Une crise dans une crise : Isaias — trace

 

Nous avons vraiment eu beaucoup de chance, 4 jours après la tempête, le samedi il y avait toujours des gens sans électricité à Berkeley Heights même si plus de la moitié des gens sans courant avaient été rétablis le vendredi soir. Certains ne seront rétablis que le lundi !

Plus grave : le grand centre de soin, qui est toujours rétabli en premier et assez rapidement d’habitude, n’a pu être rétabli que le vendredi soir c’est-à-dire 3 jours après la fin de la tempête ! Tout en étant prioritaire. C’est un immense campus médical avec des centaines de médecins, un hôpital de jour, des salles d’opération, un centre anti-cancer etc.

Et encore plus grave : la station de traitement des eaux usées (les égouts donc) de Berkeley Heights a perdu le courant pendant la tempête. C’est la première fois que j’entends ça ou alors on ne nous l’a pas dit pour les autres tempêtes ? Les mairies précédentes étaient pour le moins opaques pour ne pas dire corrompues voire carrément mafieuses. Du moins pour les tempêtes hors Sandy (pour Sandy je n’en sais rien, mais c’était une tempête hors norme, ceci dit le centre-ville était resté opérationnel tout du long) donc pour les tempêtes hors Sandy : tempête de neige de Halloween 2011, Quinn fin hiver 2018 voire Irene fin août 2011 où les résidents avaient en grande partie perdu le courant, on n’a jamais parlé de la station d’épuration. Et dans ces tempêtes-là aussi le grand centre médical soit n’avait rien perdu soit avait été rétabli très vite. C’est une première que ça prend tant de temps.

La raison principale d’après la communication de la mairie (très transparente et avec des mises à jour 2 fois par jour voire plus selon les nouvelles) sur le site de la mairie — un agréable changement, cette maire que nous avons actuellement me semble très bien ça change après les mâles blancs mafieux et corrompus — donc la raison principale était un nombre record de substations (stations électriques secondaires) qui ont été endommagées en plus des lignes électriques par terre. Autant il est relativement facile et visible de remettre en place une ligne tombée par terre, autant pour les substations ça demande plus de temps. D’autre parti chaque substation affecte plus de personnes, maisons et quartiers. Les dernières tempêtes hors Sandy c’était beaucoup de lignes et de transformateurs (ceux en haut des poteaux), mais pas autant de substations que cette fois-ci.

Donc la station d’épuration de Berkeley Heights qui était parmi les prioritaires pour être remise en service, sinon LE prioritaire. Alors pour fonctionner — c’est indispensable on n’a pas envie que les toilettes refoulent partout, avec les problèmes sanitaires que ça poserait très rapidement (Choléra etc) elle a été alimentée générateurs à essence (groupes électrogènes ) de secours, à raison de 500 gallons — presque 2000 litres — d’essence par jour et a fonctionné en mode « manuel » si j’ose dire. Chapeau aux opérateurs de ladite station. Vous parlez de pollution ! Mais entre la pollution et le choléra, je prends la pollution tant que vous voulez. Le 6 août (2 jours après la tempête) comme il ne restait « plus que » 3600 gallons c’est-à-dire 7 jours d’autonomie, la mairie a réservé et commandé 2000 gallons supplémentaires d’essence soit 4 jours de plus pour avoir 11 jours d’autonomie d’avance. C’est dire combien ils étaient pessimistes sur les temps de réparations. 

Le courant y a été rétabli le vendredi 7 août en fin de journée ainsi qu’au centre médical. Soulagement pour la station d’épuration.  3 longs jours après le passage de la tempête, qui a été forte mais nous avons eu pire, notamment en hiver avec vents et neige lourde lors de nor’easters.

Mais ça a été « chaud » comme on dit. Comme les infrastructures du New Jersey vieillissent et ne sont jamais remises à niveau — on les entretient au minimum alors qu’elles devraient être purement et simplement renouvelées — cela ne peut aller que de mal en pis à chaque tempête, qui sont en outre de plus en plus fréquentes à remonter jusque chez nous. Celle-ci était particulièrement précoce pour la saison, le peu qui remontait dans le passé le faisait plutôt vers fin août et septembre. Un mois d’avance. 

