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Pas de mots

Notre-Dame de Paris printemps 1994

Notre-Dame de Paris printemps 1994

Pas de mots pour décrire le désastre les sentiments d’impuissance et de désolation qui me traversent.

Tout l’après-midi j’alterne entre les nouvelles en continu flash informations et autres directs, et la recherche fiévreuse de photos. Je cherche infructueusement à en localiser dans de vieux albums photo et dans des boîtes à chaussures au sous-sol. Curieusement je n’ai pas de vue d’ensemble ni de photo de la façade, seulement des plans rapprochés et des détails d’architecture. La majeure partie des photos a été prise du haut des tours, des vues de Paris d’en haut, des vues plongeantes sur des détails d’immeubles anciens, de la Seine.

Dans un album je finis par trouver une vue un peu plus générale — si peu, l’édifice est imposant. Je la re-photographie directement dans l’album avec mon téléphone, pas le temps d’aller jusques aux boîtes de négatifs qui contiennent aussi ma collection de photos en noir et blanc de Paris — développées, mais jamais tirées. Peut -être y en a-t-il là, des vues d’ensemble ou des vues prises depuis le parvis ?

Dans le cadre accroché dans la descente d’escalier, trois photos en noir et blanc — les seules tirées à l’époque — prises depuis le haut des tours de la cathédrale, cela ne convient pas.

Dans ma tête les pensées tournent en boucle,

1000 ans d’histoire partis en fumée,

300 ans pour la construire, une heure pour la détruire,

elle a résisté pendant 850 ans, à l’outrage des siècles et à deux guerres mondiales, à la Grosse Bertha et à la furie destructrice d’Hitler,

un feu s’éteint avec un verre d’eau la première minute, un seau d’eau la deuxième minute, ensuite c’est trop tard on fait ce que l’on peut,

c’était ce qui était écrit sur le panneau accroché à la porte de chaque labo à la fac de chimie de Nice pendant mes études,

cette phrase longtemps rangée soigneusement dans un coin de ma mémoire a refait surface cet après-midi, ensuite c’est trop tard on fait ce que l’on peut.

Victor Hugo, bien sûr Victor Hugo, qui doit se retourner dans sa tombe, lui qui avait œuvré littéralement pour la sauver de la démolition pure et simple — écrire un livre entier et quel livre, un énorme pavé ! Il doit se dire que décidément on ne peut rien confier aux hommes du futur.

L’homme du XXIe siècle (et du XXe siècle aussi) est vraiment peu soigneux, c’est le moins que l’on puisse dire, il arrive à détruire et à abîmer tout ce qu’il touche ou approche avec une facilité et une régularité déconcertantes. Tout ce qui avait duré des siècles avant lui sans problème, malgré le manque de moyen des hommes du temps passé. Ils étaient tout simplement plus soigneux avec ce qui leur coûtait tant d’effort à fabriquer et à construire.

Que ce soit par les guerres ou avec sa pulsion de mort, son terrible appétit et son attirance malsaine pour la destruction. Combien y a-t-il de ces films stupides où l’on fait jouir le spectateur de la destruction gratuite de villes entières et de continents entiers ? Combien de fois les cinéastes ont-ils détruit New York, Los Angeles, Paris ou la moitié d’un pays par pur plaisir ? Quand ce n’est pas la planète Terre dans son intégralité.

Je parle là d’oeuvres de fiction et pas de films historiques qui retraceraient une guerre ou une catastrophe naturelle (quoique dans ces cas-là, pas la peine d’en rajouter et de faire dans le spectaculaire au sens premier — en faire un spectacle).

Par son appétit de destruction ou encore par le manque d’attention et le je-m’en-foutisme qui caractérisent si bien l’homme du XXIe siècle (celui du XXe n’est pas en reste, il en a donné ses preuves, que nous connaissons).

Car c’est de cela dont il s’agit ici : on n’est pas attentionné ni précautionneux avec les choses anciennes les œuvres les monuments, fragiles ou même pas fragiles d’ailleurs et on les casse, on les détruit. Un manque de respect, respect pour le passé et pour les hommes avant nous qui ont bâti créé — et dans ce temps-là on créait pour l’éternité. Croyait-on… Nous, ceux d’après, leur avons donné tort.

C’est un profil général, un mode de fonctionnement de l’homme du XXIe siècle (et du XXe) : il se fout complètement de l’histoire, des souvenirs de la mémoire et de ce qui nous a construits et portés jusqu’à aujourd’hui. 

