Ice blue(s)

Froid mordant, giflant, griffant, tranchant comme la lame d’un rasoir. La température ne dépassera pas zéro Celsius au plus chaud de la journée, malgré le plein soleil. Joyeux et inutile, vain dans sa tâche de réchauffer la Terre, inconscient ou inconséquent dans sa façon de nous faire croire à sa présence qui n’est qu’illusoire, si lointain et froid.

Je sature l’air de la maison d’encens, comme un geste qu’on aurait oublié, qu’on n’oserait plus faire. Comme une offrande à quelque déité, dans le but d’appeler sa clémence et les jours chauds dont on sait pourtant qu’ils seront longs à revenir. Et s’ils ne revenaient pas ? On  a vu plus étrange que ce sortilège-là.
Je sature la maison d’encens, comme pour en réchauffer l’air, ayant ainsi l’impression de me réchauffer. La senteur en imbibe mes vêtements, mon pull en laine, indélébilement. Elle restera la senteur de l’hiver, pour supplanter l’odeur de neige qui brûle les narines et les poumons à chaque inspiration, que je fais toutes petites pour éviter d’en absorber beaucoup et ne pas me glacer à cœur.

J’ai nagé dans la piscine froide, suis sortie les cheveux encore humides, température extérieure toujours en dessous du point de congélation, mon corps évacuait une buée instantanément froide, tel un halo dans l’air glacé. Mes mains sont les premières frappées de plein fouet, mordues elles se contractent, je laisse échapper une exclamation de douleur. Comment vais-je les réchauffer, me réconforter, me consoler de l’hiver froid et infini maintenant que tu n’es plus là ?

Une sueur glacée m’inonde, on peut transpirer de froid. Mes lèvres, gonflées d’eau éclatent et se dessèchent immédiatement. Mes bagues, métalliques, se contractent, forment des étaux glacés autour de mes doigts et les blessent presque, je les enfouis dans les poches de l’anorak. Ce n’est plus suffisant, ils sont en deçà de leur point de réchauffement. L’air est si froid qu’on a l’impression de respirer au travers d’un glaçon.
J’ai marché, j’ai cherché sous le soleil froid, je ne t’ai pas trouvée.
Mes doigts sont bleus de froid comme le ciel d’aujourd’hui.
Je t’ai appelée, tu n’es pas venue.
Ma gorge est aphone d’avoir tant crié ton nom et mes larmes ont gelé sous le soleil noir.

Le froid qui tardait tant est décidément là, je ne l’ai pas appelé pourtant, je me retourne et le voilà. Je veux l’oublier et hiberner au chaud si près où tu t’échappes déjà.

J’allume un autre bâton d’encens. Je vois dans les volutes de fumée comme une figure de déesse, que je supplie de me faire oublier, de me consoler de cet hiver si froid.

Ciel bleu, soleil noir, froid, nuit.
Absence, présence, isolement, solitude.

fade to cold, fade to black

(15 décembre 2004)

(texte écrit le 15 décembre 2004 au début d’un hiver précoce et spécialement froid cette année-là . J’ai retrouvé récemment ce texte en travaillant sur mon manuscrit, il n’est pas de saison bien entendu parce que nous en avons maintenant fini avec l’hiver même si le printemps est plutôt timide pour l’instant.)

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