Les interdictions à venir

mon souffleur de feuilles

Les interdictions à venir dans notre petit coin du New Jersey concernent les souffleurs de feuilles à essence, ces engins extrêmement bruyants qui servent à souffler les feuilles dans les jardins à l’automne. Les interdictions viennent de 2 faits qui ont convergé au même moment. 

Tout d’abord du fait qu’il y a des abus — de la part des entreprises de jardinage / landscaping puisque peu d’Américains dans mon coin rupin entretiennent leur jardin eux-mêmes. Ici on fait appel à des « paysagistes » appelés landscapers, bref des tondeurs de pelouse qui en plus font mal leur travail pour la plupart : mal en termes de maintenance / écologie / jardinage mais qui le font très bien au niveau business. Ils font de très bonnes affaires, juteuses, en facturant à outrance leurs clients et en payant leurs employés au lance-pierre (j’ai failli écrire leurs esclaves mais on n’en est pas loin, combien de ces employés sont des travailleurs légaux ? beaucoup sont originaires d’Amérique latine…) Les millionnaires par ici sont les entrepreneurs qui ont fait fortune dans le landscaping — la plupart des villes sont possédées en grande partie par ces landscapers qui ont réussi, cela pose d’autres problèmes notamment scolaires, j’y reviendrai un jour.

Donc ces abus : normalement on utilise ces engins bruyants pendant un court laps de temps dans l’année, pendant la saison des feuilles entre fin septembre et fin novembre. 2 mois pendant lesquels il faut enlever les feuilles de façon hebdomadaire selon les endroits où l’on vit. Le New Jersey c’est Garden State, très vert et beaucoup d’arbres. En dehors des quelques grandes villes peu nombreuses, ce sont plutôt ce que l’on appelle le suburban, des petites villes dans la campagne et dans la forêt donc. Forêt d’arbres à feuilles caduques essentiellement. Qui produisent des feuilles, beaucoup de feuilles, à ramasser à l’automne.

Je n’aime pas particulièrement ces souffleurs de feuilles mais, comme l’air conditionné dans notre région, ils sont tous les deux des maux nécessaires malheureusement. Si je ne fais pas les feuilles toutes les semaines en saison, j’en ai vite jusqu’aux genoux. 

Et « faire les feuilles » ce n’est pas une raison esthétique : il faut faire les feuilles tout d’abord parce que nous avons de la neige en hiver. S’il reste des feuilles sur les pelouses, dont sont constituées 90% des surfaces de nos jardins, donc s’il reste des feuilles en hiver sous la neige, la pelouse sera grillée au printemps suivant et il faudra replanter si on ne veut pas vivre sur un terrain vague. C’est réel, je l’ai expérimenté personnellement. Une fois que mon fils aîné était épuisé après avoir soufflé au souffleur électrique que nous avions auparavant et avait laissé une bande de feuilles sur la pelouse de derrière. Je me suis retrouvée avec une bande de pelouse grillée et morte au printemps et il m’a fallu replanter.

En plus de la neige, on doit aussi enlever les feuilles pour des raisons de sécurité : si on laisse ces feuilles s’accumuler en dessous des voitures il y a des risques d’incendie — merci les pots catalytiques. Donc il faut aussi impérativement enlever régulièrement les feuilles aux endroits où l’on risque de garer une voiture.

Le problème des abus : depuis quelques années, 5 ou 6 ans, guère plus, ce n’est plus seulement  en saison (octobre-novembre, pendant la saison effective des feuilles) qu’on entend opérer ces engins mais plus longtemps pendant l’année : cela a d’abord débuté par des utilisations prolongées au printemps après l’hiver : d’accord pour un nettoyage de printemps une fois la neige fondue pour enlever les dernières feuilles tombées après coup et pendant l’hiver — je le fais une fois effectivement courant avril selon les années voire début mai. Mais une seule fois. Depuis quelques années c’est pendant tout le printemps que l’on entend ces engins. Puis on a commencé à les entendre en fin d’été et en début d’été puis en continu pendant tout l’été, ce qui n’était pas le cas avant. Et depuis ces 2 dernières années (avec une pause Covid au printemps 2020 pendant le grand confinement malgré tout) en hiver aussi entre 2 chutes de neige ! Quand je disais que c’étaient des businessmen ces landscapers ! Donc ils sont utilisés maintenant 12 mois par an contre 2 à 3 mois (en comptant le nettoyage de printemps) auparavant.

Comme c’est bruyant, très bruyant (et que ça pollue, moteur à essence ) il a commencé à y avoir des plaintes. En gros à trop l’utiliser ils vont le gâcher pour tout le monde (ruin it for everybody), comme cela s’est passé pour les drones il y a quelques années et qui sont interdits partout maintenant. Certaines villes ou comtés (counties) veulent les faire interdire totalement et n’autoriser que des souffleurs électriques. Alors ça, le modèle ordinaire de souffleur électrique, ça ne marche pas pour les quantités de feuilles que nous avons : pas assez puissant et il faut aussi un fil pour le brancher, ce qui est compliqué. D’une part il faut des longueurs et des longueurs de fils et comme nous sommes en 110 Volts ces fils finissent par cramer (j’en ai eu plusieurs qui ont pris feu) et les appareils eux-mêmes finissent par cramer aussi (j’en ai grillé plusieurs jusqu’à ce que je me résolve à en acheter un a essence. Je dois avouer que ça a changé ma vie de ramasseuse de feuilles et divisé mon temps de travail par 2 ou 3).

