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Décalage — trace

Kennedy Airport de nouveau. En attente de l’avion qui me ramène ou m’enlève ? Imminence de l’embarquement — vers quelle destination ? Française revenant au pays ou Américaine de passage en France ? Les repères sont flous — inexistants faussés.
Arrivée d’une façon, repartie d’une autre, opposée. Transit entre deux états — d’âme ou de cœur. Virage à 180 degrés, la boussole qui indique le sud, ou indique-t-elle plutôt le nord, enfin?

Les mots sont vides de sens, chacun signifie son contraire, oscillation de l’aimante. Je reprendrai cette lettre plus tard, tout tourbillonne.

Plus tard ou plus tôt, le temps et l’espace sont courbes, virent à l’intangible : je suis dans l’avion du retour, du départ, je ne sais plus — de quelle direction s’agit-il, où est l’arrivée où est le départ ? Je suis en train de passer une nuit blanche, décalage horaire et état planant, je crois que vous êtes déjà demain à Paris.

Et je ne sais où je suis exactement, quelque part dans le ciel… le septième certainement.

 

(texte écrit le 9 juillet 2002 dans l’avion du « retour » après le voyage éclair pour finaliser la procédure d’immigration américaine — petit départ avant le grand départ fin août 2002)

Décalage

Le décalage est grand surtout lorsque l’on voyage à contretemps, que l’on remonte le temps, on pense évidemment au décalage horaire — décalage majeur 6 heures à contresens pour le cerveau quand il est déjà si tard de l’autre côté de l’Atlantique et à peine la fin de l’après-midi de ce côté-ci.

Pourtant le décalage horaire malgré son effet immédiat et brutal est le moindre de tous, il y a les autres décalages a priori plus anodins voire anecdotiques mais plus envahissants en vérité puisqu’ils persistent, ne s’effacent pas avec le temps, le décalage alimentaire, violent, impossible à surmonter même et surtout après des années, le décalage culturel dont le décalage alimentaire représente une petite partie — ce décalage culturel dont peu de gens mesurent l’écart sur le coup, on commence à s’en apercevoir enfin en Europe. Après tout nous sommes tous en Occident… mais ce n’est pas le même Occident, je serais partie en expatriation au fin fond de la Chine ou de l’Inde que l’écart ne serait pas plus grand, même quand je suis partie il y a 15 ans et quelques. Le décalage culturel est seulement moins visible, ces deux mondes se ressemblent tellement à première vue — c’est pourtant un choc culturel entre là-bas et ici, ici et là-bas.

Enfin le dernier mais pas le moindre, le décalage de températures, décalage météorologique, le plus difficile et fatigant surtout en hiver avec ses vagues de froid, de neige — un écart de températures de 30 degrés et plus entre le départ et l’arrivée.

Le jour le plus long

Le jour du voyage de retour a été le jour le plus long — c’est toujours le jour le plus long.

Levée à 3h30 du matin, ce qui correspond à 21h30 le jour d’avant de l’autre côté de l’Atlantique dans le New Jersey, pour un atterrissage vers 16h environ (22h en France) et un coucher vers 21h30 heure du New Jersey, soit 3h30 du matin le jour d’après en France : 24 heures complètes de voyage et de temps d’attente ou de transit, 24 heures réveillée (j’ai somnolé dans les avions et à Francfort dans la salle d’embarquement pendant l’entre-deux vols mais que d’un œil, il ne faut pas se laisser aller à un sommeil trop profond de peur de manquer son vol ou une information importante à propos du voyage.)

C’est toujours le jour le plus long dans ce sens du voyage, quand on remonte le temps, forcément plus long quand on arrive quelques heures seulement après être partis, moins de 3 heures après, pour un vol de huit heures.

C’est le jour le plus long aussi parce que je vieillis, plus je vieillis plus je m’aperçois que le voyage m’est pénible, que le décalage me pèse de plus en plus.

