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Mon second cerveau

Mon fils cadet à 2 ans et demi, le petit geek, à Chatou en 2001
Mon fils cadet à 2 ans et demi, le petit geek à Chatou en 2001

« Ton ordinateur, c’est ton second cerveau », me disait une connaissance au début des années 2000. C’était en 2003 et je ne quittais guère ce petit ordinateur portable appelé Titanium que j’avais acheté en juillet 2002 —mon premier ordinateur potable.

J’ai commencé avec les ordinateurs, « micro-ordinateurs » comme on les appelait alors au début des années 80, en fac de chimie à Nice — j’avais pris l’option « informatique », l’informatique dans le cadre de la chimie bien entendu, avec des ordinateurs que l’on branchait sur une télé (ils n’avaient pas d’écrans dédiés à l’époque) et que l’on reliait à un magnétophone à cassettes en guise de disque dur — c’était avant l’apparition de la disquette souple. Peu de temps après un de ces ordinateurs a fait son apparition chez moi, un Apple pour être en phase avec l’université de chimie qui travaillait avec des machines Apple et pouvoir bénéficier de leurs imprimantes (les imprimantes étaient des machines hors de prix en ce temps-là) : c’était un ordinateur Apple II qui avait un écran à lui et un lecteur de disquettes souple, le comble du modernisme, bientôt amélioré avec un second lecteur de disquettes pour plus de capacité.

Ensuite nous avons toujours eu un ordinateur à la maison, puis 2 à la fin des années 90 pour partager avec les 3 enfants. Internet est venu en 1996 aussi, à peu près au même moment où le second ordinateur est entré dans la maison.

Mon premier ordinateur portable, appelé Titanium

En juillet 2002 j’ai acheté mon premier ordinateur portable — premier portable et premier ordinateur personnel que je ne partageais avec personne. C’était au moment du grand départ (juste avant le grand départ, pendant le voyage de reconnaissance pour trouver notre maison, début juillet 2002) et cet achat s’est révélé crucial pour gérer ce grand départ, le déménagement, le transfert et tous les problèmes administratifs et pratiques à régler, notamment pendant que toutes nos affaires et nos ordinateurs, de bureau donc, étaient dans les cartons, en transit dans les camions et dans le bateau — pendant un bon mois et demi. À l’époque il n’y avait pas de téléphone de type smartphone (qui sont en réalité de véritables petits ordinateurs de poche, pour le meilleur et pour le pire c’est un autre sujet), à peine des téléphones mobiles qui permettaient seulement d’envoyer et de recevoir des textos (SMS) et ce uniquement dans le même pays, pas plus. Et qui servaient essentiellement à téléphoner comme leur nom l’indique et comme ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Plus tard j’ai évidemment changé cet ordinateur pour un modèle plus récent (entretemps j’avais changé disque dur et batterie qui étaient tous 2 tombés en rade — heureusement que j’ai toujours été maniaque des sauvegardes, au moins de mes données, depuis le jour 1 : sur disquettes au début puis sur de gros disques amovibles Zip puis enfin sur des disques durs ainsi qu’en gravant des CD et DVD et pour finir, aujourd’hui, toujours sur des disques durs ainsi qu’une sauvegarde en ligne et l’usage du « cloud «  (qui n’est pas une sauvegarde du tout). L’ancien « portable » est allé aux enfants qui l’ont fini. Nous avons fini par laisser tomber les ordinateurs de bureau une fois qu’ils ont été tous hors d’état et avons fonctionné avec des portables, neufs pour les adultes , les enfants héritant de celui que nous changions, à force ils ont fini par avoir chacun le leur. Quand mon fils aîné a quitté la maison en 2011, il avait le sien, acheté neuf en 2010 pour ses 18 ans.

Maintenant seul mon cadet a un énorme ordinateur de bureau Mac, nécessaire pour ses études de production musicale ce qui demande des logiciels puissants et de la puissance informatique, puissance fournie seulement par un ordinateur de bureau (ou alors pour avoir la même chose en portable il faudrait mettre un prix exorbitant), acheté reconditionné chez Apple, un modèle sorti 6 mois plus tôt mais à bien meilleur prix qu’un neuf. Il gardait son portable (aussi acheté reconditionné quelques années plus tôt, quand un des mes vieux portables qu’il finissait s’est ouvert en deux, l’écran se séparant du reste — irréparable). Ce portable acheté en 2013 est mort de sa belle mort l’an dernier durant  l’été 2020 mais il ne s’en servait pour rien de crucial, il le finissait en quelque sorte en regardant Netflix et YouTube le soir dans son lit. Chose qu’il peut faire de toute façon sur son smartphone ou via sa console de jeux sur sa télé. Mon fils cadet est un « geek » dans le sens « techie » passionné d’activités informatiques en tous genres, pas dans le sens péjoratif du terme geek, raison pour laquelle il n’aime pas que je l’utilise. À ce compte-là moi aussi je suis une geek, alors disons techie. Je lui ai néanmoins réinstallé tout son historique sur un ancien portable de 2011, un peu lent mais toujours vivant, qui était mon portable de l’époque et qui est passé ensuite à ma fille qui a fait toute son université avec (elle rallait souvent parce qu’il était vraiment devenu lent mais il a tenu le coup surtout après que la carte vidéo ait grillé et que nous l’ayons porté pour réparation hors garantie chez Apple qui l’a remis intégralement à neuf gratuitement pour une raison (sans doute des procès en malfaçon en cours ? ), une raison que j’ignore : en gros quelque part en 2015 tout, absolument tout sauf le disque dur (qui avait lâché quelques années auparavant et avait été changé de toute façon, cette fois sous garantie officielle) donc tout avait été changé, depuis la carte-mère jusqu’au clavier à la coque à l’écran et la carte vidéos et les ports).

