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Mon second cerveau

Mon fils cadet à 2 ans et demi, le petit geek, à Chatou en 2001
Mon fils cadet à 2 ans et demi, le petit geek à Chatou en 2001

« Ton ordinateur, c’est ton second cerveau », me disait une connaissance au début des années 2000. C’était en 2003 et je ne quittais guère ce petit ordinateur portable appelé Titanium que j’avais acheté en juillet 2002 —mon premier ordinateur potable.

J’ai commencé avec les ordinateurs, « micro-ordinateurs » comme on les appelait alors au début des années 80, en fac de chimie à Nice — j’avais pris l’option « informatique », l’informatique dans le cadre de la chimie bien entendu, avec des ordinateurs que l’on branchait sur une télé (ils n’avaient pas d’écrans dédiés à l’époque) et que l’on reliait à un magnétophone à cassettes en guise de disque dur — c’était avant l’apparition de la disquette souple. Peu de temps après un de ces ordinateurs a fait son apparition chez moi, un Apple pour être en phase avec l’université de chimie qui travaillait avec des machines Apple et pouvoir bénéficier de leurs imprimantes (les imprimantes étaient des machines hors de prix en ce temps-là) : c’était un ordinateur Apple II qui avait un écran à lui et un lecteur de disquettes souple, le comble du modernisme, bientôt amélioré avec un second lecteur de disquettes pour plus de capacité.

Ensuite nous avons toujours eu un ordinateur à la maison, puis 2 à la fin des années 90 pour partager avec les 3 enfants. Internet est venu en 1996 aussi, à peu près au même moment où le second ordinateur est entré dans la maison.

Mon premier ordinateur portable, appelé Titanium

En juillet 2002 j’ai acheté mon premier ordinateur portable — premier portable et premier ordinateur personnel que je ne partageais avec personne. C’était au moment du grand départ (juste avant le grand départ, pendant le voyage de reconnaissance pour trouver notre maison, début juillet 2002) et cet achat s’est révélé crucial pour gérer ce grand départ, le déménagement, le transfert et tous les problèmes administratifs et pratiques à régler, notamment pendant que toutes nos affaires et nos ordinateurs, de bureau donc, étaient dans les cartons, en transit dans les camions et dans le bateau — pendant un bon mois et demi. À l’époque il n’y avait pas de téléphone de type smartphone (qui sont en réalité de véritables petits ordinateurs de poche, pour le meilleur et pour le pire c’est un autre sujet), à peine des téléphones mobiles qui permettaient seulement d’envoyer et de recevoir des textos (SMS) et ce uniquement dans le même pays, pas plus. Et qui servaient essentiellement à téléphoner comme leur nom l’indique et comme ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Plus tard j’ai évidemment changé cet ordinateur pour un modèle plus récent (entretemps j’avais changé disque dur et batterie qui étaient tous 2 tombés en rade — heureusement que j’ai toujours été maniaque des sauvegardes, au moins de mes données, depuis le jour 1 : sur disquettes au début puis sur de gros disques amovibles Zip puis enfin sur des disques durs ainsi qu’en gravant des CD et DVD et pour finir, aujourd’hui, toujours sur des disques durs ainsi qu’une sauvegarde en ligne et l’usage du « cloud «  (qui n’est pas une sauvegarde du tout). L’ancien « portable » est allé aux enfants qui l’ont fini. Nous avons fini par laisser tomber les ordinateurs de bureau une fois qu’ils ont été tous hors d’état et avons fonctionné avec des portables, neufs pour les adultes , les enfants héritant de celui que nous changions, à force ils ont fini par avoir chacun le leur. Quand mon fils aîné a quitté la maison en 2011, il avait le sien, acheté neuf en 2010 pour ses 18 ans.

