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La brioche (les expatriés comprendront)

La brioche importée de mon supermarché

La brioche importée de mon supermarché

J’ai enfin trouvé de la vraie brioche aux États-Unis — les expatriés comprendront.

Jusqu’à présent le plus proche ou le moins lointain, était la challah, cette recette juive de pain tressé qui ressemble à la brioche mais qui n’est pas tout à fait pareille — même les brioches industrielles au supermarché en France sont meilleures et ressemblent plus à de la vraie brioche de boulanger ou faite maison. Je m’en contentais mais ce n’était pas vraiment ça, j’avais fini par me lasser et en acheter de moins en moins souvent — je me contentais des vraies brioches lors de mes séjours en France (de boulangerie ou de supermarché, de toute façon en France elles étaient bien meilleures et bien supérieures c’était Byzance).

La brioche importée du supermarché

La brioche importée du supermarché

En faisant les courses en ce mois de janvier, peu après mon retour, en passant au rayon pain frais de mon supermarché (différent du rayon des toasts et autres pains de mie industriels — les pains frais appelés ici « artisans » sont bien meilleurs) je suis tombée par hasard sur cette brioche appelée vraiment brioche, en français dans le texte, et importée de France. Cela ne pouvait être que de la vraie — il me fallait l’essayer.

La brioche importée du supermarché

La brioche importée du supermarché

C’est de la vraie, je confirme après l’avoir goûtée. La vraie, de la brioche telle que nous la trouvons sans la chercher en France — ne rien tenir pour acquis, si vous saviez la chance alimentaire qu’ils ont les Français en France et tous ceux qui vivent en France. Mes enfants ne s’y sont pas trompés non plus, ils l’adorent ! 

J’en rachète maintenant systématiquement une quand je vais faire des courses au supermarché.

6 dollars, certes 6 dollars, mais les expatriés comprendront…

La brioche importée du supermarché

La brioche importée du supermarché

 

Le Ghanéen de la station-service Delta de Berkeley Heights dans le New Jersey

Pompe de la station Delta de Berkeley Heights

Pompe de la station Delta de Berkeley Heights – photo prise le 20 mars 2018 entre 2 tempêtes de neige

(Il y  a une quinzaine d’années j’avais écrit ce texte sur le Turc de ma station à essence, celle au bout de ma rue, le Turc de la station à essence Getty de Berkeley Heights dans le New Jersey que j’ai republié dans ce blog)

La station existe toujours après des péripéties pour la faire supprimer — une bataille est en cours à nouveau, c’est une autre histoire.

La station existe toujours, cela fait longtemps que ce n’est plus une station Getty, c’est devenu une station Delta.

La station existe toujours, cela fait longtemps aussi que le Turc a disparu, il n’a fait qu’une saison ou moins, comme la plupart des employés plus que temporaires de cette station. Jusqu’à il y a peu dans l’année passée, nous avons eu des Indiens par exemple.

Je n’arrive pas à suivre ni à me souvenir. Le temps à peine de s’habituer qu’ils disparaissent happés par quelle urgence, quelle nécessité ?

Jusqu’à ce nouvel employé — j’avais écrit « envoyé », lapsus presque révélateur — toujours souriant et enjoué, toujours de bonne humeur, avec qui j’ai parlé tai-chi un jour d’octobre que je lui faisais remplir un de mes bidons pour le groupe électrogène.

Ce n’est pas un Turc, lui ne m’entreprend pas non plus, il est même marié et a parlé de moi avec sa femme tant il est impressionné d’avoir rencontré un tai-chi master — moi en l’occurrence ! En vérité je ne suis pas un tai-chi master du tout. Mais cela l’a marqué, depuis il est toujours impressionné quand il me voit et me parle de tai-chi à chaque fois que je viens faire le plein.

Ce nouvel employé que je vois toujours caparaçonné dans plusieurs couches de vêtements, qui me dit systématiquement qu’il a froid — pourtant la saison réellement froide n’a pas encore commencé.

Un jour de novembre qu’il ne faisait guère froid même pour moi qui suis pourtant frileuse — 12/13 degrés —  et qu’il avait force polaire, gilet et veste, comme je lui faisais remarquer qu’il faisait particulièrement agréable ce jour-là, il me répondit « j’ai froid » et me demanda de l’excuser pour aller enfiler un anorak par-dessus de sa polaire.

