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Dans le même temps de l’autre côté de l’Atlantique

Dans le même temps de l’autre côté de l’Atlantique mes deux cadets restés sur place ont pris la même décision : pas de frénésie de Noël pas d’achats inutiles pas de décorations pas de fiestas. Décision, unanime finalement, prise sans se concerter à un océan d’écart . De toute façon mon fils travaillait et la saison des fêtes de fin d’année est toujours très occupée dans le restaurant / traiteur / vente à emporter haut de gamme dans lequel il travaille. 

J’ai découvert cette concordance au retour quand je leur ai dit que nous n’avions pas fait de cadeaux ni de dépenses de Noël — ils m’ont alors répondu qu’ils avaient pris la même décision.

Frénésie de fin d’année

 

Les dernières semaines avant le départ suroccupées et intenses m’ont rappelé ce texte écrit en 2006, neuf heures vingt-huit.

Il est vrai que ces derniers jours de novembre et premiers jours de décembre, à 9 heures 28 du matin j’avais déjà une pleine journée de travail derrière moi. Tout s’en est mêlé pour me rajouter du travail de dernière minute en plus du travail courant, en plus de préparer la maison pour l’hiver et la neige, en plus de préparer mon voyage et les bagages et tout ce qui s’en suit pour 5 semaines au loin, avec tout ce qu’il y a à gérer (mot haï mais malheureusement si vrai, de nos jours il s’agit de gestion de petites entreprises domestiques en lieu et place du simple foyer) à gérer de loin pour faire tourner une maison une famille, entre les factures les problèmes administratifs la maison la maintenance du dedans et du dehors, les réparations imprévues et la mise en mode hiver. Jusqu’à la neige qui s’en est mêlée et est arrivée cette année le 2 décembre — la première neige est toujours terrible même si elle est peu abondante, on a oublié comment cela fonctionnait et que tout prend beaucoup plus de temps, est beaucoup plus difficile quand le sol est couvert de neige.

En bref j’étais en limite de surmenage depuis la mi-novembre. Je commence à peine à décompresser et me poser. Décision unanime, ici chez mes parents, de ne pas céder à la frénésie de Noël : pas d’achats, inutile de sacrifier à la grand-messe marchande, pas de préparatifs pharaoniques non plus, un bon repas comme on en fait à d’autres moments que Noël, sans céder à la pression de la date pour la date. L’essentiel est ailleurs, n’est-il pas d’être tout simplement ensemble ? Alors que l’on mange du caviar ou des haricots blancs, que l’on boive du Dom Pérignon ou une bière de micro-brasserie, quelle importance en vérité ?

Écrire — trace (suite)

Quand il a été question de départ (aux États-Unis) je m’étais dit que je ferais une sorte de « journal d’une migration » et puis c’est resté lettre morte, métier à la con oblige et autres raisons tout aussi avouables qui font qu’on remet toujours aux calendes grecques ce que l’on devrait faire séance tenante.

Et, pour tout te dire, j’ai quand même commencé à écrire mais pas de la façon prévue, sans le vouloir en quelque sorte. On se fait toujours rattraper par son destin à un moment donné, il faut y faire face.

Le 17 août 2004

Décalage — trace

Kennedy Airport de nouveau. En attente de l’avion qui me ramène ou m’enlève ? Imminence de l’embarquement — vers quelle destination ? Française revenant au pays ou Américaine de passage en France ? Les repères sont flous — inexistants faussés.
Arrivée d’une façon, repartie d’une autre, opposée. Transit entre deux états — d’âme ou de cœur. Virage à 180 degrés, la boussole qui indique le sud, ou indique-t-elle plutôt le nord, enfin?

Les mots sont vides de sens, chacun signifie son contraire, oscillation de l’aimante. Je reprendrai cette lettre plus tard, tout tourbillonne.

Plus tard ou plus tôt, le temps et l’espace sont courbes, virent à l’intangible : je suis dans l’avion du retour, du départ, je ne sais plus — de quelle direction s’agit-il, où est l’arrivée où est le départ ? Je suis en train de passer une nuit blanche, décalage horaire et état planant, je crois que vous êtes déjà demain à Paris.