Maintenant seul mon cadet a un énorme ordinateur de bureau Mac, nécessaire pour ses études de production musicale ce qui demande des logiciels puissants et de la puissance informatique, puissance fournie seulement par un ordinateur de bureau (ou alors pour avoir la même chose en portable il faudrait mettre un prix exorbitant), acheté reconditionné chez Apple, un modèle sorti 6 mois plus tôt mais à bien meilleur prix qu’un neuf. Il gardait son portable (aussi acheté reconditionné quelques années plus tôt, quand un des mes vieux portables qu’il finissait s’est ouvert en deux, l’écran se séparant du reste — irréparable). Ce portable acheté en 2013 est mort de sa belle mort l’an dernier durant  l’été 2020 mais il ne s’en servait pour rien de crucial, il le finissait en quelque sorte en regardant Netflix et YouTube le soir dans son lit. Chose qu’il peut faire de toute façon sur son smartphone ou via sa console de jeux sur sa télé. Mon fils cadet est un « geek » dans le sens « techie » passionné d’activités informatiques en tous genres, pas dans le sens péjoratif du terme geek, raison pour laquelle il n’aime pas que je l’utilise. À ce compte-là moi aussi je suis une geek, alors disons techie. Je lui ai néanmoins réinstallé tout son historique sur un ancien portable de 2011, un peu lent mais toujours vivant, qui était mon portable de l’époque et qui est passé ensuite à ma fille qui a fait toute son université avec (elle rallait souvent parce qu’il était vraiment devenu lent mais il a tenu le coup surtout après que la carte vidéo ait grillé et que nous l’ayons porté pour réparation hors garantie chez Apple qui l’a remis intégralement à neuf gratuitement pour une raison (sans doute des procès en malfaçon en cours ? ), une raison que j’ignore : en gros quelque part en 2015 tout, absolument tout sauf le disque dur (qui avait lâché quelques années auparavant et avait été changé de toute façon, cette fois sous garantie officielle) donc tout avait été changé, depuis la carte-mère jusqu’au clavier à la coque à l’écran et la carte vidéos et les ports).

Donc quand mercredi, la semaine dernière, mon ordinateur en cours a donné soudainement des signes de faiblesse, je ne me suis pas alarmée outre mesure, je savais que j’allais devoir le changer dans les mois qui venaient puisque je l’avais acheté en 2014 et qu’il commençait à être très lent et à surchauffer souvent. Certaines pièces ne marchaient plus depuis un certain temps, comme la batterie qui avait dépassé son nombre de charges maximum depuis 2 ou 3 ans (mais Apple a changé ses façons de faire ces dernières années et ils « ne pouvaient plus » me remplacer cette batterie, même moyennant finances, il faillait racheter un ordinateur ! J’avais décliné bien entendu et je vivais avec mon chargeur à portée de main et en le laissant branché la plupart du temps). En vieillissant il ralentissait aussi beaucoup. Pour le courant (Internet et e-mail ) cela allait encore mais cela me prenait de plus en plus de temps pour traiter les photos et les vidéos (gros consommateurs de puissance, j’avais à l’époque de l’achat pris les options de mémoire et de processeur maximales pour justement traiter photos et vidéo et garantir une utilisation plus longue dans le temps, future proof, comme on dit ici). Depuis un an ou 2 ça commençait à faire beaucoup pour cet ordinateur de 2014, modèle 2013 qui plus est. Je voulais tenir le coup encore quelques mois puisque les nouveaux modèles qui me permettraient de « future proof «  ne sont pas attendus avant l’automne au mieux, sans doute novembre. Le son non plus ne marchait plus mais je le branchais sur des haut-parleurs extérieurs que j’avais et qui traînaient sans être utilisés, qui ont retrouvé une utilité et dont j’ai redécouvert accessoirement la qualité. Le lecteur de cartes photo marchait aléatoirement mais il m’a été facile de trouver un petit lecteur de carte pour une somme raisonnable. Donc je continuais sans trop de problèmes à part la lenteur.

