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A voté

Et moi aussi évidemment, ce matin samedi 22 avril 2017, à Jersey City.

22 avril : vote pour le premier tour de la présidentielle à Jersey City

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22 avril : vote pour le premier tour de la présidentielle à Jersey City

Notre bureau de vote à Jersey City

 

22 avril : vote pour le premier tour de la présidentielle à Jersey City

Notre bureau de vote à Jersey City

Stress administratif — trace

Je n’ai publié le texte sur les stress administratifs que bien après coup pour ne pas nous porter la poisse — superstition. Elle est là la superstition du XXIe siècle, plus qu’une superstition d’ailleurs puisque cela arrive vraiment. Foin des échelles, des chats noirs, ce sont les échelles les miroirs brisés et les chats noirs de ce début de XXIe siècle décidément peu convaincant en termes de progrès humain — une véritable et inexorable régression depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale semble-t-il.

Et je n’ai même pas parlé des autres stress administratifs « mineurs » dans la même semaine, il y en a eu, il y en a d’ailleurs tous les jours, sauf les week-ends peut-être. Et encore, pendant le week-end on stresse sur ce qui n’a pas pu être réglé la semaine précédente, ce qui est pendu comme une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes pour la semaine à venir, épée qui va s’abattre brutalement à la première heure le lundi matin avant d’avoir pu même agir.

Stress administratif

99% de nos stress actuels viennent de corvées situations ou problèmes administratifs, je ne parle pas ici des stress liés à nos relations interpersonnelles avec nos proches, moins proches et inconnus — c’est un autre sujet. Mais des stress quasi quotidiens auxquels nous sommes confrontés : un bombardement administratif paperassier ou pas paperassier — c’est rare, il y a de plus en plus de paperasse administrative et légale impliquée dans le moindre de nos actes quotidiens.

L’autre semaine, pas moins de deux gros stress purement administratifs, le renouvellement de mon passeport au consulat français de New York et l’obtention du permis de conduire du New Jersey (pourquoi faire simple, il y en a un par état, soit 50 permis de conduire différents, vive le système fédéral — c’est un autre sujet aussi) pour mon fils cadet.

Le permis ça consiste en une paperasse inouïe, des bureaucrates pires que tatillons, une identité à prouver à l’aide de (bons) points — sic ! Il en faut 6, chaque document administratif, ou pas administratif d’ailleurs, chaque document plus ou moins officiel, certaines fois moins que plus, vaut tant de points dans un barème pondu par des bureaucrates qui n’ont rien à envier à nos énarques — ils sont pires, ce n’est rien de le dire— surtout dans un pays où l’idée même d’une carte d’identité nationale (ou fédérale) est honnie : c’est une idée du diable en personne à tout le moins pour les Américains. Aucun, et je pèse mes mots, aucun Américain ne veut en entendre parler. Comme ça c’est facile sans carte d’identité de prouver son identité ! Encore mieux quand moins de 5% des citoyens possèdent un passeport. Inutile de dire que les documents officiels et gouvernementaux étrangers n’ont aucune valeur y compris les passeports étrangers, cherchez l’erreur, j’avais cru comprendre justement qu’un passeport était un document officiel pour prouver son identité dans un pays autre que son pays d’origine, mais j’ai dû mal comprendre. Et mon consulat aussi, qui m’avait dit pour le mien de permis, d’utiliser mon passeport français comme papier d’identité si je manquais de points. Ça ne marche pas dans le New Jersey. Étonnant aussi quand finalement la preuve d’identité principale, le papier d’identité qu’on vous demande partout aux États-Unis, bref la « carte d’identité » ultime  c’est… le permis de conduire. Il faut juste arriver à l’obtenir la première fois. Dans le New Jersey ça se renouvelle tous les 4 ans histoire de faire simple encore, mais, ironie perfide, le permis en passe d’être périmé justement sert de preuve d’identité et rapporte ces fameux points d’identité, un seul je crois, mais certaines fois ça se joue à un point. Vraiment tout est une question d’avoir le premier exemplaire de ce sésame. Indice : il suffit de passer à travers les mailles du filet bureaucratique, on finit par y arriver, certaines fois il faut récidiver, se présenter et se faire refouler plusieurs fois, mais on finit par y arriver. Bien sûr toute cette folie de points c’est pour notre sécurité. Je suis rassurée si c’est pour notre sécurité… quand les gens légitimes n’arrivent pas à avoir assez de points… En dernier ressort c’est l’extrait de naissance (américain sinon rien, bien sûr)… sans photo, qui peut apporter les 4 points de base si l’on n’a pas de passeport. Cherchez l’erreur. Il faut l’avoir vécu pour en témoigner et être cru…

