Quatre jours et demi

C’est le nombre de jours sans électricité, résultat de la tempête Quinn. Du mercredi, jour J de la tempête,16h45 environ, au dimanche soir 20 heures environ.

Pour l’instant nous sommes dans la moyenne, cinq jours sans électricité pour la tempête de neige d’Halloween 2011 (celle-ci curieusement n’a pas de nom donc nous y référons tous sous le nom de « la tempête de neige d’Halloween 2011 » même si elle a eu lieu les jours précédant Halloween, le 29 octobre précisément ) et encore loin du record de la super tempête Sandy de triste mémoire où nous avions perdu l’électricité pendant 13 jours et où nous avions subi tout d’abord la super tempête elle-même (ouragan de type cyclone tropical, Sandy étant la plus large en taille en Amérique du Nord à ce jour, avec un diamètre de 1800 kilomètres ! ) puis, une semaine exactement après, un nor’easter qui est aussi une tempête de type cyclone mais d’altitude et qui apporte des précipitations en quantité et, sous nos latitudes et dans cette période de l’année, cela veut dire de la neige, beaucoup de neige. Ici sur la côte Nord-Est des États-Unis, je n’ai jamais vu de nor’easter qui n’apporte pas de neige (combinaison de la latitude du New Jersey, juste à l’ouest de la ville de New York de l’autre côté de la rivière, et de la saison, entre octobre et mars). Entre octobre et mars ils apporteront toujours de la neige malgré les prévisions certaines fois trop optimistes de la chaîne météo : le nor’easter précédent, Riley, pouvait n’apporter que de la pluie ? bien sûr que ce n’est pas ce qui s’est produit, il y a eu de la neige !

Beaucoup de neige, cela a été le cas pour ce nor’easter, Quinn, qui arrive après Riley malgré l’ordre alphabétique qui assujettit le nom des tempêtes d’importance, car Quinn était en train de mûrir depuis bien longtemps dans l’Ouest avant que Riley fasse un rapide passage et lui grille la priorité. Beaucoup de neige disais-je, une bonne cinquantaine de centimètres de neige excessivement lourde — du jamais vu pour moi en 15 ans de New Jersey — ce qui a causé des dégâts, chutes d’arbres, de branches, fils électriques qui cassent sous le poids de la neige, poteaux (en bois, ceux plantés par Lucky Luke au XIXème siècle et qui n’ont jamais été changés depuis) qui cassent aussi, boîtes transformateurs, en équilibre précaire en haut de ces mêmes poteaux en bois du XIXème siècle, qui explosent en rafales… Pourquoi tout ceci n’est-il pas enterré comme en Europe, pourquoi n’y a-t-il pas des abris en béton pour contenir ces relais et tous ces transformateurs énormes situés en haut des poteaux ? Je n’avais jamais vu de telles choses avant d’arriver aux États-Unis. Surtout à 30 kilomètres de New York, surtout quand on connaît le climat rigoureux et les intempéries auxquelles les habitants font face chaque année. Pourquoi ? Parce que les Américains sont bornés et ce n’est rien de le dire ! Bon sang faites venir quelques ingénieurs allemands ou polonais, le mauvais temps et la neige ils connaissent non ? Et si les câbles enterrés ça marche dans l’Europe continentale pourquoi cela ne fonctionnerait-il pas ici ? En octobre dernier, un coupeur d’arbres polonais, qui venait justement tailler les arbres de ma rue et des autres rues de la municipalité pour éviter qu’un scénario à la Sandy se reproduise (les cierges à Sainte Rita seraient plus efficaces en fait), m’a dit pourquoi ils n’enterrent pas les fils électriques (lui aussi pensait que c’était une bien meilleure solution, la preuve c’est qu’en Europe d’où il venait ça fonctionne bien et ça évite les gros désastres) : parce que les Américains sont retardés. C’est lui qui l’a dit…

Aussi et surtout parce qu’aucun investissement n’est fait pour rénover ni mettre à jour ni carrément créer des infrastructures de nouvelle génération, toutes les infrastructures du pays partent à vau-l’eau, le système autoroutier dont ils sont si fiers date d’Eisenhower et n’a pas été rénové ni seulement entretenu depuis, il faut un 4×4 en gros pour rouler sur les routes goudronnées y compris les autoroutes qui ont des nids de poules énormes même sur la voie la plus à gauche, la voie rapide…

Nous avons été chanceux en quelque sorte parce que la tempête précédente, Riley, juste 5 jours avant Quinn, ne nous avait pas privés d’électricité, du moins à la maison. Il y a eu cependant des dégâts et des coupures au centre de ma petite ville pour Riley. Certains n’avaient même pas retrouvé l’électricité entre les deux et ont enchaîné direct 10 jours sans électricité pour Riley et Quinn.