En le voyant revenir avec sa couche supplémentaire, je lui dis que pourtant il ne faisait pas froid et lui annonçai la mauvaise nouvelle :  une vague de froid, la première de la saison, pour le surlendemain et lui conseillai d’acheter un bonnet en laine. Pas une casquette comme celle que je portais ce jour-là (le mot est le même pour les deux, autrement dit hat, dans mon coin d’Amérique) mais bien le winter hat ou bonnet. Il me dit alors d’attendre, de ne pas partir tout de suite : après avoir mis en route la pompe pour un autre client, il a filé à l’intérieur chercher deux bonnets qu’il m’a montrés fièrement, en me demandant « cela convient-il ? » Deux beaux bonnets bien chauds avec revers donc doubles au niveau des oreilles, ce qui est le mieux pour les jours de grand froid. J’ai levé mon pouce « c’est parfait » son visage un instant inquiet s’est éclairé !

Mais d’où viens-tu donc ? D’un état du Sud pour avoir si froid, parce que tu n’as encore rien vu, le New Jersey devient assez froid en hiver, quand nous avons un de ces Alberta clippers ou encore un polar vortex (tout un programme dans ce nom) sans compter les nor’easters les tempêtes de neige et les avis de blizzard (et nous sommes toujours en attente du big one, du blizzard historique qui doit pulvériser le record du blizzard de l’hiver 1880-1881)

Un autre jour un autre plein, je lui demandai d’où il venait. Du Ghana ! Maintenant je comprends mieux pourquoi il a toujours si froid : même fin septembre quand il faisait dans les 20 degrés il avait son pull polaire. Forcément venant du Ghana, forcément il vient d’un pays tropical ! Cela doit représenter un véritable choc thermique pour lui.

Que vient-il faire dans cette galère hivernale et glacée en devenir ? Quel dommage qu’il n’ait pas pu viser la Floride ou un autre état plus au sud plus au chaud.

(À titre personnel malgré la chaleur des états plus au sud, ils sont sujets à ouragans, hurricanes et autres cyclone ou tornades : entre les ouragans et la neige et le froid je préfère encore la neige et le froid.)

Mais lui, que vient-il faire ici, à Berkeley Heights entre tous les endroits ?

Que vient-il faire, comme mon Turc passé et disparu, ici dans ce nulle part au milieu du New Jersey central ? Combien de temps va-t-il rester ici au-delà de son travail à la station ? (Je ne peux que lui souhaiter de trouver un meilleur emploi, si je ne le vois plus j’espèrerai…) 

Où ira-t-il ensuite ? 

Malgré le froid qui s’installe petit à petit je le vois toujours souriant et enjoué, grelotant avec sa parka et sa polaire, arborant dorénavant son bonnet qu’il ne quitte plus. La dernière fois que j’ai fait le plein il m’a dit qu’il avait trouvé un logement ici à Berkeley Heights, à 10 minutes à pied de la station. Il est ravi de ne plus laisser une partie de sa paye dans les Uber à raison de 20 dollars par jour…

Restera-t-il plus longtemps à la station-service que les autres, restera-t-il plus longtemps à Berkeley Heights ou dans le New Jersey que tous les précédents ? Où ira-t-il ensuite, quel sera son destin ? 

Du New Jersey café,

novembre 2019.

Le Turc de la station à essence Getty de Berkeley Heights dans le New Jersey

La station Getty aout 2002-1

La station Getty – photo prise en août 2002 peu après notre arrivée

Comme le titre d’un roman que Japrisot aurait écrit en Amérique avec des personnages américains pur jus.
Le Turc de la station à essence Getty de Berkeley Heights dans le New Jersey.

Au bas de ma rue.
Une histoire d’immigrant, encore.
Toujours.
Banal, extraordinaire.
Une histoire comme tant d’autres, interchangeable, pourtant unique, simplement universelle.
Une histoire de vie humaine, de destinée, inexorable inoxydable broyant et emportant le fétu de nos pailles. Une petite histoire dans le vent de la grande, une petite brise dans la tourmente des grands mouvements du siècle, des siècles. Juste un homme parmi des milliards, cette vie humaine-là, cet homme-là, lui.
Le Turc de la station essence Getty à Berkeley Heights, New Jersey.