Cette fois cela allait parce que c’était une tempête relativement localisée géographiquement donc des ressources extérieures étaient disponibles pour venir aider, les ressources matérielles sont aussi amplement disponibles puisqu’il n’y a pas 50 états qui se battent pour obtenir ces ressources (comme ça a été le cas dans la crise générale du Covid) et notamment l’essence qui est amplement disponible et très peu chère ce qui ne gâche rien. Tellement disponible que l’on vous paye quasiment pour en acheter, cette fois grâce au Covid d’ailleurs puisque presque personne ne bouge donc ne consomme d’essence. J’ai fait moins d’un plein en 5 mois ! Donc les stocks débordent de partout et on ne sait pas quoi en faire. Dans d’autres circonstances, ce ne sera peut-être pas le cas… Pendant Sandy nous avions eu des rationnements d’essence dont le prix était passé dans la nuit carrément à 4 dollars (contre moins de 3 dollars prix normal en ce temps-là) surtout parce que les camions ne pouvaient pas livrer les stations à cause des routes coupées et aussi parce que la plupart des stations avaient encore de l’essence, mais ne pouvaient pas la pomper donc était fermées, c’était bête ! Quand après la crise j’ai suggéré de rendre obligatoire un générateur (à essence ! ) pour chaque station (ils ont la matière première pour l’alimenter) on m’a sauté à la gorge « freedom » « on ne peut pas rendre ça obligatoire parce que freeedoooommmmm  ! » eh bien « freedom » et on crève de freedom. D’autant que pour un commerce ce n’est pas une dépense fulgurante que d’acheter un générateur surtout qu’ils ont la matière première de carburant pour l’alimenter. Dans un état comme la Floride, sujet à multiples tempêtes et ouragans, c’est d’ailleurs obligatoire malgré la freeedoooom.

Donc soulagés que la station d’épuration ait été remise sur l’alimentation électrique « du secteur » et ne fonctionne plus « manuellement » — ce sont les mots de la mairie et ça fait peur. Soulagés, mais inquiets quand même. Nous avons un puits et une nappe phréatique qui alimente toute une partie du quartier et du lotissement indépendant (mais rattaché à Berkeley Heights, une curiosité américaine encore) mais il ne faudrait pas qu’elle soit polluée par un refoulement des égouts.

J’ai donc étudié quelques blogs et chaines YouTube sur le camping et la van life et je viens d’acheter des toilettes à compost. Le modèle de base de camping : un seau avec un siège et un couvercle hermétique pour 20 dollars sur l’amazone, ainsi que de la poudre à compost (pour 10 jours je crois) pour avoir une petite autonomie de w.c. si jamais les égouts ne fonctionnaient plus ou si on nous demandait de ne plus les utiliser. Ensuite soit enterrer dans le jardin ou mieux, mettre dans les ordures parce qu’enterrer un petit peu ça va, mais trop on en revient à la pollution de la nappe phréatique (qui est à 50 mètres de profondeur si je me souviens bien ce qu’avait dit le puisatier, mais tout de même, c’est la quantité qui fait le poison).  

Ils vendent des sacs spéciaux mais ça s’utilise aussi avec des bêtes sacs-poubelle et de la litière à chat. J’en ai des stocks à cause des tempêtes de neige, en cas de pénurie de sel j’ai la litière en secours — c’est déjà arrivé en 2015 où j’ai dû utiliser de la litière à chat sur la glace dans ma driveway, il n’y avait plus de sel nulle part et les municipalités n’en avaient plus non plus, les écoles étaient restées fermées bien après la chute de neige parce qu’on ne pouvait pas dégeler les routes par manque de sel. Bref j’ai plusieurs sacs de 10 kilos depuis ce temps-là, qui peuvent donc servir à désodoriser et solidifier nos déchets humains si j’ose dire.

