un développement outrancier des maladies auto-immunes, justement dues à l’oisiveté de notre système immunitaire qui s’ennuie et n’ayant plus aucun pathogène extérieur à attaquer, s’en prend à nous-mêmes. Sur le sujet on peut lire (notamment mais pas seulement, ce sont des faits très documentés et connus) l’excellent livre, Le charme discret de l’intestin de Giulia Enders où l’auteur (un médecin spécialisée en gastro-entérologie) faisait une petite apologie de la saleté ou du moins  de la non-désinfection dans le cadre domestique. Elle avait raison dans la vie d’avant en général — malheureusement plus maintenant ou plus exactement elle a raison en général sauf avec ce virus en particulier, ce virus et sa virulence, sans précédent connu ni documenté. Quoique peut-être sommes-nous tout simplement immatures ou pas encore assez avancés sur le plan scientifique et médical pour ce type de virus. Comme nous étions démunis et impuissants lors des siècles passés, face aux bactéries et virus provoquant des maladies considérées bénignes et courantes maintenant mais qui entrainaient des hécatombes chez nos ancêtres il n’y a pas si longtemps encore.

Étions-nous si résistants jusqu’à présent avec nos manières de vivre « sales » ou plutôt ce virus « étranger » dans le sens alien presque extraterrestre — nous avons mis plusieurs milliers d’années avant de le rencontrer — est-il  spécialement contagieux ? 

(Alien : il vient presque d’une autre planète, d’un autre espace du moins. La voilà l’invasion des aliens tant redoutée par les Américains (une de leurs obsessions)  — les aliens ne sont pas venus d’autres mondes, d’outre espace mais de l’intérieur de notre monde, de ses confins où l’homme n’allait pas se promener, sous la forme d’un virus en lieu et place des monstres décrits dans les séries catastrophes à grand spectacle, un simple brin d’ARN même pas vivant.)

En tout cas, j’aimerais tant redevenir sale comme avant — ce n’est pas demain la veille.

(texte ébauché dès le 10 avril 2020 autour de pensées qui ont continué à me hanter depuis, réflexions d’ordre philosophique basées sur un certain nombre de faits médicaux et scientifiques connus et reconnus depuis un bon moment)

Ce matin à la prise de sang

Ce matin à la prise de sang la technicienne n’arrivait pas à déchirer à la main le gros bandage autocollant qui devait maintenir ma compresse après la prise de sang. 

Pendant qu’elle bataillait je lui dis : « Ah, on ne peut plus déchirer avec les dents, on aimerait toujours pouvoir faire ça… » et j’ajoutai « il faut bien rire un peu. »  J’ai vu ses yeux se plisser d’un sourire (puisqu’elle avait un masque bien entendu) et elle me répondit « oui. »

Je continuai : « Pas que vous fassiez réellement ça dans un contexte médical… mais qu’est-ce qu’on était sale avant.»

Là, elle répondit : « Oui. Et on survivait… »  [en étant sale]

J’aimerais tant pouvoir être sale à nouveau — modérément sale, il ne faut rien n’exagérer non plus, pour la plupart nous n’étions pas outrancièrement sales quand même, surtout en regard des siècles précédents. Mais avoir droit à l’erreur, de se toucher le visage sans s’être désinfecté médicalement les mains, de faire une petite erreur — ce qui était alors une petite erreur et qui ne prêtait pas à conséquence ou si peu, au pire un petit rhume, une vague diarrhée, la plupart du temps rien — dangereuse voire funeste maintenant.

En route pour la prise de sang – 14 septembre 2020

Pandémie et manque de sommeil

Clous en rouleau pour le pistolet à clous façon mitrailleuse

Depuis une vingtaine d’années je n’ai pas le meilleur des sommeils et ça ne s’améliore pas avec l’âge la ménopause et les moments épisodiques de stress évidemment. Ce n’est rien de dire qu’en ces temps de pandémie mon sommeil est encore pire que ce qu’il était avant. On va dire que le moment épisodique de stress est un moment continu de stress. Sur durée longue et indéterminée.