Donc quand mercredi, la semaine dernière, mon ordinateur en cours a donné soudainement des signes de faiblesse, je ne me suis pas alarmée outre mesure, je savais que j’allais devoir le changer dans les mois qui venaient puisque je l’avais acheté en 2014 et qu’il commençait à être très lent et à surchauffer souvent. Certaines pièces ne marchaient plus depuis un certain temps, comme la batterie qui avait dépassé son nombre de charges maximum depuis 2 ou 3 ans (mais Apple a changé ses façons de faire ces dernières années et ils « ne pouvaient plus » me remplacer cette batterie, même moyennant finances, il faillait racheter un ordinateur ! J’avais décliné bien entendu et je vivais avec mon chargeur à portée de main et en le laissant branché la plupart du temps). En vieillissant il ralentissait aussi beaucoup. Pour le courant (Internet et e-mail ) cela allait encore mais cela me prenait de plus en plus de temps pour traiter les photos et les vidéos (gros consommateurs de puissance, j’avais à l’époque de l’achat pris les options de mémoire et de processeur maximales pour justement traiter photos et vidéo et garantir une utilisation plus longue dans le temps, future proof, comme on dit ici). Depuis un an ou 2 ça commençait à faire beaucoup pour cet ordinateur de 2014, modèle 2013 qui plus est. Je voulais tenir le coup encore quelques mois puisque les nouveaux modèles qui me permettraient de « future proof «  ne sont pas attendus avant l’automne au mieux, sans doute novembre. Le son non plus ne marchait plus mais je le branchais sur des haut-parleurs extérieurs que j’avais et qui traînaient sans être utilisés, qui ont retrouvé une utilité et dont j’ai redécouvert accessoirement la qualité. Le lecteur de cartes photo marchait aléatoirement mais il m’a été facile de trouver un petit lecteur de carte pour une somme raisonnable. Donc je continuais sans trop de problèmes à part la lenteur.

derrières sauvegardes sur l’ordinateur mourant

Mercredi il a commencé à donner des signes de sa fin proche : je faisais quelque chose et il s’éteignait brutalement sans signe précurseur tout en étant branché et sans surchauffer. La première fois je l’ai rallumé. J’étais en train d’éditer une vidéo, chose extrêmement gourmande en puissance (cela fait longtemps que j’ai renoncé à seulement filmer en 4K puisqu’à l’époque où j’ai commencé à faire de la vidéo, en 2017, mon ordinateur n’avait pas apprécié ) je l’ai rallumé et ai fait autre chose sans trop y prêter attention. Puis j’ai décidé d’éditer des photos (un peu moins gourmandes en puissance). Je suis descendue me faire un thé et une fois remontée à mon bureau j’ai trouvé l’ordinateur éteint à nouveau. Il s’est encore éteint brutalement 2 autres fois dans l’après-midi, alors que je ne faisais ni photos ni vidéo, seulement du mail ou regarder YouTube. J’ai compris que la pauvre petite chose était en train de lâcher définitivement. J’ai tout arrêté, fait quelques dernières sauvegardes sur disques durs, vérifié ma sauvegarde en ligne, que mes fichiers dans le cloud étaient bien à jour et je me suis mise en quête d’en acheter un nouveau. Après tout cela fait 7 ans que j’utilisais celui-ci, j’allais dire jour et nuit ou presque, avec traitement vidéo et photo sur des logiciels gourmands en puissance. En plus de cet usage audiovisuel, je fais tout, absolument tout, sur mon ordinateur — je ne suis pas une personne qui utilise beaucoup le smartphone ni la tablette. Toute la gestion de la vie courante, les factures, les rendez-vous, les recherches YouTube pour les réparations et bricolages dans et autour de la maison, les achats d’outils et autres, sans compter absolument tous mes travaux personnels en plus des photos et vidéos (que je vends un petit peu, je commence tout juste à en vendre un peu plus régulièrement) : plus important encore, mes écrits (tous mes manuscrits, tous mes poèmes et tous mes haïku) et toute la documentation qui va avec, sont stockés sur mon ordinateur, ma base e-mail qui contient localement tous mes mails depuis 1996 et qui me sert de référence pour mes écrits. Finalement outre mes manuscrits en cours ou finis et mes brouillons, tous mes souvenirs sont numérisés d’une façon ou d’une autre (mails, photos, vidéos, documents, scans) ainsi que ma bibliothèque ma discothèque et ma vidéothèque, ma collection de vin (même si elle est toute petite et ne comprend qu’une 50taine de bouteilles) : toutes sont conservées et gérées par l’ordinateur.