Ce manque de soin de considération d’attention, conduit à un tel désastre, ne peut que conduire à des désastres. 

C’est à hurler, pas même une guerre, deux guerres en l’occurrence et de haute intensité, ni une catastrophe naturelle n’ont réussi à détruire ni à abîmer ce que le je-m’en-foutisme et le manque de soin, d’attention, d’application, de considération ont réussi en une heure ! Par inattention on a détruit une cathédrale presque millénaire en une heure — pas de quoi être fiers.

Sloppiness comme on dit ici, pure sloppiness. Et au final quel désastre — irréparable, reconstructible certes, mais irréparable.

Le mois de Mars — trace

Mars bien visible et bien brillante comme pendant l’été 2003 — été de l’infamie dans ma mémoire, qui restera toujours tel.

Durant l’été 2003 Mars avait été bien visible de la même façon au-dessus de l’horizon sud malgré la pollution lumineuse de la grande ville proche — Paris. Comme cet été 2018, l’été 2003 avait battu tous les records de chaleur et de canicule — est-ce lié à la présence de Mars si proche dans le ciel, est-ce un cycle dont le rapprochement de Mars fait aussi partie ?

La seule différence, positive, entre ces deux étés : l’été 2018 n’a pas connu d’infamie, je peux même dire que ce fut un bon été.

L’avant-dernière fois que j’ai vu Paris

Ce que j’aime à Paris, c’était l’avant-dernière fois que j’ai vu Paris, en hiver 2003  (en plein début de guerre d’Irak, alors qu’il était difficile et déconseillé de voyager, c’est un autre sujet — j’étais revenue pour te voir, ce n’était pas une guerre qui allait m’arrêter.)

La dernière fois que j’ai vu Paris (la seule ensuite), ce fut l’été 2003, l’été d’infamie —tu sais de quoi il s’agit.

Tu sais aussi certainement que je n’y suis jamais retournée. Je suis retournée en France mais plus jamais à Paris.

Si j’y retournais demain je me demande si je reconnaîtrais, ce que je trouverais changé — il me faudra y retourner sans doute.

Un jour.

Ce que j’aime à Paris

Autre destination numéro un à Paris : Ladurée, merveilleux salon de thé sur les Champs-Élysées, leurs macarons sont absolument divins… et les cannelés… et le thé.

Quand je vais à Paris, le premier achat que je fais ce sont des macarons et du thé de chez Ladurée pour Dorothy, nous mangeons toujours une boîte de macarons au dessert au moins une fois et je lui achète du thé aussi.

Je n’ai pas encore réussi à la traîner prendre un goûter chez Ladurée, ou un petit-déjeuner mais ça viendra.

Si vous avez l’occasion, allez-y pour consommer aussi sur place, parce que c’est divin. Paris quoi… enfin ce que j’aime à Paris.

Ce que je n’ai pas encore fait à Paris et que je ferai : une flûte de champagne au Crillon et aussi le Ritz (champagne, petit-déjeuner ou goûter ) mais le Crillon en premier, si possible en bonne compagnie bien sûr.

La prochaine fois ou une autre fois mais je le ferai.

— 6 mars 2003

Traces de Paris

Avant le 13 novembre, j’avais entrepris d’explorer les traces photographiques de mes derniers moments à Paris — en été 2003 — dernière fois où je suis allée à Paris.

Les attentats ont coupé dans mon élan mes réminiscences d’un temps qui fut heureux puis malheureux. Il n’était plus temps pour ces souvenirs aigres-doux.

Aujourd’hui, quelques mois après, il est temps de m’y remettre : le plus bel hommage — à ma petite mesure — que je puisse faire c’est de reprendre les explorations de mes souvenirs de Paris — garder la Ville Lumière vibrante vivante, une fête, pour reléguer dans l’oubli ceux qui ont voulu le contraire en lui faisant du mal, en nous faisant du mal, en voulant nous la transformer en ville du malheur et de la peur. Ce ne sera pas le cas — ça ne passera pas par nous, Paris a su se relever de beaucoup d’épreuves, notamment se relever de la deuxième Guerre Mondiale du nazisme et de l’Occupation, se relever fière intacte ayant pansé ses blessures et enterré ses morts et ses héros. Il en sera de même cette fois — Paris restera une fête, c’est sa raison d’être, il en a toujours été ainsi et il en sera toujours ainsi. Nous relevons le défi comme l’ont fait d’autres avant nous et le feront d’autres après nous.

Pour Paris,

avril 2016.