Je m’en suis accommodée et sais qu’il vaut mieux ne pas résister, qu’il faut accepter le fait, rallumer dans mon cas et lire quelques lignes d’un livre en papier ou d’une revue en papier — j’insiste sur le papier. J’ai toujours su d’instinct que toutes ces machines électroniques diverses et variées avec un écran étaient excitantes. Il n’ y a qu’à voir le nombre de gamins qui ont le syndrome ADHD (hyperactivité et déficit d’attention) — bien plus que dans ma jeunesse où c’était plutôt exceptionnel. Il m’est arrivé les dernières années d’avoir des classes où la moitié des élèves étaient comme ça ou proches de ce syndrome même sans en avoir la catégorisation officielle. L’abus de sucres en tous genres n’explique pas tout. Bref je l’ai toujours pensé ou su instinctivement — du gros bon sens. Maintenant c’est complètement passé dans les connaissances grand public, je ne passe plus pour une rétrograde illuminée quand je le dis, les études scientifiques documentées et robustes abondent et les médecins le prennent en considération quand ils enquêtent et essaient de diagnostiquer des troubles du sommeil. Cela fait partie des questions de routine du médecin que de demander si on a de l’électronique au lit. Fin de la digression. 

Donc je lis quelques pages ou lignes : quelques lignes dans le meilleur des cas suffisent à me rendormir, quelques pages dans le pire des cas. Dans les cas extrêmes au moins j’avance une de mes lectures, je finis un livre. J’ai toujours un gros choix de livres en cours ainsi que beaucoup de nouveaux livres à côté de mon lit pour ne pas avoir à me lever.

Le mieux c’est la poésie, d’autant que c’est souvent court donc cela empêche de vouloir continuer un chapitre ou un passage qui serait prenant. Et dans la poésie le mieux c’est encore les haïku. En plus ils sont généralement calmants par leur nature même et leur atmosphère aussi la plupart du temps. Les essais philosophiques ou littéraires et scientifiques sont bien aussi par leur absence d’émotion induite — éviter à tout prix les essais et commentaires politiques surtout en ce moment et quand je dis en ce moment ça date d’avant la pandémie. Avec l’agent orange et consort, face de bouc et compagnie (le livre sur Cambridge Analytica était terrible et m’a occasionné des nuits presque blanches mais c’était en novembre ou décembre dernier, à un moment où, au moins, je n’avais que ça qui m’occasionnait des insomnies et pas encore la pandémie, qui est quand même le premier facteur de mon mauvais sommeil actuel.

Ces temps-ci outre la pandémie le stress induit et la ménopause (deuxième facteur qui était jusqu’à la pandémie le premier, il faut bien le dire), ces temps-ci donc, il y a aussi une raison purement matérielle au manque de sommeil. Je m’endors très tard puis j’ai des réveils plus ou moins longs au cours de la nuit et comme en ce moment nous sommes tous à la maison (pas besoin de conduire ma fille à la gare avant 7 heures du matin), nous dormons un peu plus tard. Mais ça, c’était pendant le confinement strict (pseudo strict il ne faut rien exagérer non plus, en Argentine par exemple ils ont eu bien pire en guise de sévérité de confinement. Depuis qu’on a commencé à rouvrir le New Jersey, les travaux non essentiels ont été autorisés à reprendre et le chantier de la maison d’à côté (démolition et reconstruction sur la même surface d’occupation du sol) qui n’avait pas eu le temps de vraiment commencer (c’était aussi l’hiver avec froid et risques de neige puis la pandémie a commencé début mars) a repris son activité. Les travaux ont commencé donc toute la journée nous avons du bruit ce qui est déjà fatiguant en soi. Notamment depuis qu’ils travaillent sur la carcasse de la maison, pas seulement la charpente puisque les maisons américaines sont intégralement en bois sauf les fondations : la rafale des pistolets automatiques à clous (nail gun) est un summum du genre. Non seulement toute la journée nous avons du bruit mais le pire c’est qu’ils commencent tôt le matin et quand je dis tôt c’est tôt : certaines fois c’est avant 7 heures (j’ai vérifié le code municipal, malheureusement l’heure légale c’est 7 heures en semaine pour ce genre de travaux). Quand on a mal dormi ou peu dormi, 7 heures c’est tôt, d’autant que nous n’avons pas besoin de nous réveiller de bon matin. Souvent c’est 7 heures moins dix, une paire de fois je crois que ça a même été 6 heures et demie ou plus tôt mais ça ne s’est plus reproduit récemment.