Il est apparu un jour ou un autre cette fin d’été, avec les nouveaux propriétaires – qui sont-ils, comment en sont-ils venus à trouver et employer cet homme-là, lui entre tous, ce Turc-là , cet être humain venu du bout du monde se perdre au bout d’un autre monde, pays gigantesque sur- et sous-peuplé comme son pays d’origine ?
D’où vient-il  ?
Où ira-t-il après ?
Quelle est son histoire dans le vent des mondes ?
Quel sera son destin petit ou grand ? Immense à son échelle, infime aux yeux des autres. Une paille, grain de sable dans l’océan, brillant dans le creux de ma main.
Quel a été son chemin ? Nul ne le saura ou si peu de gens, quelle importance, toutes les importances…
Qui a présidé à sa destinée, au croisement de nos histoires le temps bref d’un échange de quelques mots en faisant le plein de ma voiture ce soir-là de septembre, précisément ?
Qu’est-ce qui a concouru à cette rencontre inopinée inattendue inimaginable ? Banale, incroyable, unique, toutes les histoires se ressemblent, tous les êtres humains, la magie est dans le regard qu’on porte, notre compassion, ma compassion.

Il baragouine un anglais taché de fort accent étranger, le parle mieux qu’il ne le comprend – il n’a pas besoin de comprendre beaucoup pour faire ce travail. Je lui demande le plein, il comprend deux gallons, s’en étonne, nous rions. Comme si ma voiture pouvait s’en contenter…
Je ne porte pas d’alliance, il m’entreprend dans cet anglais poussif qu’il a dû apprendre sur le tas très vite – adaptation brute de survie pour exercer un métier dans cette ville loin de toute communauté turque voire orientale. Seul son langage est poussif, il sait ce qu’il veut et fait tout ce qui est en son pouvoir ténu et ses moyens minimes pour l’obtenir, le langage se pliera à sa volonté, il fera passer son message coûte que coûte.
« Tu n’es pas mariée ? »
« Tu es célibataire ? »
« Tu es célibataire. » Affirmation finale.
Sourire satisfait.

Il ne comprend pas mon accent comme je peine à comprendre le sien. Il comprend ou suppose par défaut naïveté ou  inexpugnable évidence que je suis une immigrée comme lui. « D’où viens-tu ? Avant ici ? » « France. » Il ne comprend pas le mot. Je tente l’explication universelle intemporelle, « Paris » – la partie pour le tout.
« Ah tu es Française ? » Soleil dans son regard qui s’anime encore plus, il m’explique en français qu’il a vécu à Lille – il est « passé par Lille » quelques mois.
Il habite maintenant Scotch Plains à quelques miles de Berkeley Heights, son patron le prend en voiture tous les matins pour aller travailler et le dépose chez lui le soir. Entre les deux, il tue le temps pour quelques dollars dans cette station peu animée de mon quartier résidentiel. Vide existentiel, ennui bouleversant, je ne tiendrais pas cinq minutes à sa place.

Il me drague, veut m’épouser presque, pose des jalons pour une autre rencontre, moins formelle.
« Tu reviens demain. » En riant je lui dis que non, l’essence est trop chère de toute façon, il ne s’avère pas vaincu pour autant, « Lundi alors. Je t’attends. » Il est sûr et affirmatif.
J’apprends le soir même qu’il a entrepris une de mes amies aussi.
En lui téléphonant ce jour-là, je lui raconte « le Turc de la station essence ». « Ah oui le Turc ! » notre nouvelle célébrité, notre héros local, un personnage assurément. Elle aussi s’est faite alpaguer. Comme elle est mariée il lui demande de faire l’entremetteuse, de lui présenter des amies…
Il est en manque de femme, de compagnie et plus si affinités, seul au milieu de ce nulle part américain clinquant néons clignotants « Open », seul.

Pour une poignée de dollars, quelle est la misère, la nécessité qui a forgé son destin, bousculé son quotidien, forcé sa venue, impliqué son atterrissage ici entre tous les endroits de la Terre ? Pourquoi ici ? Comment ici ? D’où vient-il ? A-t-il laissé famille, femme et enfants là-bas ? Pourquoi l’Amérique? Pourquoi  ?
Comment ? Pourquoi, comment ? Comment, pourquoi ? Boucle de questions qui me nouent la gorge.