juste avant l’arrivée virtuelle des élèves de tai-chi, prête pour donner le cours

Jusqu’à mes cours de tai-chi : toute la communication avec mon employeur et avec ma chef (que je voyais régulièrement « en vrai » lorsque j’allais donner mes cours physiquement au centre de sport : avant la pandémie si nous avions quelque chose à nous dire ou à régler, cela se faisait dans le couloir ou dans son bureau). Depuis la pandémie tout se fait par e-mail et par texto (les heures travaillées, le nombre d’élèves présents, etc.) Jusqu’aux cours eux-mêmes que je donne sur Zoom. Ceci dit j’ai refusé d’impliquer mon ordinateur qui justement était trop vieux et que je voulais réserver à la photo et vidéo qui puisent suffisamment de ressources pour ne pas y ajouter de l’émission vidéo (émission dans le sens télévision du terme car c’est de cela qu’il s’agit avec les cours sur Zoom). J’ai fait un montage technique avec mon téléphone et ma tablette (très vieille elle aussi et le téléphone n’est pas des plus récents non plus) alors que mes enfants m’assuraient que ce n’était pas possible de faire des cours Zoom avec plusieurs participants en utilisant un téléphone à cause de la taille de l’écran. Mais souvenez-vous je suis une geek aussi donc j’ai trouvé une solution [voir photo] avec ma tablette et un vieux téléviseur qui traînait dans le basement (au sous-sol) et j’ai monté un petit studio télé dans mon sous-sol avec également une tenture murale qui appartenait à ma fille pour cacher mes étagères ainsi q’une lampe Ikea comme éclairage de studio. Donc l’ordinateur n’a jamais été concerné ni fatigué et abimé par les conférences Zoom.

montage du « studio télé » pour les cours de tai-chi via Zoom (juin 2020)
montage du « studio télé » pour les cours de tai-chi via Zoom (juin 2020)
montage du « studio télé » pour les cours de tai-chi via Zoom (juin 2020)

Mon second cerveau donc.

En attendant l’arrivée du nouveau acheté en ligne, arrivée prévue tout d’abord pour le lendemain puis repoussée au lundi — un long, très long week-end puisque je me servais à peine de l’ordinateur mourant, qui s’arrêtait même lorsque je faisais des tâches qui ne demandaient que peu de puissance —  comme je voulais le garder vivant quand même, j’ai arrêté de l’utiliser et ne faisais plus que des sauvegardes. Et j’ai utilisé mon téléphone pour les urgences.

Très long week-end quand toute son activité se produit sur cette petite machine — mon second cerveau. Heureusement je pouvais regarder des films et des vidéos sur Netflix et YouTube sur ma télé connectée à Internet (je n’ai pas la télé en tant que telle : pas de réseau télévisuel classique), chose que je fais rarement parce que j’ai trop d’autres activités,  l’écriture, la photo et la vidéo — qui malheureusement requièrent un ordinateur, impérativement pour la photo et la vidéo.

Malheureusement cela s’est très mal passé avec le nouvel ordinateur (une première pour moi avec un appareil Apple, fabricant qui a toujours été cher mais fiable) et le lundi soir j’étais encore loin d’être fonctionnelle, « up and running » comme on dit ici. Il m’a fallu attendre le jeudi soir suivant et l’achat d’un autre ordinateur, portable cette fois après la parenthèse ordinateur de bureau rendu à Apple le jeudi. Donc une longue semaine sans ordinateur. Et encore j’ai « triché » pour parer au plus pressé, comme acheter l’ordinateur la première fois, puis étudier la gamme des portables pour le second achat : j ai utilisé le vieil ordinateur de 2011 qui m’a bien sauvée pour les urgences aussi, comme payer les factures — mais sans possibilité de continuer mes travaux personnels. Heureusement que mes cours de tai-chi ne nécessitaient pas d’ordinateur.

Donc une semaine sans ordinateur ou presque, du moins sans mes données, sans mon environnement (et encore je ne suis pas à plaindre puisque j’avais accès à une partie de mes données comme les e-mails de mes boites de réception et d’envoi sur le téléphone ainsi que l’accès à Internet via le téléphone et le vieil ordinateur). Longue semaine où je n’ai presque rien avancé, presque rien fait de ce que je fais habituellement.

C’est la dépendance qui m’a fait peur, pas la dépendance au sens obsession maladive mais la dépendance matérielle parce que sans ordinateur je ne peux presque rien faire, ni la gestion de la vie courante (sauf en mode très dégradé) ni aucune de mes activités : les photos il faut un ordinateur pour les traiter puisqu’elles sont numériques, les vidéos encore plus. Écrire je peux encore le faire sur un cahier mais pour publier sur mes blogs il faut bien l’ordinateur. Le téléphone est un pis-aller, l’écran est trop petit et il n’y a pas toutes les possibilités d’un ordinateur. Et le téléphone ce n’est vraiment pas mon truc. Ainsi que toute ma mémoire qui est dans cet ordinateur, c’est de cela que j’avais peur : de tout perdre de cette archive qui résume ma vie durant ces 20 dernières années même si je commence à faire des films résumés et des albums photo en papier (les photo books). Le temps que j’écrive tous les livres que je veux écrire, la mémoire reste dans cette machine — j’avais l’impression d’être avec le Hall 9000 de L’odyssée de l’espace, quand l’ordinateur Hal 9000 est déconnecté et retombe en enfance en oubliant tout.