Alors ces travaux empirent mon déficit de sommeil. Nous sommes contents le dimanche d’autant que, oui, il arrive qu’ils travaillent le samedi aussi (c’est malheureusement autorisé, et je pense qu’ils rattrapent le temps du confinement ). Il est arrivé au début qu’ils travaillent aussi le dimanche. Nous sommes contents aussi les jours fériés. Il y en a eu un récent, le lundi 7 septembre, Labor Day, et le samedi de ce long week-end, ils n’avaient pas travaillé non plus. Le dimanche, c’était donc le silence et la possibilité de dormir un peu le matin. Par contre patatras le lundi férié ils ont travaillé. Un peu plus tard, vers 8 heures mais quand même (ce n’est pas autorisé selon le code municipal, le dimanche non plus d’ailleurs… ) J’aime aussi les jours de grosse pluie parce que souvent ils ne viennent pas non plus, ou plus tard. Quoique maintenant que la structure et le toit sont posés ils peuvent travailler à l’abri dedans.

En plus, c’est culturel, un Américain est sonore et bruyant, encore plus quand il travaille d’autant qu’il est (sur) équipé de machines et de zinzins encore plus qu’ailleurs, encore plus gros et plus bruyants qu’ailleurs. Et ce pistolet à clous (une mitrailleuse à clous de fait qui tire en continu et en rafale) comme je disais c’est une horreur. Mais il y en a d’autres. Pour commencer le générateur électrique (groupe électrogène portable) et certaines fois il y en a 2 qui fonctionnent en même temps et un groupe électrogène à essence c’est extrêmement bruyant. Les fenêtres de ma chambre et de celle de ma fille donnent en direct sur le chantier… donc nous sommes aux premières loges pour le bruit. Je n’ai pas compris pourquoi is utilisent des groupes électrogènes puisqu’en démolissant l’ancienne maison ils ont pris soin de conserver le pan de mur qui comportait le compteur électrique qui est resté connecté au secteur — il suffirait de payer un abonnement et ils auraient le jus avec moins de bruit.

De temps en temps, un vendredi ou un samedi on a une bonne surprise, même s’il ne pleut pas ils ne viennent pas et nous pouvons dormir. Par 3 fois au moins, un de ces samedis ou vendredis forts rares, pour une fois qu’il n’y avait pas les ouvriers, eh bien c’est mon fils en France qui m’a réveillée en me téléphonant à tout juste 8 heures.

Je laisse toujours mon téléphone portable (smartphone) allumé la nuit depuis que mon fils cadet a été attaqué. C’était il y a 4 ans environ, il a été attaqué sur Internet au milieu de la nuit, alors qu’il était dans sa chambre à la maison, un jour où, par chance, j’avais laissé mon smartphone allumé toute la nuit puisque ma fille était sortie et que je ne l’avais pas entendue rentrer. Donc je l’avais laissé allumé. Avant cet épisode je ne le laissais allumé que quand les enfants sortaient et l’éteignais dès je les entendais rentrer. Je l’éteignais aussi pour la nuit  si personne ne sortait et tout le monde était à la maison. C’est une autre histoire que je raconterai peut-être une autre fois mais j’avais heureusement pu intervenir parce qu’un de ses copains, en désespoir de cause, m’avait appelée au secours pour mon fils. Et nous dormions tous dans nos chambres, dont son grand frère en visite dans la chambre juste à côté, sans avoir rien entendu. Toujours est-il que depuis ce jour-là je n’éteins plus jamais mon smartphone. Donc quand mon fils aîné me téléphone (il appelle toujours sur le portable puisque c’est en visioconférence et qu’on ne paye rien) il me réveille s’il est inattentif à l’heure, avec en outre le décalage horaire de 6 heures (ce qui arrive aussi, les coups de fil à 5 heures du matin j’ai donné ! ) Il s’est amélioré c’est plutôt vers 8 heures ces derniers temps (involontairement puisque c’est quand son employeur le lâche, le vendredi après-midi vers 14 heures en France donc 8 heures du matin pour moi). Il arrive qu’aléatoirement un vendredi ou un samedi il appelle tôt et c’est toujours quand les ouvriers nous avaient justement laissés dormir. Quand les ouvriers travaillent dès 7 heures un vendredi ou un samedi, ce sera la fois où mon fils appellera vers 11 heures.