Le jour le plus long

Dans le vol Nice – Francfort au petit matin

Le jour le plus long

Le voyage Francfort – Newark

Le jour le plus long

Arrivée à Newark au coucher du soleil

Cap au sud

Pendant le voyage de retour il est arrivé quelque chose d’inhabituel — je devrais dire d’inédit en 15 ans d’allers et retours transatlantiques. Lors du vol Lufthansa Francfort-Newark, nous avons été déroutés : on ne nous a rien dit, tout s’est bien déroulé mais nous sommes passés au sud et non pas au nord comme d’habitude. Je ne sais pas pour quelle raison, je n’ai pas osé demander à l’hôtesse pour ne pas déclencher une panique et je ne pense pas que grand monde s’en soit aperçu.

C’est bien la seule et unique fois en 15 ans qu’une chose pareille se produit : d’où que je sois partie, Paris, Francfort, Munich, Zurich ou a fortiori Londres, nous avons toujours volé vers le nord : c’est-à-dire survoler l’Angleterre (l’avion passe au-dessus de Londres, Oxford etc.) puis traverser la mer d’Irlande, on passe aux environs de Dublin puis on trace au nord en direction de l’Islande mais en restant bien en dessous et en dessous du Groenland. Puis on redescend au niveau des terres du Labrador et NewFoundLand, on passe au large de la baie du Saint-Laurent, pas loin de Saint-Pierre et Miquelon et on dégringole le Canada la Nouvelle-Écosse, le New Brunswick, on passe au-dessus du Maine puis de Boston, puis du Connecticut et on arrive donc à Newark par les terres en survolant le nord du New Jersey. J’ai toujours volé comme ça, toujours.

C’est ce qui était d’ailleurs prévu comme le montre la photo du trajet que j’ai faite juste après avoir embarqué : on devait monter au nord, vers l’Islande, passer juste en dessous, tracer droit puis redescendre par les territoires nord du Canada, la Nouvelle-Angleterre etc.

Pourtant une heure et quelques après le décollage, quand j’ai rallumé la carte de navigation sur l’écran devant mon siège, nous avions changé de cap puisque nous étions en train de survoler la Bretagne : nous avions survolé la France, étions même passés au-dessus de Paris. Pendant que je regardais médusée et que je comparais avec la photo prise plus tôt, nous avons survolé Quimper. Ensuite la prévision de trajectoire, selon l’écran de navigation, c’était de remonter au nord et de reprendre la route habituelle. Mais à chaque fois, malgré le cap prévisionnel indiqué plus au nord, l’avion tournait et se redirigeait vers le sud. Finalement nous avons tracé quasiment en ligne droite vers le sud puisque nous sommes arrivés au-dessus du New Jersey par la mer, au niveau de Toms River (qui se situe au milieu du New Jersey, bien au sud de Newark). Je nous croyais sur le point d’atterrir mais nous sommes encore allés faire un grand virage au-dessus de Trenton (à la frontière avec la Pennsylvanie, plus près de Philadelphie que de Newark) pour arriver par le sud-ouest à l’aéroport de Newark. Je suppose qu’un 747 ne tourne pas si sec et qu’il nous fallait ce grand virage de près de 100 km pour être dans l’axe de l’aéroport. Ou alors était-ce pour attendre notre tour ? Pourtant malgré ce changement de trajet nous étions parfaitement à l’heure.

Aucune trace dans mes souvenirs ni mes photos, d’autres vols qui auraient emprunté cette route du sud. Je n’ai pas su non plus pourquoi on nous a changé notre plan de vol, au dernier moment qui plus est. La seule explication que j’ai trouvée c’est qu’il y avait peut-être une tempête au nord et que le pilote n’a pas voulu s’y frotter. Le plus étonnant c’est qu’on ne nous ait rien dit de ce changement de route qui s’est produit à la dernière minute puisqu’au décollage le trajet planifié était le trajet habituel.