derrières sauvegardes sur l’ordinateur mourant

Mercredi il a commencé à donner des signes de sa fin proche : je faisais quelque chose et il s’éteignait brutalement sans signe précurseur tout en étant branché et sans surchauffer. La première fois je l’ai rallumé. J’étais en train d’éditer une vidéo, chose extrêmement gourmande en puissance (cela fait longtemps que j’ai renoncé à seulement filmer en 4K puisqu’à l’époque où j’ai commencé à faire de la vidéo, en 2017, mon ordinateur n’avait pas apprécié ) je l’ai rallumé et ai fait autre chose sans trop y prêter attention. Puis j’ai décidé d’éditer des photos (un peu moins gourmandes en puissance). Je suis descendue me faire un thé et une fois remontée à mon bureau j’ai trouvé l’ordinateur éteint à nouveau. Il s’est encore éteint brutalement 2 autres fois dans l’après-midi, alors que je ne faisais ni photos ni vidéo, seulement du mail ou regarder YouTube. J’ai compris que la pauvre petite chose était en train de lâcher définitivement. J’ai tout arrêté, fait quelques dernières sauvegardes sur disques durs, vérifié ma sauvegarde en ligne, que mes fichiers dans le cloud étaient bien à jour et je me suis mise en quête d’en acheter un nouveau. Après tout cela fait 7 ans que j’utilisais celui-ci, j’allais dire jour et nuit ou presque, avec traitement vidéo et photo sur des logiciels gourmands en puissance. En plus de cet usage audiovisuel, je fais tout, absolument tout, sur mon ordinateur — je ne suis pas une personne qui utilise beaucoup le smartphone ni la tablette. Toute la gestion de la vie courante, les factures, les rendez-vous, les recherches YouTube pour les réparations et bricolages dans et autour de la maison, les achats d’outils et autres, sans compter absolument tous mes travaux personnels en plus des photos et vidéos (que je vends un petit peu, je commence tout juste à en vendre un peu plus régulièrement) : plus important encore, mes écrits (tous mes manuscrits, tous mes poèmes et tous mes haïku) et toute la documentation qui va avec, sont stockés sur mon ordinateur, ma base e-mail qui contient localement tous mes mails depuis 1996 et qui me sert de référence pour mes écrits. Finalement outre mes manuscrits en cours ou finis et mes brouillons, tous mes souvenirs sont numérisés d’une façon ou d’une autre (mails, photos, vidéos, documents, scans) ainsi que ma bibliothèque ma discothèque et ma vidéothèque, ma collection de vin (même si elle est toute petite et ne comprend qu’une 50taine de bouteilles) : toutes sont conservées et gérées par l’ordinateur.

juste avant l’arrivée virtuelle des élèves de tai-chi, prête pour donner le cours

Jusqu’à mes cours de tai-chi : toute la communication avec mon employeur et avec ma chef (que je voyais régulièrement « en vrai » lorsque j’allais donner mes cours physiquement au centre de sport : avant la pandémie si nous avions quelque chose à nous dire ou à régler, cela se faisait dans le couloir ou dans son bureau). Depuis la pandémie tout se fait par e-mail et par texto (les heures travaillées, le nombre d’élèves présents, etc.) Jusqu’aux cours eux-mêmes que je donne sur Zoom. Ceci dit j’ai refusé d’impliquer mon ordinateur qui justement était trop vieux et que je voulais réserver à la photo et vidéo qui puisent suffisamment de ressources pour ne pas y ajouter de l’émission vidéo (émission dans le sens télévision du terme car c’est de cela qu’il s’agit avec les cours sur Zoom). J’ai fait un montage technique avec mon téléphone et ma tablette (très vieille elle aussi et le téléphone n’est pas des plus récents non plus) alors que mes enfants m’assuraient que ce n’était pas possible de faire des cours Zoom avec plusieurs participants en utilisant un téléphone à cause de la taille de l’écran. Mais souvenez-vous je suis une geek aussi donc j’ai trouvé une solution [voir photo] avec ma tablette et un vieux téléviseur qui traînait dans le basement (au sous-sol) et j’ai monté un petit studio télé dans mon sous-sol avec également une tenture murale qui appartenait à ma fille pour cacher mes étagères ainsi q’une lampe Ikea comme éclairage de studio. Donc l’ordinateur n’a jamais été concerné ni fatigué et abimé par les conférences Zoom.

montage du « studio télé » pour les cours de tai-chi via Zoom (juin 2020)
montage du « studio télé » pour les cours de tai-chi via Zoom (juin 2020)
montage du « studio télé » pour les cours de tai-chi via Zoom (juin 2020)

Mon second cerveau donc.