Voilà, l’origine majeure du stress, ce n’est pas de passer la conduite (qui se déroule sur un parking avec une voiture à boîte automatique), c’est la paperasse : on peut bien réussir son test de conduite, si facile, et être refoulé par manque de points d’identité. Une initiale de second prénom manquante ou en trop sur une carte bancaire peut nous faire refouler inexorablement, j’en parle en connaissance de cause, ça m’est arrivé. Oui, la carte bancaire est une preuve d’identité (sans photo n’est-ce pas, c’est plus rigoureux). D’ailleurs la carte bancaire en question je l’avais obtenue de ma banque… grâce à mon passeport français comme preuve d’identité. Ça ne se raconte pas, ça se visite, il faut l’avoir vécu pour y croire !

Quant au passeport français à renouveler (auprès de l’administration française donc, en l’occurrence le consulat français à New York), même si tout est en règle et facile a priori (je suis inscrite au consulat, j’ai mon ancien passeport, c’est un simple renouvellement, je suis de nationalité française d’une famille française depuis au moins le XIVe siècle voire depuis Clovis, j’ai tous les papiers demandés, les preuves d’adresse, l’acte intégral de naissance, les photos qui suivent les mensurations officielles et obligatoires) je peux être refoulée pour un rien, un papier trop ancien (qui date de 3 mois et 2 jours par exemple) une photo décalée de 2 millimètres ou un poil trop claire ou trop foncée, l’humeur de l’employé ou sa propension à un zèle extrême lui-même motivé par un zèle à l’autre bout, en France, là où le passeport est effectivement fabriqué, il faut bien le dire. Ceci dit les employés du consulat de New York ont toujours été efficaces et charmants depuis le début, mais il suffit que les procédures soient durcies au dernier moment pour une raison de sécurité ou une autre.

Pour le permis de conduire du New Jersey par contre, il faut bien tenir compte de l’incompétence crasse des employés du Motor Vehicule Service du New Jersey, en 14 ans et de multiples visites pour moi ou les enfants, je n’en ai jamais rencontré de compétents ni de charmants —tous sont zélés et au delà, sans nécessité ni efficacité et tous sont extrêmement désagréables — dans cette administration on fait tout pour vous rendre la vie difficile. Fait connu, le Motor Vehicule Services du New Jersey est le pire de tous les États-Unis. Un détail peut vous faire refouler, un timbre mal placé, un autocollant mal attaché sur la voiture, autocollant que l’on enlève tout de suite après avoir passé le permis, c’est un autocollant obligatoire pour passer le permis, il faut payer les 5 ou 6 dollars pour l’acheter (en avance surtout, pas le jour même sinon l’on est refoulé), le coller juste le jour du permis sur sa voiture, celle avec laquelle on passe le permis. Tout le monde l’enlève juste après parce sinon c’est le meilleur moyen de se faire contrôler pour rien par la police — l’autocollant crie « nouveau conducteur » — je vous parle d’un pays qui ne veut absolument pas entendre parler du A (anciennement le 90) pour les nouveaux conducteurs, pour des raisons de sécurité encore… peur que les jeunes de 17 ans se fassent attaquer à cause du A sur la voiture qui divulguerait leur âge. Je n’ai pas tout compris là encore… Mais les autocollants réfléchissants orange sur les plaques d’immatriculation ça va ? Sauf que là le vrai risque est de se faire contrôler comme nouveau conducteur par la police, ce qui peut être embêtant si le nouveau conducteur en question a dépassé le couvre-feu de 23h30 par exemple, avec l’autocollant bien visible de nuit parce que réfléchissant c’est facile de se faire repérer par la police — je sais ça paraît incompréhensible, c’est la logique américaine, on a le droit de conduire, mais pas dans telles conditions et pas après telle heure etc. Rien de très cohérent et certainement pas carré pour la logique et la rigueur française. Plus de 14 ans après j’en découvre encore.