Et je ne sais où je suis exactement, quelque part dans le ciel… le septième certainement.

 

(texte écrit le 9 juillet 2002 dans l’avion du « retour » après le voyage éclair pour finaliser la procédure d’immigration américaine — petit départ avant le grand départ fin août 2002)

Décalage

Le décalage est grand surtout lorsque l’on voyage à contretemps, que l’on remonte le temps, on pense évidemment au décalage horaire — décalage majeur 6 heures à contresens pour le cerveau quand il est déjà si tard de l’autre côté de l’Atlantique et à peine la fin de l’après-midi de ce côté-ci.

Pourtant le décalage horaire malgré son effet immédiat et brutal est le moindre de tous, il y a les autres décalages a priori plus anodins voire anecdotiques mais plus envahissants en vérité puisqu’ils persistent, ne s’effacent pas avec le temps, le décalage alimentaire, violent, impossible à surmonter même et surtout après des années, le décalage culturel dont le décalage alimentaire représente une petite partie — ce décalage culturel dont peu de gens mesurent l’écart sur le coup, on commence à s’en apercevoir enfin en Europe. Après tout nous sommes tous en Occident… mais ce n’est pas le même Occident, je serais partie en expatriation au fin fond de la Chine ou de l’Inde que l’écart ne serait pas plus grand, même quand je suis partie il y a 15 ans et quelques. Le décalage culturel est seulement moins visible, ces deux mondes se ressemblent tellement à première vue — c’est pourtant un choc culturel entre là-bas et ici, ici et là-bas.

Enfin le dernier mais pas le moindre, le décalage de températures, décalage météorologique, le plus difficile et fatigant surtout en hiver avec ses vagues de froid, de neige — un écart de températures de 30 degrés et plus entre le départ et l’arrivée.

Le début de la fin

Puis 2002 le début de la fin, nos rendez-vous plus fréquents, nos confidences, nos coups de fil quotidiens voire multiquotidiens, nos e-mails, mes textos — Dorothy ne savait pas y répondre, elle me rappelait, immédiatement, à chaque texto, je me souviens avoir explosé mon forfait mobile cet été-là, il n’y avait rien qui se rapprochait des forfaits illimités en ce temps-là.
Puis le départ, le stress du départ — la solution que Dorothy avait trouvée pour nous voir au maximum — habiter chez elle tout l’été, pendant les semaines qui ont précédé le grand départ fin août.
Puis le chemin des écoliers la veille du départ, le lever aux aurores le matin, inséparables nous avons fait ensemble un dernier tour de sa maison pour vérifier que je n’avais rien oublié, la séparation, mes larmes dans le taxi qui nous emmenait, les deux coups de fil de l’aéroport, mes larmes dans l’avion, son e-mail que j’ai trouvé à mon arrivée à l’hôtel de l’autre côté de l’Atlantique, qui a séché mes larmes. 
Puis nos conversations, par e-mail uniquement mais incessantes — plus de 5000 e-mails en l’espace de quelques mois.
Puis les coups de fil finalement, une fois par semaine immanquablement, plus fréquents, de plus en plus puis mon retour éclair — il nous fallait nous voir — le repas à La Défense, les canards mandarins, la promesse de nous revoir bientôt.
Promesse tenue de ma part — pas de la sienne. 
Dorothy menait la danse a continué à mener la danse l’a menée jusqu’à la fin et au-delà — ses désirs étaient des ordres. Dorothy la mène encore, la mènera toujours — le sait-elle seulement ? Je pense que oui.

Cap au sud

Pendant le voyage de retour il est arrivé quelque chose d’inhabituel — je devrais dire d’inédit en 15 ans d’allers et retours transatlantiques. Lors du vol Lufthansa Francfort-Newark, nous avons été déroutés : on ne nous a rien dit, tout s’est bien déroulé mais nous sommes passés au sud et non pas au nord comme d’habitude. Je ne sais pas pour quelle raison, je n’ai pas osé demander à l’hôtesse pour ne pas déclencher une panique et je ne pense pas que grand monde s’en soit aperçu.