Ma fille m’a dit, « ça te fait des vacances ». Certes. Sur le fond elle a raison mais même la gestion de l’essentiel, les factures, la banque etc, était en mode dégradé : j’ai paré au plus pressé mais je n’avais pas mes documents, mes copies et mes factures — je n’imprime plus depuis un moment sauf ponctuellement, mais je sauvegarde en documents électroniques PDF dans mon ordinateur. Tout ceci était inaccessible. Où est passé le temps béni où l’on avait seulement 3 ou 4 factures à gérer, l’électricité le gaz l’eau et le téléphone ? Maintenant on en a plus, beaucoup plus, ainsi que des abonnements à tout un tas de choses et je ne parle pas que de Netflix : certains sont des abonnements pour le fonctionnement de la maison (encore que j’ai limité au maximum et j’en ai supprimé au fur et à mesure comme l’abonnement termites, oui un abonnement termites ! une belle arnaque c’est une autre histoire, enfin ce genre de choses).

Sans parler encore de mes travaux personnels d’écriture, de photo et vidéos, ce blog. Rien n’était perdu mais rien n’était accessible, du moins pas facilement et de toute façon pour tout ça il faut un ordinateur (pas nécessairement un Mac mais un ordinateur en tout cas).

C’est cette dépendance qui m’a fait peur, qui me fait peur, surtout pour mes « souvenirs ». Mon ordinateur est mon second cerveau, mon assistant pour me rappeler les choses à faire, mon agenda, mon cerveau de secours ou la sauvegarde de mon cerveau pour tous les souvenirs, moments de ma vie que j’ai soit tendance à oublier soit à déformer ou à me rappeler partiellement. Je suis une énorme utilisatrice des e-mails, qui racontent ma vie entière du moins de ces 20 dernières années avec l’expatriation. Au début de notre expatriation il n’y avait pas Skype ni smartphones pour garder le contact ou donner des nouvelles. Les appels téléphoniques classiques internationaux coûtaient très cher (c’est toujours le cas mais maintenant on a d’autres moyens par Internet et avec le visuel en plus). Donc ma base mail contient tous ces souvenirs, les anecdotes et aventures que je racontais à mes parents, mes amis — nos premiers pas dans notre nouveau pays — et sont destinés à alimenter un livre en cours de rédaction. Une partie a été exportée de la base mail et sauvegardée en fichiers textes mais ce sont toujours des fichiers…

Sans compter que je me suis mise sérieusement à écrire quand j’ai eu mon premier ordinateur portable à moi, où mes écrits étaient à l’abri de tous regards ou de toutes erreurs, de mes enfants par exemple. Et je l’avais tout le temps avec moi pendant les allers-retours entre les pays, pendant les voyages, les séjours loin de la maison, les périodes de transitions sans maison et dans les hôtels.

Être sans Internet c’est une chose handicapante — nous avons passé plusieurs mois voire années à résoudre les mauvais fonctionnements de notre fournisseur précédent en fonctionnant en mode dégradé ou sans pouvoir fonctionner certaines fois.

Être sans électricité encore plus — j’ai expérimenté plusieurs fois depuis que nous sommes aux États-Unis, dont la pire des fois pendant 13 jours et demi — c’est long très long, cela semble durer 13 mois. 

Mais sans ordinateur pendant une longue semaine (ce que j’ai rarement expérimenté, les quelques fois où il a fallu le faire réparer cela ne durait que 3 ou 4 jours maximum), surtout sans savoir si j’allais avoir accès à mes données à nouveau, ce qui m’a fait très peur, c’est encore la situation la plus handicapante de toutes — pour moi.

Alors oui, cette dépendance que j’ai touchée du doigt pendant cette semaine passée, me fait peur. Je la connaissais seulement en théorie, sans jamais l’avoir vraiment expérimentée puisque j’ai toujours eu un ordinateur avec moi depuis presque 20 ans. Effrayant mais je n’ai pas a priori d’idée ni de solution autres, mon ordinateur est mon second cerveau.

le nouveau portable en train de transférer jeudi après midi
transfert réussi !

La brioche (les expatriés comprendront)

La brioche importée de mon supermarché

La brioche importée de mon supermarché

J’ai enfin trouvé de la vraie brioche aux États-Unis — les expatriés comprendront.

Jusqu’à présent le plus proche ou le moins lointain, était la challah, cette recette juive de pain tressé qui ressemble à la brioche mais qui n’est pas tout à fait pareille — même les brioches industrielles au supermarché en France sont meilleures et ressemblent plus à de la vraie brioche de boulanger ou faite maison. Je m’en contentais mais ce n’était pas vraiment ça, j’avais fini par me lasser et en acheter de moins en moins souvent — je me contentais des vraies brioches lors de mes séjours en France (de boulangerie ou de supermarché, de toute façon en France elles étaient bien meilleures et bien supérieures c’était Byzance).