En attendant l’arrivée du nouveau acheté en ligne, arrivée prévue tout d’abord pour le lendemain puis repoussée au lundi — un long, très long week-end puisque je me servais à peine de l’ordinateur mourant, qui s’arrêtait même lorsque je faisais des tâches qui ne demandaient que peu de puissance —  comme je voulais le garder vivant quand même, j’ai arrêté de l’utiliser et ne faisais plus que des sauvegardes. Et j’ai utilisé mon téléphone pour les urgences.

Très long week-end quand toute son activité se produit sur cette petite machine — mon second cerveau. Heureusement je pouvais regarder des films et des vidéos sur Netflix et YouTube sur ma télé connectée à Internet (je n’ai pas la télé en tant que telle : pas de réseau télévisuel classique), chose que je fais rarement parce que j’ai trop d’autres activités,  l’écriture, la photo et la vidéo — qui malheureusement requièrent un ordinateur, impérativement pour la photo et la vidéo.

Malheureusement cela s’est très mal passé avec le nouvel ordinateur (une première pour moi avec un appareil Apple, fabricant qui a toujours été cher mais fiable) et le lundi soir j’étais encore loin d’être fonctionnelle, « up and running » comme on dit ici. Il m’a fallu attendre le jeudi soir suivant et l’achat d’un autre ordinateur, portable cette fois après la parenthèse ordinateur de bureau rendu à Apple le jeudi. Donc une longue semaine sans ordinateur. Et encore j’ai « triché » pour parer au plus pressé, comme acheter l’ordinateur la première fois, puis étudier la gamme des portables pour le second achat : j ai utilisé le vieil ordinateur de 2011 qui m’a bien sauvée pour les urgences aussi, comme payer les factures — mais sans possibilité de continuer mes travaux personnels. Heureusement que mes cours de tai-chi ne nécessitaient pas d’ordinateur.

Donc une semaine sans ordinateur ou presque, du moins sans mes données, sans mon environnement (et encore je ne suis pas à plaindre puisque j’avais accès à une partie de mes données comme les e-mails de mes boites de réception et d’envoi sur le téléphone ainsi que l’accès à Internet via le téléphone et le vieil ordinateur). Longue semaine où je n’ai presque rien avancé, presque rien fait de ce que je fais habituellement.

C’est la dépendance qui m’a fait peur, pas la dépendance au sens obsession maladive mais la dépendance matérielle parce que sans ordinateur je ne peux presque rien faire, ni la gestion de la vie courante (sauf en mode très dégradé) ni aucune de mes activités : les photos il faut un ordinateur pour les traiter puisqu’elles sont numériques, les vidéos encore plus. Écrire je peux encore le faire sur un cahier mais pour publier sur mes blogs il faut bien l’ordinateur. Le téléphone est un pis-aller, l’écran est trop petit et il n’y a pas toutes les possibilités d’un ordinateur. Et le téléphone ce n’est vraiment pas mon truc. Ainsi que toute ma mémoire qui est dans cet ordinateur, c’est de cela que j’avais peur : de tout perdre de cette archive qui résume ma vie durant ces 20 dernières années même si je commence à faire des films résumés et des albums photo en papier (les photo books). Le temps que j’écrive tous les livres que je veux écrire, la mémoire reste dans cette machine — j’avais l’impression d’être avec le Hall 9000 de L’odyssée de l’espace, quand l’ordinateur Hal 9000 est déconnecté et retombe en enfance en oubliant tout.