Quant à ceux sur batterie, cela commence juste, comme les voitures électriques, et pour avoir un appareil de qualité et de puissance suffisante, ce sera réservé aux professionnels à cause du prix. Seules les entreprises pourront se payer des engins électriques de capacité suffisante et avec batterie mais ce ne sera pas vraiment rentable pour les particuliers.

Ce qui veut dire aussi que si ceux à essence sont interdits, il faudra faire appel de façon quasi obligatoire à une société de landscaping, hors de prix elle aussi. Et non, on ne peut pas simplement ratisser… Nous le faisions à 4 avec mes enfants dans le temps et c’était l’enfer. Et encore j’avais en sus un petit souffleur électrique pour aider quand même. La compagnie de landscaping n’a duré que le premier automne après notre arrivée en 2002. Quand j’ai reçu la première facture de nettoyage de feuilles, j’ai eu un choc. Le contrat n’a pas été renouvelé ni même pour tondre du coup. Cela revenait moins cher d’acheter une tondeuse de qualité et pour les feuilles j’avais 3 enfants pour m’aider. Sauf qu’il a fallu aussi acheter un puis 2 souffleurs électriques . Quand les enfants ont grandi et mon aîné est parti j’ai fini par me résoudre au bout de 3 ou 4 ans de galère de feuilles à acheter un souffleur autonome à essence, de ceux qu’utilisent les entreprises de landscaping.

Donc il y a d’une part les abus et la sur-utilisation à tout bout de champ de ces souffleurs, à chaque fois qu’une de ces entreprises intervient dans un jardin. Ce sont des maniaques, pour moi qui reste à la maison la plupart du temps ou qui finissais à 3 heures quand je travaillais à l’école c’est infernal ! Mais les maniaques sont aussi les propriétaires des maisons, qui ont des exigences de plus en plus hautes (cercle vicieux parce que les entreprises passent leur temps à tout souffler, elles finissent par créer un besoin de propreté maniaque de son terrain) et ne supportent plus une feuille ou une branchette voire une graine de pollen sur leur pelouse ni dans le jardin en général et réclament un soufflage systématique. L’obsession de gagner de l’argent des uns a initié et nourri une obsession maniaque de « netteté «  des autres. J’en viens à penser que leurs jardins sont plus propres que leurs cuisines.

Je parlais d’une convergence de 2 faits : après l’abus le deuxième fait c’est l’effet Covid et confinement dans nos régions suburbaines où tous les travailleurs, qui avant allaient à New York City ou ailleurs au bureau tous les jours, se sont retrouvés à travailler de la maison. Et hors moment du confinement strict de mars avril mai 2020 où il n’y a eu aucune maintenance de jardin par ces entreprises, qui étaient non essentielles, depuis ils se sont rattrapés et ont entretenu encore plus en soufflant 12 mois de l’année… chez des gens qui restaient à la maison et qui ont réalisé soudainement combien c’était bruyant et infernal, surtout quand on essaye de travailler ou qu’on a des réunions en visioconférence.

Mais le pire du pire c’est que ces gens-là sont les mêmes qui exigent une pelouse absolument nickel sans un brin qui dépasse et sans une feuille par terre et qui veulent le silence… depuis qu’ils sont à la maison 100% du temps. Et qui ont appelé leurs mairies et leurs élus pour faire interdire ces engins. L’hypocrisie à son sommet !

Donc les abus et le travail à la maison du fait de la pandémie ont initié un processus d’interdictions et on parle maintenant de façon concrète d’interdiction partielle voire de bannissement total et permanent. Certaines villes vont mettre en place des dates entre lesquelles on pourra utiliser ces engins et les interdire pour toutes les autres périodes de l’année. Cela encore ne serait pas trop mal, j’ai vu certaines propositions où les souffleurs de feuilles à essence seraient autorisés en octobre et novembre au gros de la saison et entre le 15 mars et le 15 avril pour un nettoyage de printemps. Comme cela devait être si l’on suivait le bon sens commun et non pas l’avidité pour l’argent et le paraitre.

Si c’est cela je pourrai encore fonctionner sans avoir à payer ces horribles entreprises de landscaping qui feraient passer la mafia pour un organisme social et d’intérêt public.

Dans certaines villes par contre, on en est à bannissement intégral (c’est le cas de la ville voisine très snob). Villes qui veulent aussi imposer que ces entrepreneurs landscapers s’enregistrent dans leur ville pour avoir le droit d’y travailler et d’y avoir des clients (des particuliers) : au temps pour la liberté d’entreprise et la liberté tout court. Dans ces villes, si je voulais engager un landscaper pour s’occuper de mon jardin il faudrait qu’il fasse partie de la liste des landscapers agréés par la ville. Pour travailler dans une propriété privée ! Avec le risque des copinages et des trafics d’influence entre les riches entrepreneurs qui font des dons pour les campagnes électorales des élus locaux… et autres magouilles en tous genres.

Sans compter que les souffleurs électriques qui seraient les seuls autorisés dans certains endroits, sont tout aussi bruyants : il n’y a pas que le moteur à essence qui fait du bruit dans ces engins mais la soufflerie : un peu de bon sens ! C’est l’exact inverse d’un aspirateur ça souffle au lieu d’aspirer et un aspirateur ça a beau être électrique c’est extrêmement bruyant (le plus bruyant des appareils électroménagers). Je confirme d’autant plus que je l’ai vécu par l’expérience : mon souffleur de feuilles électrique était extrêmement  bruyant aussi et nous utilisions des casques anti bruit tout autant qu’avec celui à essence.

D’un extrême l’autre… au lieu de pratiquer le bon sens, la considération et la modération en toute chose.

faire les feuilles
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2 réflexions au sujet de « Les interdictions à venir »

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