La brioche importée du supermarché

La brioche importée du supermarché

En faisant les courses en ce mois de janvier, peu après mon retour, en passant au rayon pain frais de mon supermarché (différent du rayon des toasts et autres pains de mie industriels — les pains frais appelés ici « artisans » sont bien meilleurs) je suis tombée par hasard sur cette brioche appelée vraiment brioche, en français dans le texte, et importée de France. Cela ne pouvait être que de la vraie — il me fallait l’essayer.

La brioche importée du supermarché

La brioche importée du supermarché

C’est de la vraie, je confirme après l’avoir goûtée. La vraie, de la brioche telle que nous la trouvons sans la chercher en France — ne rien tenir pour acquis, si vous saviez la chance alimentaire qu’ils ont les Français en France et tous ceux qui vivent en France. Mes enfants ne s’y sont pas trompés non plus, ils l’adorent ! 

J’en rachète maintenant systématiquement une quand je vais faire des courses au supermarché.

6 dollars, certes 6 dollars, mais les expatriés comprendront…

La brioche importée du supermarché

La brioche importée du supermarché

 

Le Ghanéen de la station-service Delta de Berkeley Heights dans le New Jersey

Pompe de la station Delta de Berkeley Heights

Pompe de la station Delta de Berkeley Heights – photo prise le 20 mars 2018 entre 2 tempêtes de neige

(Il y  a une quinzaine d’années j’avais écrit ce texte sur le Turc de ma station à essence, celle au bout de ma rue, le Turc de la station à essence Getty de Berkeley Heights dans le New Jersey que j’ai republié dans ce blog)

La station existe toujours après des péripéties pour la faire supprimer — une bataille est en cours à nouveau, c’est une autre histoire.

La station existe toujours, cela fait longtemps que ce n’est plus une station Getty, c’est devenu une station Delta.

La station existe toujours, cela fait longtemps aussi que le Turc a disparu, il n’a fait qu’une saison ou moins, comme la plupart des employés plus que temporaires de cette station. Jusqu’à il y a peu dans l’année passée, nous avons eu des Indiens par exemple.

Je n’arrive pas à suivre ni à me souvenir. Le temps à peine de s’habituer qu’ils disparaissent happés par quelle urgence, quelle nécessité ?

Jusqu’à ce nouvel employé — j’avais écrit « envoyé », lapsus presque révélateur — toujours souriant et enjoué, toujours de bonne humeur, avec qui j’ai parlé tai-chi un jour d’octobre que je lui faisais remplir un de mes bidons pour le groupe électrogène.

Ce n’est pas un Turc, lui ne m’entreprend pas non plus, il est même marié et a parlé de moi avec sa femme tant il est impressionné d’avoir rencontré un tai-chi master — moi en l’occurrence ! En vérité je ne suis pas un tai-chi master du tout. Mais cela l’a marqué, depuis il est toujours impressionné quand il me voit et me parle de tai-chi à chaque fois que je viens faire le plein.

Ce nouvel employé que je vois toujours caparaçonné dans plusieurs couches de vêtements, qui me dit systématiquement qu’il a froid — pourtant la saison réellement froide n’a pas encore commencé.

Un jour de novembre qu’il ne faisait guère froid même pour moi qui suis pourtant frileuse — 12/13 degrés —  et qu’il avait force polaire, gilet et veste, comme je lui faisais remarquer qu’il faisait particulièrement agréable ce jour-là, il me répondit « j’ai froid » et me demanda de l’excuser pour aller enfiler un anorak par-dessus de sa polaire.

En le voyant revenir avec sa couche supplémentaire, je lui dis que pourtant il ne faisait pas froid et lui annonçai la mauvaise nouvelle :  une vague de froid, la première de la saison, pour le surlendemain et lui conseillai d’acheter un bonnet en laine. Pas une casquette comme celle que je portais ce jour-là (le mot est le même pour les deux, autrement dit hat, dans mon coin d’Amérique) mais bien le winter hat ou bonnet. Il me dit alors d’attendre, de ne pas partir tout de suite : après avoir mis en route la pompe pour un autre client, il a filé à l’intérieur chercher deux bonnets qu’il m’a montrés fièrement, en me demandant « cela convient-il ? » Deux beaux bonnets bien chauds avec revers donc doubles au niveau des oreilles, ce qui est le mieux pour les jours de grand froid. J’ai levé mon pouce « c’est parfait » son visage un instant inquiet s’est éclairé !

Mais d’où viens-tu donc ? D’un état du Sud pour avoir si froid, parce que tu n’as encore rien vu, le New Jersey devient assez froid en hiver, quand nous avons un de ces Alberta clippers ou encore un polar vortex (tout un programme dans ce nom) sans compter les nor’easters les tempêtes de neige et les avis de blizzard (et nous sommes toujours en attente du big one, du blizzard historique qui doit pulvériser le record du blizzard de l’hiver 1880-1881)

Un autre jour un autre plein, je lui demandai d’où il venait. Du Ghana ! Maintenant je comprends mieux pourquoi il a toujours si froid : même fin septembre quand il faisait dans les 20 degrés il avait son pull polaire. Forcément venant du Ghana, forcément il vient d’un pays tropical ! Cela doit représenter un véritable choc thermique pour lui.