Et le malheur de tomber sur un employé encore plus zélé et encore plus incompétent que les autres, qui ne comprend pas les règlements et les règles : le coup du passeport français pas valable (ça ce n’est que dans dans le New Jersey, le consulat m’a confirmé que le MVS de l’État de New York et d’autres acceptaient le passeport français), le coup de l’initiale en moins sur un document, peut-être même l’accent sur mon prénom, je n’ai pas encore eu le cas mais pourquoi pas ? Mon fils a son prénom écrit à la française sur certains documents et sur d’autres à l’anglo- saxonne, je m’en suis aperçue avec horreur la veille d’aller passer le permis : le document (d’une autre administration américaine) pourrait être déclaré invalide ou du moins invalide à procurer les fameux points d’identité. Ça m’est arrivé pour la fameuse initiale de mon second prénom manquante, la fois d’avant ou d’après c’était passé pourtant, cette fois là il m’avait fallu récidiver 3 fois pour finir par passer dans les mailles du filet, en l’occurrence en la personne d’une employée moins zélée ou moins tatillonne, ou pas sur ce point-là.

Les gens que j’aime sont toujours loin de moi

« Les gens que j’aime sont toujours loin de moi, et dans l’impossibilité de venir me trouver, alors que je peux à tout instant remplir la maison d’hôtes dont je ne me soucie pas le moins du monde. Peut-être, si je les voyais plus souvent, aimerais-je moins ces amis absents — du moins est-ce ce que je pense lorsque le vent hurle autour de la maison et que la nature paraît submergée de chagrin. »
Elizabeth von Arnim (in Elizabeth et son jardin allemand, éditions 10/18)

Elizabeth von Arnim touche juste comme à chaque fois, « les gens que j’aime sont toujours loin de moi ». Dans mon cas la suite est moins vraie, « remplir la maison d’hôtes dont je ne me soucie pas le moins du monde », ça ne s’est pas avéré vrai, de fait.

La maison ne devait effectivement pas désemplir, c’était ce qui était prévu — les deux premières années ça a été (un peu) le cas, cependant bien moins que prévu avant le départ où tout le monde devait défiler, tout le monde m’avait assuré qu’il allait venir. La majeure partie de ces « invités » faisant partie des désirables, ce qui ne gâtait rien.

Puis le temps a passé, ceux qui devaient venir ne sont pas venus, sont peu venus ou ne sont plus venus, la majeure partie des désirables, comme des indésirables, n’est pas venue en vérité. Trop loin trop cher — à l’époque pas tant que ça pourtant.

Le prix, la distance, n’expliquent pas tout non plus. De plus les États-Unis en général et New York en particulier font partie des destinations préférées des Français lorsqu’ils voyagent à l’étranger, pas seulement des Français d’ailleurs. Alors ?

Ce n’est pas le cas chez mes proches mes amis ou mes connaissances apparemment.

J’en viens à penser certains soirs que l’expatriation est une malédiction à tout le moins une punition, qu’il y a ce prix à payer pour me faire regretter — il y a toujours un prix à payer n’est-ce pas ?

Pour me faire rentrer dans la gorge mon excès d’enthousiasme mon envie de vivre quelque chose de différent de pousser les limites de mon monde.

Pour quelles raisons cette punition ?