Ma fille m’a dit, « ça te fait des vacances ». Certes. Sur le fond elle a raison mais même la gestion de l’essentiel, les factures, la banque etc, était en mode dégradé : j’ai paré au plus pressé mais je n’avais pas mes documents, mes copies et mes factures — je n’imprime plus depuis un moment sauf ponctuellement, mais je sauvegarde en documents électroniques PDF dans mon ordinateur. Tout ceci était inaccessible. Où est passé le temps béni où l’on avait seulement 3 ou 4 factures à gérer, l’électricité le gaz l’eau et le téléphone ? Maintenant on en a plus, beaucoup plus, ainsi que des abonnements à tout un tas de choses et je ne parle pas que de Netflix : certains sont des abonnements pour le fonctionnement de la maison (encore que j’ai limité au maximum et j’en ai supprimé au fur et à mesure comme l’abonnement termites, oui un abonnement termites ! une belle arnaque c’est une autre histoire, enfin ce genre de choses).

Sans parler encore de mes travaux personnels d’écriture, de photo et vidéos, ce blog. Rien n’était perdu mais rien n’était accessible, du moins pas facilement et de toute façon pour tout ça il faut un ordinateur (pas nécessairement un Mac mais un ordinateur en tout cas).

C’est cette dépendance qui m’a fait peur, qui me fait peur, surtout pour mes « souvenirs ». Mon ordinateur est mon second cerveau, mon assistant pour me rappeler les choses à faire, mon agenda, mon cerveau de secours ou la sauvegarde de mon cerveau pour tous les souvenirs, moments de ma vie que j’ai soit tendance à oublier soit à déformer ou à me rappeler partiellement. Je suis une énorme utilisatrice des e-mails, qui racontent ma vie entière du moins de ces 20 dernières années avec l’expatriation. Au début de notre expatriation il n’y avait pas Skype ni smartphones pour garder le contact ou donner des nouvelles. Les appels téléphoniques classiques internationaux coûtaient très cher (c’est toujours le cas mais maintenant on a d’autres moyens par Internet et avec le visuel en plus). Donc ma base mail contient tous ces souvenirs, les anecdotes et aventures que je racontais à mes parents, mes amis — nos premiers pas dans notre nouveau pays — et sont destinés à alimenter un livre en cours de rédaction. Une partie a été exportée de la base mail et sauvegardée en fichiers textes mais ce sont toujours des fichiers…

Sans compter que je me suis mise sérieusement à écrire quand j’ai eu mon premier ordinateur portable à moi, où mes écrits étaient à l’abri de tous regards ou de toutes erreurs, de mes enfants par exemple. Et je l’avais tout le temps avec moi pendant les allers-retours entre les pays, pendant les voyages, les séjours loin de la maison, les périodes de transitions sans maison et dans les hôtels.

Être sans Internet c’est une chose handicapante — nous avons passé plusieurs mois voire années à résoudre les mauvais fonctionnements de notre fournisseur précédent en fonctionnant en mode dégradé ou sans pouvoir fonctionner certaines fois.

Être sans électricité encore plus — j’ai expérimenté plusieurs fois depuis que nous sommes aux États-Unis, dont la pire des fois pendant 13 jours et demi — c’est long très long, cela semble durer 13 mois. 

Mais sans ordinateur pendant une longue semaine (ce que j’ai rarement expérimenté, les quelques fois où il a fallu le faire réparer cela ne durait que 3 ou 4 jours maximum), surtout sans savoir si j’allais avoir accès à mes données à nouveau, ce qui m’a fait très peur, c’est encore la situation la plus handicapante de toutes — pour moi.

Alors oui, cette dépendance que j’ai touchée du doigt pendant cette semaine passée, me fait peur. Je la connaissais seulement en théorie, sans jamais l’avoir vraiment expérimentée puisque j’ai toujours eu un ordinateur avec moi depuis presque 20 ans. Effrayant mais je n’ai pas a priori d’idée ni de solution autres, mon ordinateur est mon second cerveau.

le nouveau portable en train de transférer jeudi après midi
transfert réussi !