Nous avons eu dans le New Jersey, toujours d’après le site de la mairie, des équipes de compagnies d’électricité de 15 états et même du Canada qui sont venus aider à remettre le New Jersey sur pied après cette tempête Isaias — retrouver la fée électricité, tout ça sur fond de crise sanitaire avec les précautions Covid à prendre, ce qui n’aide pas. C’est déjà assez compliqué comme ça de restaurer le courant, de nettoyer les routes, enlever les arbres tombés pour que les camions électriques puissent passer, si en plus il y a les procédures anti-Covid, qui sont nécessaires évidemment, ça n’arrange rien. Donc comme je le dis dans mon titre, c’est une crise dans une crise. 

Aussi, quand je vois tout ça, ces dégâts immenses et ces efforts et ces personnes qui étaient toujours sans électricité le samedi matin, 3 jours et demi après la fin de la tempête, je me dis et me redis que nous avons eu une chance inouïe chez nous à la maison ! Pas de dommage et pas de perte de courant ! Je n’en reviens toujours pas parce que nous vivons dans la forêt et la plupart du temps nous sommes les premiers à perdre le courant et parmi les derniers à être rétablis : quartier non prioritaire car aucune infrastructure cruciale, que des résidences et en plus nous sommes à la périphérie de ville. De toute façon il faut que toutes les substations et lignes intermédiaires soient rétablies pour que le courant puisse arriver jusque chez nous. Une amie de ma fille qui habite en bas d’une rue qui donne dans notre rue, juste en face de la maison, donc à 500 mètres de chez nous n’avait toujours pas retrouvé le courant ce samedi matin 8 août et on leur avait dit que ce ne serait pas avant lundi. C’est ce qui c’est produit, ils ont été rétablis le lundi, le dimanche et le lundi les équipes électriques travaillaient dans notre rue !

Nous aurions très bien pu être dans ce cas. Ce qui montre que la tempête a été finalement plus grave en conséquences et dommages que la tempête de neige de Halloween 2011, 5 jours sans courant, que  la tempête Quinn de l’hiver 2018, 4 jours et demi sans courant et que aussi la tempête Irene de fin août 2011 (nous n’avions pas perdu le courant, mais avions eu une mini tornade dans le jardin et une partie de la ville était restée sans courant pendant 4 jours) Sandy ne compte pas c’était hors norme (13 jours sans courant). C’est aussi ce qu’ont dit les deux compagnies d’électricité dans leur communication à la mairie : tempête avec des dommages pires que ce qu’ils avaient vu depuis au moins une décennie et plus (hors Sandy bien sûr). C’est pour cette raison que leurs prévisions de réparations se comptaient en jours.

Une précision aussi : sur les 1.7 million de foyers et entreprises ou administrations privés de courant, il y en a eu 1,1 million pour le seul New Jersey… En Virginie par exemple les lignes électriques sont enterrées… Donc même si le New Jersey n’a pas été autant touché que d’autres états plus au sud en termes de la violence de la tempête, les conséquences ont été plus sévères. Qu’est-ce que ça aurait été si la tempête était remontée plus violemment qu’elle ne l’a été… 

Croisons les doigts que ce soit la seule tempête qui remonte pendant cette saison des ouragans (qui sont seulement dans le sud et la côte mid-atlantique normalement).

En images, la sortie d’inspection et d’enlèvement des branches les plus gênantes avec mon fils juste après la fin de la tempête vers 6 heures du soir le 4 août. 

Les jours suivants il ne nous restait plus qu’à couper les 2 branches avec mon fils dont la fameuse branche qui pendouillait derrière une des voitures. Et pour laquelle il me fallait aller chercher un outil au magasin de bricolage (outil commandé le soir même pour éviter la pénurie, ce qui a été le cas, tout le monde s’est rué sur ce type d’outils) : une scie avec un manche de 5 mètres de long puisqu’ils ont fait une erreur sur ma commande et n’avaient plus en stock celui de 4 mètres que j’avais pourtant commandé et payé. En allant au magasin chercher ma commande le lendemain j’ai finalement eu le modèle au-dessus en longueur et en qualité pour le prix déjà payé en ligne alors qu’en réalité il valait le double. Ça m’a pris un temps fou parce que beaucoup de routes étaient encore coupées, dont la route principale d’accès, donc il m’a fallu passer par ailleurs ce qui est plus long et surtout c’était du coup embouteillé : 40 minutes de trajet au lieu de 10 minutes d’habitude.

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