C’est bien la seule et unique fois en 15 ans qu’une chose pareille se produit : d’où que je sois partie, Paris, Francfort, Munich, Zurich ou a fortiori Londres, nous avons toujours volé vers le nord : c’est-à-dire survoler l’Angleterre (l’avion passe au-dessus de Londres, Oxford etc.) puis traverser la mer d’Irlande, on passe aux environs de Dublin puis on trace au nord en direction de l’Islande mais en restant bien en dessous et en dessous du Groenland. Puis on redescend au niveau des terres du Labrador et NewFoundLand, on passe au large de la baie du Saint-Laurent, pas loin de Saint-Pierre et Miquelon et on dégringole le Canada la Nouvelle-Écosse, le New Brunswick, on passe au-dessus du Maine puis de Boston, puis du Connecticut et on arrive donc à Newark par les terres en survolant le nord du New Jersey. J’ai toujours volé comme ça, toujours.

C’est ce qui était d’ailleurs prévu comme le montre la photo du trajet que j’ai faite juste après avoir embarqué : on devait monter au nord, vers l’Islande, passer juste en dessous, tracer droit puis redescendre par les territoires nord du Canada, la Nouvelle-Angleterre etc.

Pourtant une heure et quelques après le décollage, quand j’ai rallumé la carte de navigation sur l’écran devant mon siège, nous avions changé de cap puisque nous étions en train de survoler la Bretagne : nous avions survolé la France, étions même passés au-dessus de Paris. Pendant que je regardais médusée et que je comparais avec la photo prise plus tôt, nous avons survolé Quimper. Ensuite la prévision de trajectoire, selon l’écran de navigation, c’était de remonter au nord et de reprendre la route habituelle. Mais à chaque fois, malgré le cap prévisionnel indiqué plus au nord, l’avion tournait et se redirigeait vers le sud. Finalement nous avons tracé quasiment en ligne droite vers le sud puisque nous sommes arrivés au-dessus du New Jersey par la mer, au niveau de Toms River (qui se situe au milieu du New Jersey, bien au sud de Newark). Je nous croyais sur le point d’atterrir mais nous sommes encore allés faire un grand virage au-dessus de Trenton (à la frontière avec la Pennsylvanie, plus près de Philadelphie que de Newark) pour arriver par le sud-ouest à l’aéroport de Newark. Je suppose qu’un 747 ne tourne pas si sec et qu’il nous fallait ce grand virage de près de 100 km pour être dans l’axe de l’aéroport. Ou alors était-ce pour attendre notre tour ? Pourtant malgré ce changement de trajet nous étions parfaitement à l’heure.

Aucune trace dans mes souvenirs ni mes photos, d’autres vols qui auraient emprunté cette route du sud. Je n’ai pas su non plus pourquoi on nous a changé notre plan de vol, au dernier moment qui plus est. La seule explication que j’ai trouvée c’est qu’il y avait peut-être une tempête au nord et que le pilote n’a pas voulu s’y frotter. Le plus étonnant c’est qu’on ne nous ait rien dit de ce changement de route qui s’est produit à la dernière minute puisqu’au décollage le trajet planifié était le trajet habituel.

Photos : la première fois en 15 ans qu’on met le cap au sud et qu’on trace droit ! Du jamais vu :

Le trajet prévu au décollage

Le trajet prévu au décollage

Le trajet prévu au décollage

Le trajet prévu au décollage : on survole l’Angleterre et l’Irlande puis on continue à tracer au nord

Après une heure et demie de vol

Après une heure et demie de vol je m’aperçois qu’on a survolé la France

Nous venons de survoler Quimper

Nous venons de survoler Quimper et nous sommes censés reprendre un cap au nord ensuite