Que vient-il faire dans cette galère hivernale et glacée en devenir ? Quel dommage qu’il n’ait pas pu viser la Floride ou un autre état plus au sud plus au chaud.

(À titre personnel malgré la chaleur des états plus au sud, ils sont sujets à ouragans, hurricanes et autres cyclone ou tornades : entre les ouragans et la neige et le froid je préfère encore la neige et le froid.)

Mais lui, que vient-il faire ici, à Berkeley Heights entre tous les endroits ?

Que vient-il faire, comme mon Turc passé et disparu, ici dans ce nulle part au milieu du New Jersey central ? Combien de temps va-t-il rester ici au-delà de son travail à la station ? (Je ne peux que lui souhaiter de trouver un meilleur emploi, si je ne le vois plus j’espèrerai…) 

Où ira-t-il ensuite ? 

Malgré le froid qui s’installe petit à petit je le vois toujours souriant et enjoué, grelotant avec sa parka et sa polaire, arborant dorénavant son bonnet qu’il ne quitte plus. La dernière fois que j’ai fait le plein il m’a dit qu’il avait trouvé un logement ici à Berkeley Heights, à 10 minutes à pied de la station. Il est ravi de ne plus laisser une partie de sa paye dans les Uber à raison de 20 dollars par jour…

Restera-t-il plus longtemps à la station-service que les autres, restera-t-il plus longtemps à Berkeley Heights ou dans le New Jersey que tous les précédents ? Où ira-t-il ensuite, quel sera son destin ? 

Du New Jersey café,

novembre 2019.

Le Turc de la station à essence Getty de Berkeley Heights dans le New Jersey

La station Getty aout 2002-1

La station Getty – photo prise en août 2002 peu après notre arrivée

Comme le titre d’un roman que Japrisot aurait écrit en Amérique avec des personnages américains pur jus.
Le Turc de la station à essence Getty de Berkeley Heights dans le New Jersey.

Au bas de ma rue.
Une histoire d’immigrant, encore.
Toujours.
Banal, extraordinaire.
Une histoire comme tant d’autres, interchangeable, pourtant unique, simplement universelle.
Une histoire de vie humaine, de destinée, inexorable inoxydable broyant et emportant le fétu de nos pailles. Une petite histoire dans le vent de la grande, une petite brise dans la tourmente des grands mouvements du siècle, des siècles. Juste un homme parmi des milliards, cette vie humaine-là, cet homme-là, lui.
Le Turc de la station essence Getty à Berkeley Heights, New Jersey.

Il est apparu un jour ou un autre cette fin d’été, avec les nouveaux propriétaires – qui sont-ils, comment en sont-ils venus à trouver et employer cet homme-là, lui entre tous, ce Turc-là , cet être humain venu du bout du monde se perdre au bout d’un autre monde, pays gigantesque sur- et sous-peuplé comme son pays d’origine ?
D’où vient-il  ?
Où ira-t-il après ?
Quelle est son histoire dans le vent des mondes ?
Quel sera son destin petit ou grand ? Immense à son échelle, infime aux yeux des autres. Une paille, grain de sable dans l’océan, brillant dans le creux de ma main.
Quel a été son chemin ? Nul ne le saura ou si peu de gens, quelle importance, toutes les importances…
Qui a présidé à sa destinée, au croisement de nos histoires le temps bref d’un échange de quelques mots en faisant le plein de ma voiture ce soir-là de septembre, précisément ?
Qu’est-ce qui a concouru à cette rencontre inopinée inattendue inimaginable ? Banale, incroyable, unique, toutes les histoires se ressemblent, tous les êtres humains, la magie est dans le regard qu’on porte, notre compassion, ma compassion.

Il baragouine un anglais taché de fort accent étranger, le parle mieux qu’il ne le comprend – il n’a pas besoin de comprendre beaucoup pour faire ce travail. Je lui demande le plein, il comprend deux gallons, s’en étonne, nous rions. Comme si ma voiture pouvait s’en contenter…
Je ne porte pas d’alliance, il m’entreprend dans cet anglais poussif qu’il a dû apprendre sur le tas très vite – adaptation brute de survie pour exercer un métier dans cette ville loin de toute communauté turque voire orientale. Seul son langage est poussif, il sait ce qu’il veut et fait tout ce qui est en son pouvoir ténu et ses moyens minimes pour l’obtenir, le langage se pliera à sa volonté, il fera passer son message coûte que coûte.
« Tu n’es pas mariée ? »
« Tu es célibataire ? »
« Tu es célibataire. » Affirmation finale.
Sourire satisfait.

Il ne comprend pas mon accent comme je peine à comprendre le sien. Il comprend ou suppose par défaut naïveté ou  inexpugnable évidence que je suis une immigrée comme lui. « D’où viens-tu ? Avant ici ? » « France. » Il ne comprend pas le mot. Je tente l’explication universelle intemporelle, « Paris » – la partie pour le tout.
« Ah tu es Française ? » Soleil dans son regard qui s’anime encore plus, il m’explique en français qu’il a vécu à Lille – il est « passé par Lille » quelques mois.
Il habite maintenant Scotch Plains à quelques miles de Berkeley Heights, son patron le prend en voiture tous les matins pour aller travailler et le dépose chez lui le soir. Entre les deux, il tue le temps pour quelques dollars dans cette station peu animée de mon quartier résidentiel. Vide existentiel, ennui bouleversant, je ne tiendrais pas cinq minutes à sa place.