Jalousie indifférence négligence… inconscience, un peu de tout cela mélangé, c’est « ce que je pense lorsque le vent hurle autour de la maison et que la nature paraît submergée de chagrin. »

Un haïku retrouvé (2005)

À l’est, toi

À l’ouest, toi

La Terre est ronde.

— avril 2005

Publié précédemment dans Paintings from the mind, Haiku par Michèle Laroche, Wen-hsien Wu et Helen Hu chez Blurb.com (Blurb Inc) 2011

http://www.blurb.com/b/2323522-paintings-from-the-mind-haiku?ce=blurb_ew&utm_source=widget

Terre inhospitalière — trace

La réponse à la question je ne l’ai pas trouvée, je n’y ai jamais répondu — ou devrais-je dire pas encore ?

Au début, pour mieux te retrouver — l’éloignement la ferveur des échanges, les projets communs la grande joie des retrouvailles —

te fuir ensuite, mettre la plus grande distance entre toi et moi par peur de te rencontrer au coin d’une rue, hasard ou acte manqué, nécessité impérieuse, incontrôlable —désastreuse à tout le moins.

Maintenant la question se pose à nouveau, remonte à la surface.

Et si c’était tout simplement pour prouver que la Terre était ronde, qu’une fois qu’on est allé de l’autre côté on revient forcément à son point de départ ?

Aller chercher quelqu’un à l’aéroport

Newark Liberty International

Aller chercher qqun a l aeroport

Joie mêlée d’une petite anxiété, l’inquiétude liée à tout voyage, pour tout voyageur (tout va-t-il bien se passer, je n’en dis pas plus — ne pas provoquer le sort) quelque soit le voyage sa durée sa destination. Impatience, on vérifie 100 fois l’heure d’arrivée prévue, on planifie son trajet pour l’aéroport l’heure à laquelle on doit partir, ne pas être en retard pour le héros du jour.

Dernière ligne droite avant l’arrivée du voyageur.

Soulagement bref — tout s’est bien passé — joie vive, il est déjà sorti quand on arrive.

Salutations embrassades rires sourires, une photo pour immortaliser l’instant l’émotion la joie.

Cette joie dont parle Simone de Beauvoir dans La force des choses, « c’est poignant ».

Encore plus poignant pour une expatriée, que peu de gens viennent voir finalement malgré les promesses et les grandes déclarations des débuts — trop loin trop cher trop compliqué.

Attente impatience soulagement joie,

cette joie d’aller chercher quelqu’un de cher à l’aéroport — si rare pour moi.

Retour — trace

Broken Image

Trace d’un retour non prémédité — que je n’ai pu éviter.

Il m’a fallu revenir donc — n’étant pas d’ici, n’étant plus de là-bas je ne reste pas

j’oscille entre les deux côtés, un océan au milieu  — pour rien,

qu’y noyer mes larmes.

Chaque retour comme un miroir brisé — en attente du prochain départ

pour revenir finalement,

où aller où s’arrêter —

quel aller sera sans retour ?

Matin de départ

Matin de départ à nouveau, emballer empaqueter peser

rejeter abandonner laisser

oublier paniquer retrouver

un dernier soupir

il faut y aller

fermer les yeux imaginer être arrivé

enfin

matin de départ, ma vie d’été n’est que départs et arrivées

départs sans toi

               jamais vers toi.

J’ai toujours écrit à New York

de mémoire

j’ai toujours écrit à New York, sur New York, de New York — saisir la trace qu’elle a laissé qu’elle laisse dans ma vie la ville sublime et laide fantasmée idéalisée une déception et une addiction, malgré tout malgré rien j’y reviens sans cesse à peine je la quitte soulagée il me faut y revenir il me faudra la retrouver coûte que coûte quitte à m’y briser les reins de fatigue, une énergie qui me ronge et me stimule tout à la fois, dépendance accoutumance il me faudra revenir à

New York encore et toujours —

une trace dans mes écrits.