Je l’engueule gentiment mais comme il vit loin  je veux lui parler et je décroche. Ce n’est pas si souvent qu’il peut appeler, en général en semaine il n’a pas accès à son portable et lorsqu’il est en mission non plus. Il peut se passer plusieurs semaines sans qu’il puisse me téléphoner, alors quand il sonne je décroche. D’autant que ce n’est pas cet été que j’ai pu le voir…

Ce matin a été l’un de ces jours sans ouvriers où il m’a appelée alors que je me suis endormie vers 1 heure 30 puis réveillée vers 2 heures et que j’ai vu 3 heures en lisant au lit. J’en ai été vaseuse toute la journée sans pouvoir ne rien faire de vraiment productif.

Demain c’est samedi, il doit faire beau. Qui va me réveiller tôt, les ouvriers ou mon fils ? Surtout que chaque soir c’est la loterie pour savoir si j’aurai du mal à m’endormir ou pas. Je m’endors à 1 heure 30 ou 2 heures quand ça va et certaines fois, crise d’angoisse et de stress et je vois défiler 3 heures voire 4 heures du matin.

Chantier de la maison d’à côté : evolution du chantier entre juin et août

Le Turc de la station à essence Getty de Berkeley Heights dans le New Jersey

La station Getty aout 2002-1

La station Getty – photo prise en août 2002 peu après notre arrivée

Comme le titre d’un roman que Japrisot aurait écrit en Amérique avec des personnages américains pur jus.
Le Turc de la station à essence Getty de Berkeley Heights dans le New Jersey.

Au bas de ma rue.
Une histoire d’immigrant, encore.
Toujours.
Banal, extraordinaire.
Une histoire comme tant d’autres, interchangeable, pourtant unique, simplement universelle.
Une histoire de vie humaine, de destinée, inexorable inoxydable broyant et emportant le fétu de nos pailles. Une petite histoire dans le vent de la grande, une petite brise dans la tourmente des grands mouvements du siècle, des siècles. Juste un homme parmi des milliards, cette vie humaine-là, cet homme-là, lui.
Le Turc de la station essence Getty à Berkeley Heights, New Jersey.

Il est apparu un jour ou un autre cette fin d’été, avec les nouveaux propriétaires – qui sont-ils, comment en sont-ils venus à trouver et employer cet homme-là, lui entre tous, ce Turc-là , cet être humain venu du bout du monde se perdre au bout d’un autre monde, pays gigantesque sur- et sous-peuplé comme son pays d’origine ?
D’où vient-il  ?
Où ira-t-il après ?
Quelle est son histoire dans le vent des mondes ?
Quel sera son destin petit ou grand ? Immense à son échelle, infime aux yeux des autres. Une paille, grain de sable dans l’océan, brillant dans le creux de ma main.
Quel a été son chemin ? Nul ne le saura ou si peu de gens, quelle importance, toutes les importances…
Qui a présidé à sa destinée, au croisement de nos histoires le temps bref d’un échange de quelques mots en faisant le plein de ma voiture ce soir-là de septembre, précisément ?
Qu’est-ce qui a concouru à cette rencontre inopinée inattendue inimaginable ? Banale, incroyable, unique, toutes les histoires se ressemblent, tous les êtres humains, la magie est dans le regard qu’on porte, notre compassion, ma compassion.

