Archives du mot-clé Absence

Perspectives — traces

Il est évident que je n’écris pas comme si j’étais sûre que tu me lisais. Le jeu des certitudes, espérances, suppositions est complexe. J’écris pensant que tu ne me lis pas, tout en espérant que par quelque miracle inopiné ou inconnu de moi tu me lises quand même. Ensuite, ne sachant pas et n’étant pas destinée à savoir ce que tu en penses, encore moins avoir ta réponse, la perspective de mon écrit en est encore une fois changée.

Jeu de perspectives, de miroirs à l’infini… Les possibles en sont aléatoires, les espoirs perpétuellement changeants, la réalité basique, autre.

Jeux et visions de l’esprit… sauf que ce n’est pas un jeu. Une partie de tout ce qui me ronge et me coule. Oh sombrer et ne plus souffrir !

Ainsi privée de ton regard, du censeur en toi, de la partie en toi qui m’intimidait certaines fois, je peux me laisser aller loin, plus vraie que je n’ai jamais été, sans fard ni artifice, aucune précaution. Le pire je l’ai déjà eu, je t’ai déjà perdue. Quand on est au-delà du risque, que reste-t-il pour s’accrocher ?

(12 mars 2005)

Une femme à la fenêtre

Je suis devenue exactement ce que je ne voulais en aucun cas devenir. Une femme à la fenêtre. Qui attend.
Je t’avais trouvée enfin et je n’attendais plus de la même façon puisque tu étais là puisque tu existais. Maintenant je suis à nouveau une femme à la fenêtre — doublement puisque je t’attends, toi, en plus.

(novembre 2004)

Ice blue(s) — trace

(La genèse du texte Ice blue(s) telle que je l’avais expliquée à l’époque à mon amie Nathalie qui trouvait que j’avais des journées plus intéressantes que les siennes.)

Sinon mes journées sont très monotones comme les tiennes, même si elles sont sur les chapeaux de roue dès que les enfants rentrent et avant qu’ils partent. Rien d’extraordinaire vraiment, sauf que je cherche l’extraordinaire ou bien je me concentre sur le banal pour en tirer l’essence. Tu comprendras mieux ce que je veux dire en lisant mon texte « Ice blue(s) » écrit cet après-midi. C’est ma journée d’aujourd’hui. Un mercredi banal comme tous les mercredis, la seule nouveauté si je peux dire c’est qu’il a fait vraiment froid pour la première fois de la saison. Si j’écris bêtement, voici ma journée : il a fait entre moins 8 et moins 3 au plus chaud, j’ai conduit le grand à l’école, j’ai mis les petits au bus, j’ai fait quelques paperasses, je suis allée à la piscine (qui est vraiment froide, on grelotte pendant tout le cours) je suis ressortie les cheveux vraiment mouillés sans bonnet, j’ai vraiment eu très froid aux mains, j’ai vraiment transpiré de froid, j’ai vraiment eu les lèvres gercées, je suis allée louer des DVD puis je suis rentrée, je n’ai pas eu le courage d’aller faire les courses pour Noël avec ce froid, j’ai grignoté, bu un café, mangé une demie tablette de chocolat Milka, j’ai fait brûler de l’encens toute l’après-midi et bu deux théières de thé, je me suis tapé un peu de blues, un peu de crise de panique, beaucoup de solitude et beaucoup d’isolement. Pas tellement flamme en fait mais c’est banal.

Après le café je me suis gravé un disque de jazz, je l’ai mis sur la platine CD et je me suis mise à mon journal où j’ai écrit sur le froid, l’encens et mon état d’esprit du moment. Je me suis dit que ça valait le coup d’en faire un texte plus long. Donc j’ai purgé les passages plus intimes, j’ai repris j’en ai fait ce texte de blues que je vais vous envoyer.
Voilà pour me tenir compagnie et rompre la monotonie non pas de ma journée mais de ma vie.
Alors pour le remède contre la déprime d’hiver je n’ai pas comme tu peux voir. En hiver je suis toujours très déprimée par manque de chaleur ou de soleil. Ici le soleil on en a plus qu’à Paris, même en hiver mais la chaleur manque. Le seul remède vraiment efficace m’a pété à la gueule il y a un an et quelques donc pas top.

(lettre à Nathalie le15 décembre 2004)

Ice blue(s)

Froid mordant, giflant, griffant, tranchant comme la lame d’un rasoir. La température ne dépassera pas zéro Celsius au plus chaud de la journée, malgré le plein soleil. Joyeux et inutile, vain dans sa tâche de réchauffer la Terre, inconscient ou inconséquent dans sa façon de nous faire croire à sa présence qui n’est qu’illusoire, si lointain et froid.

Je sature l’air de la maison d’encens, comme un geste qu’on aurait oublié, qu’on n’oserait plus faire. Comme une offrande à quelque déité, dans le but d’appeler sa clémence et les jours chauds dont on sait pourtant qu’ils seront longs à revenir. Et s’ils ne revenaient pas ? On  a vu plus étrange que ce sortilège-là.
Je sature la maison d’encens, comme pour en réchauffer l’air, ayant ainsi l’impression de me réchauffer. La senteur en imbibe mes vêtements, mon pull en laine, indélébilement. Elle restera la senteur de l’hiver, pour supplanter l’odeur de neige qui brûle les narines et les poumons à chaque inspiration, que je fais toutes petites pour éviter d’en absorber beaucoup et ne pas me glacer à cœur.

J’ai nagé dans la piscine froide, suis sortie les cheveux encore humides, température extérieure toujours en dessous du point de congélation, mon corps évacuait une buée instantanément froide, tel un halo dans l’air glacé. Mes mains sont les premières frappées de plein fouet, mordues elles se contractent, je laisse échapper une exclamation de douleur. Comment vais-je les réchauffer, me réconforter, me consoler de l’hiver froid et infini maintenant que tu n’es plus là ?

Une sueur glacée m’inonde, on peut transpirer de froid. Mes lèvres, gonflées d’eau éclatent et se dessèchent immédiatement. Mes bagues, métalliques, se contractent, forment des étaux glacés autour de mes doigts et les blessent presque, je les enfouis dans les poches de l’anorak. Ce n’est plus suffisant, ils sont en deçà de leur point de réchauffement. L’air est si froid qu’on a l’impression de respirer au travers d’un glaçon.
J’ai marché, j’ai cherché sous le soleil froid, je ne t’ai pas trouvée.
Mes doigts sont bleus de froid comme le ciel d’aujourd’hui.
Je t’ai appelée, tu n’es pas venue.
Ma gorge est aphone d’avoir tant crié ton nom et mes larmes ont gelé sous le soleil noir.

Le froid qui tardait tant est décidément là, je ne l’ai pas appelé pourtant, je me retourne et le voilà. Je veux l’oublier et hiberner au chaud si près où tu t’échappes déjà.

J’allume un autre bâton d’encens. Je vois dans les volutes de fumée comme une figure de déesse, que je supplie de me faire oublier, de me consoler de cet hiver si froid.

Ciel bleu, soleil noir, froid, nuit.
Absence, présence, isolement, solitude.

fade to cold, fade to black

(15 décembre 2004)

(texte écrit le 15 décembre 2004 au début d’un hiver précoce et spécialement froid cette année-là . J’ai retrouvé récemment ce texte en travaillant sur mon manuscrit, il n’est pas de saison bien entendu parce que nous en avons maintenant fini avec l’hiver même si le printemps est plutôt timide pour l’instant.)