Photos : la première fois en 15 ans qu’on met le cap au sud et qu’on trace droit ! Du jamais vu :

Le trajet prévu au décollage

Le trajet prévu au décollage

Le trajet prévu au décollage

Le trajet prévu au décollage : on survole l’Angleterre et l’Irlande puis on continue à tracer au nord

Après une heure et demie de vol

Après une heure et demie de vol je m’aperçois qu’on a survolé la France

Nous venons de survoler Quimper

Nous venons de survoler Quimper et nous sommes censés reprendre un cap au nord ensuite

Nous sommes censés arriver par les territoires Nord du Canada quand même

Nous sommes censés arriver par les territoires nord du Canada quand même

Mais nous continuons à dévier au sud

Mais nous continuons à dévier au sud et il s’avère que nous allons passer bien au large des terres du nord

Finalement nous avons bien bifurqué au sud

Finalement nous avons bien bifurqué au sud encore et encore

Nous arrivons dans le New Jersey par la mer

Nous arrivons dans le New Jersey par la mer, et par le sud du New Jersey

Atterrissage

Le surlendemain de mon arrivée, la neige en guise de bienvenue et de choc thermique après 5 semaines de Cote d’Azur.

(photos prises le 17 janvier 2018 chez moi dans le centre du New Jersey)

Chute de neige du 17 janvier 2018

Chute de neige du 17 janvier 2018

 

Chute de neige du 17 janvier 2018

Chute de neige du 17 janvier 2018

 

Chute de neige du 17 janvier 2018

Chute de neige du 17 janvier 2018

 

Chute de neige du 17 janvier 2018

Chute de neige du 17 janvier 2018

 

Chute de neige du 17 janvier 2018

Chute de neige du 17 janvier 2018

 

Chute de neige du 17 janvier 2018

Chute de neige du 17 janvier 2018

Aller chercher quelqu’un à l’aéroport

Newark Liberty International

Aller chercher qqun a l aeroport

Joie mêlée d’une petite anxiété, l’inquiétude liée à tout voyage, pour tout voyageur (tout va-t-il bien se passer, je n’en dis pas plus — ne pas provoquer le sort) quelque soit le voyage sa durée sa destination. Impatience, on vérifie 100 fois l’heure d’arrivée prévue, on planifie son trajet pour l’aéroport l’heure à laquelle on doit partir, ne pas être en retard pour le héros du jour.

Dernière ligne droite avant l’arrivée du voyageur.

Soulagement bref — tout s’est bien passé — joie vive, il est déjà sorti quand on arrive.

Salutations embrassades rires sourires, une photo pour immortaliser l’instant l’émotion la joie.

Cette joie dont parle Simone de Beauvoir dans La force des choses, « c’est poignant ».

Encore plus poignant pour une expatriée, que peu de gens viennent voir finalement malgré les promesses et les grandes déclarations des débuts — trop loin trop cher trop compliqué.

Attente impatience soulagement joie,

cette joie d’aller chercher quelqu’un de cher à l’aéroport — si rare pour moi.

Retour — trace

Broken Image

Trace d’un retour non prémédité — que je n’ai pu éviter.

Il m’a fallu revenir donc — n’étant pas d’ici, n’étant plus de là-bas je ne reste pas

j’oscille entre les deux côtés, un océan au milieu  — pour rien,

qu’y noyer mes larmes.

Chaque retour comme un miroir brisé — en attente du prochain départ

pour revenir finalement,

où aller où s’arrêter —

quel aller sera sans retour ?

Matin de départ

Matin de départ à nouveau, emballer empaqueter peser

rejeter abandonner laisser

oublier paniquer retrouver

un dernier soupir

il faut y aller

fermer les yeux imaginer être arrivé

enfin

matin de départ, ma vie d’été n’est que départs et arrivées

départs sans toi

               jamais vers toi.

Départ — trace

Trace de départ, de ce dernier départ dans la joie et la félicité.

Trace d’arrivée — indésirée.

Trace de retour —

                          voulu définitif,

                          finalement provisoire.

Trace que tu as laissée sur tous mes voyages présents et futurs,

tous les suivants après ce dernier-là.

Et moi, quelle trace ai-je laissée alors,

depuis ?

Aucun voyage n’aura plus l’innocente insouciance ou l’insouciante innocence de celui-ci.

Trace de déchirure

                         une brisure.

Une trace sur ma joue

                 dans mes yeux

                 dans mon cœur

trace — une douceur et une douleur.