Comme un titre de Japrisot qui aurait écrit en Amérique.
Un roman noir, peut-être.
Un roman rose,  assurément pas.
Un blues… la réalité brute dure, riante de pleurs éclatante de douces joies.
Quelle est la couleur de sa vie, la trame de son être ?

Qu’adviendra-t-il de lui ?
Où ira-t-il, ensuite ?
Istanbul – Lille – Berkeley Heights New Jersey, et après ? Et avant ?

Calling you, I am calling you.
Je t’appelle du New Jersey café

 

(texte écrit le 22 septembre 2005, qui fait partie du manuscrit en cours. Publié précédemment dans jerseyworks)

À la recherche du panaché parfait

Panaché parfait

Panaché parfait

Pas vraiment parfait mais du panaché classique. En utilisant les boissons sucrées gazeuses d’ici on en est tellement loin que le panaché classique, que tout bar ou tout un chacun est capable de réaliser en France, est ici un Saint-Graal, une quête sans fin — quasi impossible. Tout est dans le quasi.

Les expatriés comme moi comprendront cette nostalgie pour des denrées des boissons ou des traditions bien françaises — que peut-être la moitié des Français n’apprécie même pas, ce qui est tout à fait légitime. Serais-je restée en France que peut-être je ne boirais pas de panaché maintenant non plus.

C’est non seulement la France que ça me rappelle mais encore plus ma jeunesse, mon adolescence, les mois d’été où nous avions accès à cette boisson (faite à la maison, moitié bière moitié limonade, quoi de plus simple, pas de quoi en écrire un livre de recettes semblait-il en ce temps-là, en cet endroit-là ) pendant que les adultes buvaient quelque chose de plus sérieux — plus alcoolisé aussi.

Alors je suis partie à la recherche du panaché perdu. Dans mon autre blog, mon blog de vin je raconte mes essais avec mon fils comme cobaye et à quoi nous sommes arrivés — à quel mélange de boisson sucrée gazeuse en lieu de limonade, inexistante ici, et de bière pour obtenir un succédané de panaché. Les expatriés se contentent de beaucoup de succédanés.

Mais aujourd’hui j’ai réussi à préparer le panaché parfait — le panaché tel que nous le buvons quand nous allons en France — grâce à une limonade française, importée, vendue à prix d’or et qui m’a coûtée plus cher que la bière (pourtant d’importation française aussi) limonade achetée dans un magasin genre Fauchon ou plutôt Monoprix Gourmet mais avec les prix de Fauchon voire plus.

Moment de nostalgie, à la recherche du panaché perdu.

Panaché parfait

Panaché parfait

Écrire — trace (suite)

Quand il a été question de départ (aux États-Unis) je m’étais dit que je ferais une sorte de « journal d’une migration » et puis c’est resté lettre morte, métier à la con oblige et autres raisons tout aussi avouables qui font qu’on remet toujours aux calendes grecques ce que l’on devrait faire séance tenante.

Et, pour tout te dire, j’ai quand même commencé à écrire mais pas de la façon prévue, sans le vouloir en quelque sorte. On se fait toujours rattraper par son destin à un moment donné, il faut y faire face.

Le 17 août 2004

Décalage — trace

Kennedy Airport de nouveau. En attente de l’avion qui me ramène ou m’enlève ? Imminence de l’embarquement — vers quelle destination ? Française revenant au pays ou Américaine de passage en France ? Les repères sont flous — inexistants faussés.
Arrivée d’une façon, repartie d’une autre, opposée. Transit entre deux états — d’âme ou de cœur. Virage à 180 degrés, la boussole qui indique le sud, ou indique-t-elle plutôt le nord, enfin?

Les mots sont vides de sens, chacun signifie son contraire, oscillation de l’aimante. Je reprendrai cette lettre plus tard, tout tourbillonne.

Plus tard ou plus tôt, le temps et l’espace sont courbes, virent à l’intangible : je suis dans l’avion du retour, du départ, je ne sais plus — de quelle direction s’agit-il, où est l’arrivée où est le départ ? Je suis en train de passer une nuit blanche, décalage horaire et état planant, je crois que vous êtes déjà demain à Paris.

Et je ne sais où je suis exactement, quelque part dans le ciel… le septième certainement.