Il baragouine un anglais taché de fort accent étranger, le parle mieux qu’il ne le comprend – il n’a pas besoin de comprendre beaucoup pour faire ce travail. Je lui demande le plein, il comprend deux gallons, s’en étonne, nous rions. Comme si ma voiture pouvait s’en contenter…
Je ne porte pas d’alliance, il m’entreprend dans cet anglais poussif qu’il a dû apprendre sur le tas très vite – adaptation brute de survie pour exercer un métier dans cette ville loin de toute communauté turque voire orientale. Seul son langage est poussif, il sait ce qu’il veut et fait tout ce qui est en son pouvoir ténu et ses moyens minimes pour l’obtenir, le langage se pliera à sa volonté, il fera passer son message coûte que coûte.
« Tu n’es pas mariée ? »
« Tu es célibataire ? »
« Tu es célibataire. » Affirmation finale.
Sourire satisfait.

Il ne comprend pas mon accent comme je peine à comprendre le sien. Il comprend ou suppose par défaut naïveté ou  inexpugnable évidence que je suis une immigrée comme lui. « D’où viens-tu ? Avant ici ? » « France. » Il ne comprend pas le mot. Je tente l’explication universelle intemporelle, « Paris » – la partie pour le tout.
« Ah tu es Française ? » Soleil dans son regard qui s’anime encore plus, il m’explique en français qu’il a vécu à Lille – il est « passé par Lille » quelques mois.
Il habite maintenant Scotch Plains à quelques miles de Berkeley Heights, son patron le prend en voiture tous les matins pour aller travailler et le dépose chez lui le soir. Entre les deux, il tue le temps pour quelques dollars dans cette station peu animée de mon quartier résidentiel. Vide existentiel, ennui bouleversant, je ne tiendrais pas cinq minutes à sa place.

Il me drague, veut m’épouser presque, pose des jalons pour une autre rencontre, moins formelle.
« Tu reviens demain. » En riant je lui dis que non, l’essence est trop chère de toute façon, il ne s’avère pas vaincu pour autant, « Lundi alors. Je t’attends. » Il est sûr et affirmatif.
J’apprends le soir même qu’il a entrepris une de mes amies aussi.
En lui téléphonant ce jour-là, je lui raconte « le Turc de la station essence ». « Ah oui le Turc ! » notre nouvelle célébrité, notre héros local, un personnage assurément. Elle aussi s’est faite alpaguer. Comme elle est mariée il lui demande de faire l’entremetteuse, de lui présenter des amies…
Il est en manque de femme, de compagnie et plus si affinités, seul au milieu de ce nulle part américain clinquant néons clignotants « Open », seul.

Pour une poignée de dollars, quelle est la misère, la nécessité qui a forgé son destin, bousculé son quotidien, forcé sa venue, impliqué son atterrissage ici entre tous les endroits de la Terre ? Pourquoi ici ? Comment ici ? D’où vient-il ? A-t-il laissé famille, femme et enfants là-bas ? Pourquoi l’Amérique? Pourquoi  ?
Comment ? Pourquoi, comment ? Comment, pourquoi ? Boucle de questions qui me nouent la gorge.

Comme un titre de Japrisot qui aurait écrit en Amérique.
Un roman noir, peut-être.
Un roman rose,  assurément pas.
Un blues… la réalité brute dure, riante de pleurs éclatante de douces joies.
Quelle est la couleur de sa vie, la trame de son être ?

Qu’adviendra-t-il de lui ?
Où ira-t-il, ensuite ?
Istanbul – Lille – Berkeley Heights New Jersey, et après ? Et avant ?

Calling you, I am calling you.
Je t’appelle du New Jersey café

 

(texte écrit le 22 septembre 2005, qui fait partie du manuscrit en cours. Publié précédemment dans jerseyworks)