Il me drague, veut m’épouser presque, pose des jalons pour une autre rencontre, moins formelle.
« Tu reviens demain. » En riant je lui dis que non, l’essence est trop chère de toute façon, il ne s’avère pas vaincu pour autant, « Lundi alors. Je t’attends. » Il est sûr et affirmatif.
J’apprends le soir même qu’il a entrepris une de mes amies aussi.
En lui téléphonant ce jour-là, je lui raconte « le Turc de la station essence ». « Ah oui le Turc ! » notre nouvelle célébrité, notre héros local, un personnage assurément. Elle aussi s’est faite alpaguer. Comme elle est mariée il lui demande de faire l’entremetteuse, de lui présenter des amies…
Il est en manque de femme, de compagnie et plus si affinités, seul au milieu de ce nulle part américain clinquant néons clignotants « Open », seul.

Pour une poignée de dollars, quelle est la misère, la nécessité qui a forgé son destin, bousculé son quotidien, forcé sa venue, impliqué son atterrissage ici entre tous les endroits de la Terre ? Pourquoi ici ? Comment ici ? D’où vient-il ? A-t-il laissé famille, femme et enfants là-bas ? Pourquoi l’Amérique? Pourquoi  ?
Comment ? Pourquoi, comment ? Comment, pourquoi ? Boucle de questions qui me nouent la gorge.

Comme un titre de Japrisot qui aurait écrit en Amérique.
Un roman noir, peut-être.
Un roman rose,  assurément pas.
Un blues… la réalité brute dure, riante de pleurs éclatante de douces joies.
Quelle est la couleur de sa vie, la trame de son être ?

Qu’adviendra-t-il de lui ?
Où ira-t-il, ensuite ?
Istanbul – Lille – Berkeley Heights New Jersey, et après ? Et avant ?

Calling you, I am calling you.
Je t’appelle du New Jersey café

 

(texte écrit le 22 septembre 2005, qui fait partie du manuscrit en cours. Publié précédemment dans jerseyworks)

À la recherche du panaché parfait

Panaché parfait

Panaché parfait

Pas vraiment parfait mais du panaché classique. En utilisant les boissons sucrées gazeuses d’ici on en est tellement loin que le panaché classique, que tout bar ou tout un chacun est capable de réaliser en France, est ici un Saint-Graal, une quête sans fin — quasi impossible. Tout est dans le quasi.

Les expatriés comme moi comprendront cette nostalgie pour des denrées des boissons ou des traditions bien françaises — que peut-être la moitié des Français n’apprécie même pas, ce qui est tout à fait légitime. Serais-je restée en France que peut-être je ne boirais pas de panaché maintenant non plus.

C’est non seulement la France que ça me rappelle mais encore plus ma jeunesse, mon adolescence, les mois d’été où nous avions accès à cette boisson (faite à la maison, moitié bière moitié limonade, quoi de plus simple, pas de quoi en écrire un livre de recettes semblait-il en ce temps-là, en cet endroit-là ) pendant que les adultes buvaient quelque chose de plus sérieux — plus alcoolisé aussi.

Alors je suis partie à la recherche du panaché perdu. Dans mon autre blog, mon blog de vin je raconte mes essais avec mon fils comme cobaye et à quoi nous sommes arrivés — à quel mélange de boisson sucrée gazeuse en lieu de limonade, inexistante ici, et de bière pour obtenir un succédané de panaché. Les expatriés se contentent de beaucoup de succédanés.

Mais aujourd’hui j’ai réussi à préparer le panaché parfait — le panaché tel que nous le buvons quand nous allons en France — grâce à une limonade française, importée, vendue à prix d’or et qui m’a coûtée plus cher que la bière (pourtant d’importation française aussi) limonade achetée dans un magasin genre Fauchon ou plutôt Monoprix Gourmet mais avec les prix de Fauchon voire plus.

Moment de nostalgie, à la recherche du panaché perdu.

Panaché parfait

Panaché parfait

Écrire — trace (suite)

Quand il a été question de départ (aux États-Unis) je m’étais dit que je ferais une sorte de « journal d’une migration » et puis c’est resté lettre morte, métier à la con oblige et autres raisons tout aussi avouables qui font qu’on remet toujours aux calendes grecques ce que l’on devrait faire séance tenante.

Et, pour tout te dire, j’ai quand même commencé à écrire mais pas de la façon prévue, sans le vouloir en quelque sorte. On se fait toujours rattraper par son destin à un moment donné, il faut y faire face.

Le 17 août 2004

Décalage — trace

Kennedy Airport de nouveau. En attente de l’avion qui me ramène ou m’enlève ? Imminence de l’embarquement — vers quelle destination ? Française revenant au pays ou Américaine de passage en France ? Les repères sont flous — inexistants faussés.
Arrivée d’une façon, repartie d’une autre, opposée. Transit entre deux états — d’âme ou de cœur. Virage à 180 degrés, la boussole qui indique le sud, ou indique-t-elle plutôt le nord, enfin?