Novembre 2019

 

Très occupée par les feuilles et la mise en mode hiver de la maison avant mon départ. C’est toujours le cas du mois de novembre, chaque année. Cette année en plus le changement de la voiture qui arrivait en fin de leasing : une épreuve ! Perte de temps de patience et arnaque à la clef — pas moyen de faire autrement malheureusement. Du coup je n’ai pas eu beaucoup de temps pour le reste.

Une distraction positive au moins, une visiteuse de France (en éclair, c’est toujours le cas quand ce sont des visiteurs en voyage professionnel — mais c’est déjà ça ! )

Octobre 2019

 

Le rendez-vous d’octobre avec bien du retard — il me semble que je n’arrête pas de vider un puits sans fond de tâches et de corvées à faire de toute urgence bien entendu, souvent il ne me reste que  tard le soir pour mes projets personnels mes écrits mes photos et mes blogs au moment où je m’effondre épuisée.

Les feuilles d’automne ont été à l’heure cette année (les deux années précédentes elles étaient très en retard) pas d’explosion de couleurs spectaculaire cependant et nous n’avons pas vraiment eu d’été indien non plus. 

Septembre 2019

 

Le retour dans la routine, les visites médicales de rentrée, les 23 ans de ma fille, et toujours des bières et du vin à déguster. Les feuilles s’annoncent en temps et heure cette année. 

Beaucoup de retard dans les lectures, les montages video, les photos sans parler d’écrire… Le manuscrit est au point mort.

 

Écriture et respiration

Tu te doutes bien que j’écris d’autres choses, sur d’autres sujets aussi, qui me tiennent à cœur, profondément. Et quoiqu’on puisse penser ce n’est pas une perte de temps que de passer du temps à faire ces textes où je m’applique et que je vous envoie par mail. D’une part ça me plaît (en plus du simple fait que j’aime bien partager avec vous) et d’autre part aussi ça m’est nécessaire. Ces écrits ne sont pas douloureux, ils me font comme une respiration au milieu d’autres plus difficiles. Je prends mon souffle si tu veux, pour pouvoir aller plus profond, ailleurs.

D’ailleurs, pour la petite histoire (c’est la meilleure la petite histoire finalement, au milieu de la grande, officielle — encore une digression) je viens de commencer des leçons de natation (je nage beaucoup mais comme un fer à repasser, c’est une autre histoire, amusante d’ailleurs, une autre fois) histoire d’apprendre à nager la tête sous l’eau et ne pas avoir peur d’étouffer ni de me noyer : travailler le souffle pour aller en profondeur et savoir remonter. Dans le même ordre d’idées j’aimerais trouver des leçons de chant, toujours pareil une question de souffle. Le tai-chi m’aide aussi beaucoup pour aller en profondeur sans trop de casse.

À part ça je suis contente que mes textes te mettent en joie.  Écrire me procure beaucoup de plaisir, presque autant que d’embrasser qui tu sais mais c’est une autre histoire et celle-là est plus douloureuse à écrire.

En tout cas je m’applique quand j’écris et tu sais pour qui j’écris, pour la seule personne qui ne me lira jamais plus. Cela paraît peut-être stupide et triste comme motivation, mais les motivations et les raisons sont toutes plus stupides les unes que les autres, il n’y a jamais de grandes raisons nobles. Les grandes raisons nobles sont en général la grande histoire officielle, la légende, fabriquée a posteriori. Seule la petite histoire est intéressante et authentique et fournit un éclairage sans égal… je digresse encore.

