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Désobéir et ne pas se tromper de dictateur

J’ai fait hier un commentaire à une publication de Barbara sur son excellent blog « Lire dit-elle » , publication d’un poème d’Edouard J. Maunick, « N’obéis pas ». Il faut lire ce poème qui est excellent et toujours d’actualité — quand il ne sera plus d’actualité cela voudra dire que nous (l’humanité) serons sauvés, que nous aurons enfin évolué et progressé, laissé derrière nous notre sauvagerie et serons vraiment « civilisés » , on peut rêver (il faut rêver en fait ! ). Pour lire le poème c’est ici : https://lireditelle.wordpress.com/2021/08/11/nobeis-pas-edouard-j-maunick/

Je reproduis ci-dessous, en l’augmentant un peu, le commentaire que m’a inspiré ce poème essentiel dont voici un extrait :

« N’obéissons plus

à la voix 

de l’ignominie. 

C’est seulement ainsi, 

par cette rébellion,

que le cours des choses

commencera à changer 

sur la terre. »

C’est en substance aussi ce que dit Le discours de la servitude volontaire de La Boétie.  «Soyez donc résolus à ne plus servir et vous serez libres ».

Nous obéissons aux puissants parce qu’ils sont puissants et qu’il faut donc leur obéir, croyons-nous : pourtant les « puissants » n’ont que le pouvoir que nous leur donnons en leur obéissant volontairement ou en obéissant à des règles soi-disant inamovibles, règles qu’ils ont mises en place mais qui sont de pures fictions. Par exemple les règles financières, les contrats scélérats dont les grandes entreprises et les grandes organisations sont de grands pourvoyeurs, les brevets sur des choses qui ne devraient pas être brevetables, j’en passe, la liste en est extrêmement longue si nous commençons à faire un pas en arrière et à y réfléchir. Nous obéissons aveuglément et bêtement à ces choses qui paraissent gravées dans le marbre. Comme le dit si bien ce poème, si nous arrêtons d’obéir, le cours des choses pourra changer et à cette condition seulement. 

Il est d’une actualité encore plus brûlante ces temps-ci de crises multiples simultanées (sanitaire, écologique / environnementale, politiques et sociales sans compter les (vrais) totalitarismes qui pointent leur tête ignoble dans certains pays pendant que nous sommes d’autant plus occupés par la crise sanitaire à regarder ailleurs). 

Pourquoi obéissons-nous à tous ces diktats financiers (et aux dictateurs financiers qui sont derrière), car ces diktats (et tous nos ennuis qui en découlent) sont tous financiers à la fin, à 100% : c’est la raison profonde et ultime, la raison d’être de chacun des diktats actuels (et passés) même s’ils sont parfois recouverts d’un lustre qui se veut honorable (et surtout veut le faire croire à tout prix) ? Pour le dire crûment tout est une question de pognon, encore et toujours — toujours plus de pognon — pour les puissants évidemment, toujours moins pour tous les autres, nous tous les sans grades.

Pourquoi sommes-nous aveuglés par ces diktats financiers, ces diktats du capitalisme sauvage prédateur à outrance, pourquoi y obéissons-nous le doigt sur la couture du pantalon ? Alors que certains croient qu’ils se révoltent en ne portant pas de masque et ne se faisant pas vacciner : c’est se tromper d’adversaire et de « dictateur ».

L’avantage de dormir — trace

 

quand je me réveille chaque matin il y a cet instant impalpable où je crois que je viens de faire un cauchemar et qu’il va falloir que je me dépêche de m’habiller de déjeuner pour conduire ma fille au train de 7 heures pour New York —

chaque matin il y a cet instant fébrile où je me dis qu’il faut que je me dépêche pour faire tout ce que je dois faire avant mes classes de tai-chi ou mes rendez-vous et autres engagements divers et variés — ces occupations que nous croyions indispensables,

la réalité me frappe à chaque fois en plein visage : ce n’est pas un cauchemar, un de ces mauvais rêves comme il arrive d’en faire de temps en temps et dont on se réveille le cœur tremblant avant d’être tout soulagé d’un seul coup —

ce n’est pas 

un mauvais rêve —

 

c’est un 

pur cauchemar éveillé —

 

je n’attends qu’une —

lueur au bout du tunnel,

 

et chaque matin quand je me réveille —

elle ne vient pas.

 

(Berkeley Heights, New Jersey, 20 mars 2020)

L’avantage de dormir

 

L’avantage de dormir c’est que pendant mon sommeil la vie est normale à nouveau, dans mes rêves le virus n’apparait pas n’existe pas.

À mon réveil il me faut quelques minutes pour revenir à la réalité, prendre conscience une fois de plus de notre situation actuelle, notre nouveau quotidien — que ce cauchemar digne des plus mauvaises séries américaines est bien réel.