Les mots sont vides de sens, chacun signifie son contraire, oscillation de l’aimante. Je reprendrai cette lettre plus tard, tout tourbillonne.

Plus tard ou plus tôt, le temps et l’espace sont courbes, virent à l’intangible : je suis dans l’avion du retour, du départ, je ne sais plus — de quelle direction s’agit-il, où est l’arrivée où est le départ ? Je suis en train de passer une nuit blanche, décalage horaire et état planant, je crois que vous êtes déjà demain à Paris.

Et je ne sais où je suis exactement, quelque part dans le ciel… le septième certainement.

 

(texte écrit le 9 juillet 2002 dans l’avion du « retour » après le voyage éclair pour finaliser la procédure d’immigration américaine — petit départ avant le grand départ fin août 2002)

Décalage

Le décalage est grand surtout lorsque l’on voyage à contretemps, que l’on remonte le temps, on pense évidemment au décalage horaire — décalage majeur 6 heures à contresens pour le cerveau quand il est déjà si tard de l’autre côté de l’Atlantique et à peine la fin de l’après-midi de ce côté-ci.

Pourtant le décalage horaire malgré son effet immédiat et brutal est le moindre de tous, il y a les autres décalages a priori plus anodins voire anecdotiques mais plus envahissants en vérité puisqu’ils persistent, ne s’effacent pas avec le temps, le décalage alimentaire, violent, impossible à surmonter même et surtout après des années, le décalage culturel dont le décalage alimentaire représente une petite partie — ce décalage culturel dont peu de gens mesurent l’écart sur le coup, on commence à s’en apercevoir enfin en Europe. Après tout nous sommes tous en Occident… mais ce n’est pas le même Occident, je serais partie en expatriation au fin fond de la Chine ou de l’Inde que l’écart ne serait pas plus grand, même quand je suis partie il y a 15 ans et quelques. Le décalage culturel est seulement moins visible, ces deux mondes se ressemblent tellement à première vue — c’est pourtant un choc culturel entre là-bas et ici, ici et là-bas.

Enfin le dernier mais pas le moindre, le décalage de températures, décalage météorologique, le plus difficile et fatigant surtout en hiver avec ses vagues de froid, de neige — un écart de températures de 30 degrés et plus entre le départ et l’arrivée.

Leçon de longévité

Gewurztraminer 1989

Gewurztraminer 1989

 

Gewurztraminer 1989

Gewurztraminer 1989

Ouvert ce soir une bouteille parmi les quelques derniers cartons de vins déménagés il y a 15 ans, cartons qui étaient restés, presque inaccessibles, au fond de mon sous-sol, derrière des outils et autres matériels de bricolage. Un Gewurztraminer 1989. Je sais que les vins blancs ont une grande longévité, bien plus grande que les vins rouges, tous les œnophiles le savent, les Riesling et Gewurztraminer en particulier dans la catégorie Alsace des vins blancs. Mais je ne m’attendais pas  à ce qu’il soit aussi bon, excellent en fait. Après tout ce vin a 28 ans, cela peut passer pour un Gewur, mais encore il a voyagé en bateau ce qui lui ajoute des années virtuelles. Les voyages en bateau font vieillir les vins plus vite — une méthode pour vieillir artificiellement des vins trop jeunes à boire. Enfin il n’a pas été conservé comme il faut, il est resté dans son carton semi-isotherme mais dans l’endroit du sous-sol où je range mes outils, endroit non chauffé pendant de nombreuses années. Il y a même des années où il y a fait -10 pendant plusieurs jours (en 2007 les tuyaux d’eau pourtant isolés et chauffés avaient gelé, le filtre isolé aussi avait explosé). Depuis cet épisode qui avait valu 5 centimètres d’eau dans tout le reste du sous-sol lui chauffé et habité, je maintiens une température de +10 degrés au minimum en chauffant avec un petit radiateur électrique cet appentis en sous-sol de la maison.

Pourtant ce vin a non seulement survécu mais également bonifié, il n’a pas encore passé son apogée il est encore dans sa grandeur, malgré l’âge, le voyage en bateau dans le porte-container et l’attente en douane sous un soleil de plomb pendant plusieurs semaines. En 2002, l’année du déménagement, il avait fait 40 degrés tout l’été depuis le début du mois de juillet jusqu’à la mi-septembre et le container parti fin juillet en bateau du Havre était resté en douane quelques semaines au port Newark sous cette chaleur extrême. Et malgré aussi les multiples hivers dans un appentis non tempéré — un bel exemple de longévité en dépit de conditions pour le moins adverses.

Provisions pour l’été

Les expatriés apprécieront…

Le sirop Teisseire (et le sirop tout court) est quasiment inconnu hors de France, c’est une spécialité purement endémique. Nous nous en régalons, alors heureusement la fée amazone peut nous en procurer — à prix d’or cependant mais c’est un petit bout de France quand on est au loin, les expatriés comprendront.

Provisions pour l'été

Provisions pour l’été