Outre le fait que l’écriture me procure énormément de plaisir et de joie, c’est aussi un moyen de survivre et de continuer pour moi. Quand je n’écris pas je ne suis pas bien et cercle vicieux. L’inverse est résolument vrai, quand j’écris cela me fait du bien et je boucle dans le cercle inverse. Enfin cela dépend du sujet, on en revient à cette respiration « écrite » nécessaire. Je ne parle pas d’écriture thérapeutique parce que celle-là c’est de la foutaise, elle ne vaut pas tripette sauf pour soi-même, peut-être.

Bref j’essaye d’écrire avec mon cœur comme le conseille Joyce Carol Oates dans son essai sur le travail d’écriture, « speak your heart » (textuellement elle dit, « write your heart out » ). Je n’aime pas tout ce qu’elle écrit ni pas toujours son style mais elle est très intéressante. Outre que c’est une grande voix de la littérature américaine contemporaine (et vivante ! ) c’est aussi une célébrité locale, sais-tu qu’elle est prof à Princeton ? (C’était encore pour la petite histoire).

Même dans mes écrits de colère j’essaye de mettre mon cœur. L’écriture en colère ou sur la colère est très délicate à gérer, justement Natalie Goldberg donne des tuyaux intéressants pour en faire quelque chose d’exploitable.

Bon tu n’as pas eu de chance : si tu m’écris le mercredi il y a de fortes chances que je te réponde longuement parce qu’après le tai-chi je suis toujours bien réveillée et, en outre, le mercredi soir je suis presque toujours seule.

Continue à être joyeuse, more on the way comme on dit ici. Continue à être joyeuse disais-je donc, si ça fait de l’effet à ne serait-ce qu’une seule personne c’est gagné, cela signifie que ça valait le coup de l’écrire. Franchement je n’invente rien, je décris exactement tout ce qui m’est passé en tête ou ce que j’ai ressenti durant ce séjour. Goldman, déglingué etc., tout est strictement authentique, je n’ai rien inventé ni imaginé artificiellement a posteriori, j’ai juste mis en forme.

Michèle en mode déglinguée mais joyeuse d’avoir mis ne serait-ce qu’une seule personne en joie.

(lettre à Claire le 27 octobre 2004)

Certains mots se sont échappés

Certains mots se sont échappés, envolés, je ne les ai pas retrouvés, ils ne me sont pas revenus, peu importe, c’est si vain quelques fois que de noter ces mots noir sur blanc. D’autres viendront qui les remplaceront ou s’y substitueront, ne poursuivant pas le même but ni la même fonction. Il faut les laisser aller vivre leur vie et accepter ces autres qui viennent même s’ils me semblent imparfaits et me déçoivent quelquefois par comparaison — avec quoi puisque j’ai oublié les premiers ? Avec le souvenir de l’émotion — seule trace — laissée par ces premiers.

(journal 14 janvier 2005)

Le mois d’août

Mois passé entièrement en France ou presque (retour dans le New Jersey le 30 août). Mois intense à essayer de profiter de tout — famille, repas, fromages et vins bien sûr, quelques visites touristiques ou culturelles, voir les amis aussi, n’oublier personne et essayer de passer effectivement du temps avec les uns et les autres et pas uniquement courir partout. Bien difficile à réaliser en 5 petites semaines.

 

Juillet 2019

Été fort occupé qui m’a laissé peu de temps pour écrire — pas du tout en fait. Mes visiteurs et leur planning de visites intense, les préparatifs pour mon depart en France à la fin du mois. Juillet bien rempli, je ne me souviens pas des autres détails  — heureusement il reste les vidéos et les photos pour reconstituer le temps.

 

Et en juin

Rosés et bières bien entendu, par deux fois des visiteurs de France. Je m’aperçois que je filme beaucoup de moments à table, autour de bons plats ou de bonnes bouteilles. Je ne suis pas Française pour rien…

En mai…

 

Non pas en mai fais ce qu’il te plait, mais l’enchainement des jours. J’ai commencé à avoir plus envie de rosés et de bières malgré les trombes de pluie fréquentes, la chaudière qui a lâché pendant une vague de froid mi-mai, l’alerte tornade fin mai… la vie quotidienne.