Thé Ladurée

J’en ai rapporté des boîtes de Paris, de New York puis de Cannes en dernier lieu mais le vrai le seul Ladurée cher à mon cœur c’est l’original, celui de Paris sur les Champs-Élysées — c’est de là que venaient toutes les boîtes que je t’ai offertes, là que j’achetais les macarons et les cannelés que nous préférions encore aux macarons. C’est de là que venait aussi la boîte que tu m’avais offerte pour mon dernier anniversaire avec toi.

J’y ai pris le thé ou le petit-déjeuner souvent, c’était l’une de mes cantines à Paris — sauf avec toi, le temps nous a manqué, cela fait partie de ces regrets, de ces actes manqués dont la fin de notre histoire a été truffée.

Il y a bien longtemps de ça.

Je ne suis plus jamais allée chez Ladurée sur les Champs-Élysées — je ne suis plus retournée à Paris tout simplement.

Beaujolais nouveau en novembre 2015

 

Beaujolais nouveau 2015

Beaujolais nouveau 2015

L’an dernier je m’étais dit que peut-être je n’en reprendrais pas l’année suivante, après tout c’est un vin plus que moyen, le seul intérêt quand on est expatrié, c’est un petit morceau de France, des souvenirs des traces du pays, une ambiance. Plus pour l’ambiance que tout le reste — presque une tradition, je sais que ce n’en est pas une mais un petit mythe qui ne fait de mal à personne et ne coûte pas bien cher. Alors pourquoi pas, mais j’hésitais un peu. Pourquoi pas certes mais si je manquais l’occasion, ce ne serait pas très grave.

Aujourd’hui en 2015, en ce mois de novembre, moins d’une semaine après les attentats de Paris, c’est un acte de résistance, ténu certes mais tous les petits actes comptent puisque c’est de cela dont il s’agit, un mode de vie, empêcher les gens de faire ce qu’ils ont envie même si ça ne gène personne en vérité.

Boire du vin en est un, de ces petits actes de résistance. Donc cette année je suis retournée acheter du Beaujolais nouveau, pour faire ce que j’ai envie quand j’en ai envie dans la mesure où ça ne nuit à personne (sauf à moi éventuellement, si le vin est un peu trop acide et me donne une aigreur d’estomac — après tout ça ne regarde que moi), faire ce que j’ai envie quand j’en ai envie, même boire un vin moyen un soir de novembre avec ou sans compagnie avec ou sans bon repas.

Une semaine en novembre

Ça a vraiment été une semaine de merde — euphémisme.

La semaine avait mal commencé, très mal commencé, par la mort d’un camarade de classe de ma fille à Fairleigh Dickinson University, le mardi 10 novembre : un accident de la route, quelqu’un lui est rentré dedans, la voiture a pris feu puis explosé, les deux jeunes présents dans la voiture sont morts brûlés vif. 19 ans.

Encore sous le choc de cette mort brutale, dans la même semaine on apprend les attaques sur Paris le vendredi 13 novembre — l’horreur totale que l’on suit en direct dans notre fin d’après-midi, décalage horaire oblige.

Et il faut encore ajouter dans la même semaine ou presque, quelques jours avant, l’avion russe explosé dans le Sinaï.

Et 2 jours avant Paris, l’attentat de Beyrouth.

Mais la semaine n’était pas finie, malheureusement pas finie. Le samedi 14 novembre, sans un répit, on apprenait à 6 heures le soir, le suicide d’un très bon ami d’école de mon fils (dans la même classe que lui, en terminale au lycée). Un ami vraiment proche, ce jeune était encore à la maison chez moi avec mon fils et un petit groupe d’amis le mardi 10 novembre. Et aussi pendant le long week-end du 5-8 novembre, je revois sa grosse voiture blanche garée dans la rue en face de chez nous — ce week-end-là la maison était pleine, il n’y avait plus de place pour garer dans notre allée. Il venait d’avoir eu 18 ans le 11 novembre.

Nous sommes allés mon fils et moi, à la cérémonie funèbre hier après-midi et avons fini la soirée par un rassemblement sur le stade de notre ville, dans le froid (première soirée froide de la saison comme un fait exprès) à écouter tous ses copains au lycée monter au micro et raconter force souvenirs et anecdotes sur leur ami disparu. Très émouvant, autant que la cérémonie elle-même, les larmes montaient souvent aux yeux, le froid inattendu n’en était pas la seule raison.

Une semaine difficile, ce n’est rien de le dire, autant sur le plan personnel que global. Est-ce que ça va s’arrêter un peu enfin ?