 

(texte écrit le 9 juillet 2002 dans l’avion du « retour » après le voyage éclair pour finaliser la procédure d’immigration américaine — petit départ avant le grand départ fin août 2002)

Décalage

Le décalage est grand surtout lorsque l’on voyage à contretemps, que l’on remonte le temps, on pense évidemment au décalage horaire — décalage majeur 6 heures à contresens pour le cerveau quand il est déjà si tard de l’autre côté de l’Atlantique et à peine la fin de l’après-midi de ce côté-ci.

Pourtant le décalage horaire malgré son effet immédiat et brutal est le moindre de tous, il y a les autres décalages a priori plus anodins voire anecdotiques mais plus envahissants en vérité puisqu’ils persistent, ne s’effacent pas avec le temps, le décalage alimentaire, violent, impossible à surmonter même et surtout après des années, le décalage culturel dont le décalage alimentaire représente une petite partie — ce décalage culturel dont peu de gens mesurent l’écart sur le coup, on commence à s’en apercevoir enfin en Europe. Après tout nous sommes tous en Occident… mais ce n’est pas le même Occident, je serais partie en expatriation au fin fond de la Chine ou de l’Inde que l’écart ne serait pas plus grand, même quand je suis partie il y a 15 ans et quelques. Le décalage culturel est seulement moins visible, ces deux mondes se ressemblent tellement à première vue — c’est pourtant un choc culturel entre là-bas et ici, ici et là-bas.

Enfin le dernier mais pas le moindre, le décalage de températures, décalage météorologique, le plus difficile et fatigant surtout en hiver avec ses vagues de froid, de neige — un écart de températures de 30 degrés et plus entre le départ et l’arrivée.

Leçon de longévité

Gewurztraminer 1989

Gewurztraminer 1989

 

Gewurztraminer 1989

Gewurztraminer 1989

Ouvert ce soir une bouteille parmi les quelques derniers cartons de vins déménagés il y a 15 ans, cartons qui étaient restés, presque inaccessibles, au fond de mon sous-sol, derrière des outils et autres matériels de bricolage. Un Gewurztraminer 1989. Je sais que les vins blancs ont une grande longévité, bien plus grande que les vins rouges, tous les œnophiles le savent, les Riesling et Gewurztraminer en particulier dans la catégorie Alsace des vins blancs. Mais je ne m’attendais pas  à ce qu’il soit aussi bon, excellent en fait. Après tout ce vin a 28 ans, cela peut passer pour un Gewur, mais encore il a voyagé en bateau ce qui lui ajoute des années virtuelles. Les voyages en bateau font vieillir les vins plus vite — une méthode pour vieillir artificiellement des vins trop jeunes à boire. Enfin il n’a pas été conservé comme il faut, il est resté dans son carton semi-isotherme mais dans l’endroit du sous-sol où je range mes outils, endroit non chauffé pendant de nombreuses années. Il y a même des années où il y a fait -10 pendant plusieurs jours (en 2007 les tuyaux d’eau pourtant isolés et chauffés avaient gelé, le filtre isolé aussi avait explosé). Depuis cet épisode qui avait valu 5 centimètres d’eau dans tout le reste du sous-sol lui chauffé et habité, je maintiens une température de +10 degrés au minimum en chauffant avec un petit radiateur électrique cet appentis en sous-sol de la maison.

Pourtant ce vin a non seulement survécu mais également bonifié, il n’a pas encore passé son apogée il est encore dans sa grandeur, malgré l’âge, le voyage en bateau dans le porte-container et l’attente en douane sous un soleil de plomb pendant plusieurs semaines. En 2002, l’année du déménagement, il avait fait 40 degrés tout l’été depuis le début du mois de juillet jusqu’à la mi-septembre et le container parti fin juillet en bateau du Havre était resté en douane quelques semaines au port Newark sous cette chaleur extrême. Et malgré aussi les multiples hivers dans un appentis non tempéré — un bel exemple de longévité en dépit de conditions pour le moins adverses.

Provisions pour l’été

Les expatriés apprécieront…

Le sirop Teisseire (et le sirop tout court) est quasiment inconnu hors de France, c’est une spécialité purement endémique. Nous nous en régalons, alors heureusement la fée amazone peut nous en procurer — à prix d’or cependant mais c’est un petit bout de France quand on est au loin, les expatriés comprendront.

Provisions pour l'été

Provisions pour l’été