Nous sommes censés arriver par les territoires Nord du Canada quand même

Nous sommes censés arriver par les territoires nord du Canada quand même

Mais nous continuons à dévier au sud

Mais nous continuons à dévier au sud et il s’avère que nous allons passer bien au large des terres du nord

Finalement nous avons bien bifurqué au sud

Finalement nous avons bien bifurqué au sud encore et encore

Nous arrivons dans le New Jersey par la mer

Nous arrivons dans le New Jersey par la mer, et par le sud du New Jersey

Décollage

 

Mon vidéo montage du décollage à Nice. Première fois que je m’assois en fenêtre exprès pour pouvoir filmer. J’ai bravé mon mal de l’air mais c’était limite quand l’avion s’est penché et que l’horizon a vacillé.

Filmé le 15 janvier 2018, photos prises le 15 janvier 2018 aussi une fois l’avion au-dessus des Alpes.

 

Une page qui se tourne

Je ne connais et ne fréquente presque personne ici, elles se comptent sur les doigts d’une seule main. L’une de ces personnes justement part, déménage en Californie — aussi loin ou presque que l’Europe et dans l’autre direction, distance, décalage horaire, bref on ne se verra plus, on ne se parlera plus. Elle n’est pas très férue d’e-mail, plutôt axée téléphone mais est engluée dans l’esclavagisme de famille — encore plus que moi. Et maintenant il faut ajouter ce décalage horaire que je connais trop bien, qui empoisonne toute tentative de coup de téléphone spontané.

Une page qui se tourne, un livre qui se ferme, à coup sûr.

Je venais d’écrire une page qui se ferme, dans la brume du petit matin, contraction de cette page qui se tourne et du livre terminé qui se ferme. Bonne route A.F.

Les gens que j’aime sont toujours loin de moi

« Les gens que j’aime sont toujours loin de moi, et dans l’impossibilité de venir me trouver, alors que je peux à tout instant remplir la maison d’hôtes dont je ne me soucie pas le moins du monde. Peut-être, si je les voyais plus souvent, aimerais-je moins ces amis absents — du moins est-ce ce que je pense lorsque le vent hurle autour de la maison et que la nature paraît submergée de chagrin. »
Elizabeth von Arnim (in Elizabeth et son jardin allemand, éditions 10/18)

Elizabeth von Arnim touche juste comme à chaque fois, « les gens que j’aime sont toujours loin de moi ». Dans mon cas la suite est moins vraie, « remplir la maison d’hôtes dont je ne me soucie pas le moins du monde », ça ne s’est pas avéré vrai, de fait.

La maison ne devait effectivement pas désemplir, c’était ce qui était prévu — les deux premières années ça a été (un peu) le cas, cependant bien moins que prévu avant le départ où tout le monde devait défiler, tout le monde m’avait assuré qu’il allait venir. La majeure partie de ces « invités » faisant partie des désirables, ce qui ne gâtait rien.

Puis le temps a passé, ceux qui devaient venir ne sont pas venus, sont peu venus ou ne sont plus venus, la majeure partie des désirables, comme des indésirables, n’est pas venue en vérité. Trop loin trop cher — à l’époque pas tant que ça pourtant.

Le prix, la distance, n’expliquent pas tout non plus. De plus les États-Unis en général et New York en particulier font partie des destinations préférées des Français lorsqu’ils voyagent à l’étranger, pas seulement des Français d’ailleurs. Alors ?

Ce n’est pas le cas chez mes proches mes amis ou mes connaissances apparemment.

J’en viens à penser certains soirs que l’expatriation est une malédiction à tout le moins une punition, qu’il y a ce prix à payer pour me faire regretter — il y a toujours un prix à payer n’est-ce pas ?

Pour me faire rentrer dans la gorge mon excès d’enthousiasme mon envie de vivre quelque chose de différent de pousser les limites de mon monde.

Pour quelles raisons cette punition ?

Jalousie indifférence négligence… inconscience, un peu de tout cela mélangé, c’est « ce que je pense lorsque le vent hurle autour de la maison et que la nature paraît submergée de chagrin. »