Doublement chanceux parce que le suivant, le 3ème nor’easter en 11 jours, Skylar, nous a évités, nous n’avons eu qu’un saupoudrage de neige (lourde toujours mais sans dégâts sur les arbres ) qui n’a pas tenu sur les surfaces goudronnées — c’était le mardi juste un jour et demi après avoir récupéré le courant électrique.

Ma fille se moquait de moi parce que le mardi, la veille de la tempête Quinn, j’ai couru partout pour prendre la neige de vitesse, allant jusqu’à pousser à l’extrême et au-delà les préparatifs que je fais pour chaque tempête, avec le fameux « cas où nous perdrions l’électricité ». Eh bien cette fois cela s’est produit et heureusement que j’avais fait toutes ces extra steps que je ne fais pas systématiquement. Je sentais peut-être inconsciemment que cette fois ce serait nécessaire. Ceci dit c’est la première fois que nous perdons le courant (pour une longue durée, je ne compte pas les petites coupures de quelque heures pour des petits incidents, qui se produisent une à plusieurs fois par an) en hiver avec des températures hivernales. Nous avons eu aussi de la chance parce qu’il ne faisait pas très froid (autour de zéro degré Celsius, entre -4 et +4 toute la semaine ces temps-ci). Que se serait-il passé si nous avions eu un vortex polaire comme fin décembre, avec des températures inférieures à -15 degrés Celsius dans la journée et un ressenti à -25°C ? La neige aurait été poudreuse et légère sans doute et rien de tout ceci ne se serait passé. Mais on ne peut en être certains. Donc nous avons eu beaucoup de chance.

Le gros problème c’était la neige extrêmement lourde parce qu’il a fait trop chaud en février. La veille du premier nor’easter de la série, Riley, le 1er mars, il faisait 14 degrés Celsius dans la journée et nous avons eu plusieurs jours entre 15 et 20°C en février.

Ou bien nous aurions eu une tempête de pluie verglaçante et de sleet comme cela s’est produit entre 2014 et 2016 avec des couches de glace de plusieurs centimètres sur le sol et où les toitures de certains bâtiments se sont effondrées sous les tonnes de glaces. Nous n’avions pas perdu l’électricité ces fois-là, je m’aperçois rétrospectivement que c’était plus par chance qu’autre chose.

Ma fille se moquait de moi qui me préparais comme si c’était la fin du monde et la fin du monde cela a été — la fin du monde civilisé. Sans électricité, dans nos cités et sociétés si dépendantes de cette commodité (tout est électrique ou a besoin à moment d’un peu d’électricité pour au moins démarrer voire thermostater si j’ose dire, sans parler de tout ce qui a besoin de se charger et recharger) cela devient effrayant, sans électricité c’est la fin du monde civilisé.

Nous sommes revenus à la civilisation dimanche soir vers 20 heures après 4 jours et demi qui ont paru 4 mois et demi. Je ne sais plus quel jour de la semaine nous sommes — je ne suis pas la seule dans ce cas — et maintenant tout le monde essaye de rattraper le retard. Quant au temps perdu à seulement survivre pendant ces 4 jours et demi  — mettre de l’essence dans le groupe électrogène, compter les heures d’utilisation, surveiller le temps entre deux pleins, aller chercher de l’essence, prévoir sa route pour éviter les rues et voies fermées, certains trajets de 10 minutes peuvent prendre une heure à cause des tours et détours, espérer que la station essence ciblée fonctionnera, ne sera pas à court d’essence  —  le temps perdu lui ne se rattrape jamais.

Un dernier mot : se souvenir de ne pas tenir pour acquis le fait d’avoir le chauffage central, le fait d’avoir l’eau courante au robinet et la lumière qui s’allume quand on actionne un interrupteur, même en Amérique, même en 2018.

4 réflexions au sujet de « Quatre jours et demi »

  1. patrice kes

    Je compatis. Effectivement déjà une coupure de courant d une heure ça indispose. Rétrospectivement je réalise que nous avons eu de la chance pendant nos trois hivers à Bethlehem Pa. Pas une coupure.
    Bon dégel

    Répondre
    1. michusa Auteur de l’article

      Premiere fois que ça arrive en plein hiver. Les deux autres fois c’était en automne. Oui vous avez eu sans doute de la chance comme moi j’en ai eu de 2002 a 2011 où nous n’avions eu que des petites coupures entre quelques heures et une nuit, jamais plus. Mais entretemps les infrastructures se sont dégradées, avec plus de clients et de connexions, on rajoute des branchements sur une grille déjà obsolète et en mauvais état. Plus le changement climatique qui nous fait des neiges mouillées et lourdes parce qu’il ne fait pas assez froid. Par -15 la neige a toujours été poudreuse et légère et ne produisait pas de dégâts…

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