Dans mes rêves j’étais ailleurs, dans mes rêves je me suis reposée — 

mes rêves auront au moins servi à quelque chose, diminuer temporairement pendant quelques petites heures, le stress les inquiétudes — un repos un répit, 

l’avantage de dormir.

 

(Berkeley Heights, New Jersey, 17 mars 2020)

Poème — Boxing Day

Boxing Day *

Comme des retrouvailles
toujours là jamais absente
une fidèle à l’infidèle que je suis
il y a des choses qui ne changent jamais
et pourtant l’Histoire a prouvé s’il le fallait
que rien n’est éternel.
Pas de neige de décembre
des températures positives
la voie libre pour y venir —
Boxing Day.

— 14 janvier 2007

* dans certains des pays du Commonwealth, jour férié qui succède au jour de Noël.

Poème – travailler plus

travailler plus

travailler plus

pour gagner moins

levée avant six heures

préparer les repas

s’occuper de la vaisselle

lever les enfants

les préparer pour l’école

se préparer pour aller travailler

mal réveillée mal peignée

en plus il faut avoir l’air

séduisante sous peine

d’être virée mal notée

éliminée

le même travail qu’un homme

payé cinquante pour cent

avec de la chance

le retour les enfants

les devoirs les corvées

le linge à laver

sécher repasser

le repas du soir

le ménage la vaisselle

les enfants lire une histoire

finir les devoirs

le travail ramené à la maison

pour ne pas être virée

mal notée éliminée

tel est le sort journalier des femmes

de tous les pays

travailler plus

pour gagner moins

— 15 août 2009

Poème – si la reine d’Angleterre

si la reine d’Angleterre

si la reine d’Angleterre

venait chez moi

— par quel hasard ennuyeux —

— plus pour moi

que pour elle —

après tout c’est son métier

que de s’ennuyer

elle est même payée pour ça

si la reine d’Angleterre

venait chez moi

peu en importent le hasard

et les circonstances

elle devrait

enlever ses chaussures

en entrant

comme tout le monde

petit ou grand

riche ou pauvre

célèbre ou mécréant

homme ou femme

et rester en chaussettes

tant pis si elles sont trouées

si la reine d’Angleterre

ou tout autre grand de ce monde

— pas plus grand que vous et moi

en fait —

fait de chair et de sang

de poussière et de boue

sous leurs souliers

en tout cas

si la reine d’Angleterre

ou tout autre grand de ce monde

venait chez moi

ils devraient

enlever leurs chaussures

en entrant

et rester en chaussettes

je n’aurai aucune retenue

à le leur demander

poliment mais

fermement

comme je le fais

avec tout un chacun qui se présente

désirable ou

indésirable

c’est moi qui gouverne

et qui décide

chez moi

puisque je fais le

ménage

— 24 février 2008

Poème – frénésie de ménage

frénésie de ménage

une frénésie de ménage

une frénésie de nettoyage

ma maison

pièce par pièce

recoin après recoin

repeindre et faire propre,

un changement d’odeur

un changement d’humeur.

une frénésie de ménage

une frénésie de nettoyage

ma vie

jour après jour

relation par relation

retendre et faire du tri,

un changement de vent

un changement d’amants.

une frénésie de ménage

un amoncellement d’accessoires

balais plumeaux désinfectants,

fascinant.

une frénésie de nettoyage

un déchaînement d’énergie

à traquer exterminer les rats,

la vermine —

faire place nette.

— 4 septembre 2007

Poème : la mauvaise classe

la mauvaise classe

on compte les minutes

s’accroche à chaque instant

qui passe sans encombre

se félicite si l’un des plus

trublions réclame d’aller aux toilettes

où l’on sait qu’il restera un quart d’heure,

quart d’heure plus tranquille

pour le reste de la mauvaise classe —

il en reste assez d’autres à surveiller

pour mon goût de toute façon.

un blanc un silence soudain dans le brouhaha

aussitôt percé par le cri strident de l’un

qui ne sait pas quoi faire de sa peau,

cri d’autant plus perturbant qu’il vient

dans un moment de relatif silence,

qu’il va déclencher par sa sauvagerie

d’autres comportements erratiques

hystériques frénétiques un pugilat général

la destruction de la salle de classe

l’anéantissement de l’aile des langues étrangères

l’explosion du bâtiment

un nuage de poussière qui plane

dans le ciel à nouveau serein

le calme après la tempête

encore étonnée d’y avoir survécu,

la sonnerie me tire de ma stupeur —

la classe est finie.

— 3 mai 2009

Poème : les amis que l’on perd

les amis que l’on perd

les amis que l’on perd

n’en étaient pas

sans doute

et l’on a beau se le dire

ou s’en défendre

il fait mal à l’âme

il pleure des lames

piqûres répétées

quand un soir

d’hiver ou d’été

on se souvient

des amis que l’on a

perdus.

— 21 mars 2007